Economie

Plans de développement régional: L’Intérieur rejette les propositions surréalistes

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5307 Le 04/07/2018 | Partager
Dix conseils ont soumis des programmes totalisant 454 milliards de DH
Les régions doivent se pencher sur les priorités, recadre Laftit
«Il faut y aller mollo… pour répondre aux attentes», tempère Laenser
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Malgré le rejet des PDR par l’Intérieur, Mohand Laenser défend une démarche correcte basée sur «les contrats-programmes comme véritables outils d’exécution». Le président de l’Association des présidents de régions, également président du CR de Fès-Meknès, réduira de moitié le budget prévisionnel de son PDR (Ph. YSA)

Réalisme, priorité et rigueur. C’est ce que demande le ministère de l’Intérieur aux Conseils régionaux (CR). Réunis en session ordinaire, lundi 2 juillet, ces derniers sont sommés de réviser leurs plans de développement régional (PDR). Des plans totalisant quelque 454 milliards de DH, soit une enveloppe «surréaliste» qui dépasse de loin le budget de l’Etat.

En effet, l’exécution de ces plans devait démarrer un an après les élections communales et régionales de 2015. Toutefois, les concertations pour l’élaboration de ces PDR ont trop duré. A telle enseigne que sur les douze régions que compte le Royaume, dix ont remis leurs feuilles de route, mais avec 2 ans de retard.

Etant donné que le département d’Abdelouafi Laftit connaît bien les capacités financières des conseils élus, et surtout leurs moyens de fonctionnement, les PDR qui lui sont remis ne pourraient jamais être exécutés en 3 ans (2018-2021). D’où la note de recadrage adressée aux présidents de régions.

L’Economiste revient sur les principaux reproches de l’Intérieur ainsi que les résolutions proposées. Décryptage exclusif avec Mohand Laenser, présidents de l’association des présidents de régions, président du CR de Fès-Meknès, et plusieurs fois ministre, notamment de l’Intérieur.
 
■ Des PDR trop ambitieux?
Pour Laenser, «la méthodologie adoptée dans l’élaboration des PDR respecte la libre administration de la région, mais qui, en soubassement, voulait que les régions puissent tenir compte du contexte global et général». A partir du moment où les régions ont commencé la préparation des PDR, il y a eu une année de retard au minimum. «Ceci est dû au décret d’organisation des PDR qui n’était pas sorti à temps», argue le doyen des présidents de régions. Ensuite, les CR se sont lancés dans des études, afin d’élaborer un PDR basé sur un diagnostic des besoins. A noter que certaines régions ont connu des changements. «Ce qui a aussi demandé du temps». Les élus ont composé avec leurs ambitions, leurs espoirs et surtout les urgences. Parce qu’il y avait beaucoup d’attentes chez le citoyen, suscitées par la régionalisation avancée. «La publicité qui avait été faite montrait que c’est la bonne voie, mais ne disait pas aussi qu’il fallait y aller mollo, parce que tout ne tombe pas le même jour», estime Laenser. Ainsi, les régions ont préparé leur PDR sans contraintes. Certaines ont parlé d’une centaine de milliards de DH sur six ans. La plus modeste était aux alentours de 28 à 30 milliards de DH (le CR Fès-Meknès, entre autres, réduira de moitié le budget de son PDR). Et lorsque tout cela a été présenté, comme le prévoit la loi, au ministère de l’Intérieur, on s’est retrouvé avec un chiffre énorme de plus de 454 milliards de DH. Dans ce montant, les ressources propres des régions ne pouvaient dépasser une vingtaine de milliards de DH. Le budget des douze régions du Maroc devrait atteindre les 10 milliards de DH à l’horizon 2021, y compris les parts de l’investissement et du développement durable.
 
■ Le visa de l’Intérieur ne servirait à rien…
Pour endiguer la rareté des ressources financières, les régions tablent sur quelques emprunts qui demandent aussi du temps. Toutefois, leur participation en fonds propres est assez minime (dans les 454 milliards de DH). «Il est évident que ce chiffre important faisait aussi peur».
Selon le président du CR Fès-Meknès, «le ministère de l’Intérieur a voulu jouer son rôle. Avant de donner le visa, il a tenté de préparer une négociation pour les régions, avec les autres partenaires gouvernementaux qui représentent la grande partie et qui devraient s’engager… mais aussi le privé, notamment certains établissements et offices». Toutefois, cette négociation a créé un petit malaise chez certaines régions qui attendaient seulement le visa de l’Intérieur comme le stipule la loi. Signalons à ce titre que le département de Laftit a noté que son accord ne leur servirait pas à grand-chose, puisqu’il garantit seulement les fonds propres des régions. «Il peut s’engager sur leurs budgets, car il connaît la matrice et sait à peu près quel serait le volume. Mais ne peut pas s’engager au nom du gouvernement, tant qu’il n’a pas entamé une négociation avec les différents départements ministériels», explique Laenser.
 
■ Les contrats-programmes seront les véritables outils d’exécution
Ceci étant, certaines régions, surtout celles qui tablaient sur des partenaires privés ou institutionnels internationaux, voulaient avoir une acceptation de principe de leurs programmes. L’Intérieur ne les a pas réfutés en leur accordant un premier visa sur ce qui est dans leurs cassettes. Maintenant, pour le reste, l’Intérieur, qui a tous les éléments, a discuté avec les autres départements.
A partir des matrices qui ont été faites, le ministère de Laftit a essayé de déterminer, pour les régions qui ont finalisé leur PDR, ce qu’elles demandent aux partenaires, surtout gouvernementaux. Leurs besoins ont été adressés aux ministères afin de définir les engagements qui peuvent faire l’objet de partenariat. Il sera procédé par la suite à l’élaboration et la validation des contrats-programmes qui seront les véritables outils d’exécution. «Ceci demande un peu de temps, et les régions tablent sur une réponse en ce mois de juillet». Ainsi, les présidents des CR reviendront vers leurs élus pour leur expliquer que ce n’est pas le PDR présenté et voté qui a été retenu et qui sera exécuté, mais plutôt un programme réaliste et exécutable, avec des engagements financiers de la part des régions et d’autres accordés par les différents ministères.
 
■ Une démarche correcte… mais pas pour les puristes
Pour Laenser, «la démarche choisie par l’Intérieur est correcte, mais pas pour les puristes qui diront que la loi n’a pas été respectée». En tout cas, le PDR devait être établi la première année et être déjà en exécution, mais voilà, il est en cours de révision au bout de la 3e année.
Rappelons enfin que l’élaboration de ces PDR a été confiée à des bureaux d’études moyennant des budgets allant jusqu’à 5 millions de DH. Maintenant, tout est à revoir. «Mais n’oublions pas que nous sommes en train de bâtir et co-construire une institution que nous voudrions forte. Ainsi, pour les trois années à venir, une avancée est programmée», précise Laenser. Et de conclure: «Le ministère de l’Intérieur prévoit de mettre des budgets triennaux, où nous aurons effectivement des engagements sur 3 ans, ce qui est logique surtout lorsqu’il s’agit de construire des routes, ou autres projets qui nécessitent plus de temps (plus d’un an). Nous avons besoin d’avoir des crédits de paiement et d’engagement d’ici à 2021. Et s’est une grande avancée».

 

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