Analyse

Economie responsable: Des premiers pas en Afrique

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5307 Le 04/07/2018 | Partager
Le Maroc représente 15% des projets menés sur le continent, 21% viennent du Bénin
Manque d’éducation, de soutien gouvernemental, procédures légales… les freins
Quelques incitations à l’entrepreneuriat vert, mais des défis à toutes les étapes
economie_responsable_afrique_007.jpg

Sur tous les projets des jeunes entrepreneurs verts africains, ces derniers ayant en majorité entre 25 et 34 ans, 15% sont marocains, 21% viennent du Bénin contre 1% du Sénégal

L’économie verte est à la fois une opportunité et un rempart aux effets du changement climatique. Un créneau particulièrement porteur pour l’Afrique francophone en pleine transition économique, technologique et environnementale. Car la prise de conscience est effective.

Dans le viseur de nombreux pays: le développement des éco-activités et des activités classiques réalisées avec des procédures qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre et l’empreinte écologique, minimisent la pollution et économisent les ressources. Le dynamisme du vivier de jeunes entrepreneurs africains commence à se faire connaître. Mais il faut les accompagner et valoriser leur travail pour inciter d’autres jeunes à adopter ce nouveau mode de croissance verte.

L’étude de juin dernier, pilotée par la Coopération suisse, via son programme «Jeunesse et entrepreneuriat vert (JEV) en Afrique francophone», nous renseigne sur ce qui a déjà été fait. Sur l’ensemble des projets des jeunes entrepreneurs verts Africains, ces derniers ayant en majorité entre 25 et 34 ans, 15% sont marocains, 21% viennent du Bénin contre 1% du Sénégal. L’agriculture étant la principale filière avec 49% de ces projets qui lui sont consacrés.

Mais l’heure est aux défis, avec l’éducation en tête de peloton. Une piqûre de rappel sur les problèmes des conditions d’accessibilité et de la qualité de l’enseignement scolaire, sur une exclusion due à un milieu rural où de nombreux jeunes sont appelés à travailler hors de l’école, et à la perspective d’un mariage précoce qui constitue pour les jeunes filles un obstacle majeur à la poursuite de leurs études.

Arrive ensuite un esprit d’entreprise quelque peu freiné par des facteurs institutionnels. En effet, l’absence ou le manque de soutien gouvernemental aux activités entrepreneuriales, de communication avec les acteurs gouvernementaux et les coûts élevés liés à l’administration de sociétés, sans oublier le poids des procédures légales, sont autant de barrières concernant les politiques publiques.

Seuls 41,5% des répondants à l’étude JEV déclarent avoir bénéficié d’une aide de la part d’acteurs nationaux, internationaux, institutionnels ou financiers dans le cadre de leur «green business». Les défis se rencontrent à toutes les étapes. Difficile pour l’entrepreneur de bénéficier de renforcement de capacités et d’expertise externe, d’acquérir de nouveaux clients ou même de réaliser une étude de marché dans le secteur visé en relation avec l’économie verte.

Du coup, avec des salaires peu compétitifs, il peine à trouver et attirer des talents comme des développeurs et ingénieurs. En plus de certains facteurs socioculturels qui grippent eux aussi la machine (manque de connaissance des bénéfices de l’économie verte, mauvaise perception sociale de l’entrepreneuriat ou peur de l’échec), l’Afrique affiche un retard criant dans le domaine de la recherche/développement (R&D).

Selon le rapport de l’Unesco sur la Science 2010, 0,3% seulement du PIB est consacré à la R&D, soit 7 fois moins qu’un pays industrialisé qui y consacre en moyenne 3%. Le continent africain n’a enregistré que 0,6% des demandes mondiales de brevets, contre 51% en Asie. Une situation d’autant plus délicate qu’il y a un manque de scientifiques et d’ingénieurs hautement qualifiés du fait de la fuite des cerveaux.

agriculture-afrique-007.jpg

L’agriculture est la principale filière choisie par les entrepreneurs verts Africains, avec 49% des projets qui lui sont consacrés (Ph. JEV)

Qui aide quoi?

Aujourd’hui, la principale forme d’incitation à l’entrepreneuriat vert prend la forme de réformes du cadre juridique, institutionnel et financier. La prise de conscience mondiale des enjeux écologiques pousse les organismes internationaux à apporter leur soutien aux pays d’Afrique à travers différents programmes d’appui. C’est le cas du programme SwitchMed pour la Méditerranée.

Les incubateurs, davantage liés aux politiques publiques, sont de la partie. Au Maroc, il existe le Green Business Incubator lancé par le Cluster Solaire ou le Programme pour l’innovation dans les technologies propres et l’emploi vert de Cleantech Maroc.

Des créneaux comme les «business angels» ou le LabFab gagnent du terrain et les technologies numériques permettent un efficient networking comme le fait Enactus Afrique ou l’ICAF, Initiatives climat Afrique francophone, qui recense des projets en matière de lutte contre les effets des changements climatiques en vue d’une transférabilité à d’autres pays.

Pour autant, une déconnexion et une faible synergie au sein de tout l’écosystème, exacerbée par un manque de communication entre les principaux intervenants, complique encore un peu plus un panorama déjà bien chargé.

 

 

 

 

 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc