International

Les leçons de la crise argentine

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5303 Le 28/06/2018 | Partager
Le FMI lance une bouée de sauvetage
Mais à quel prix?
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A l’appel des principaux syndicats, les argentins ont protesté contre la politique gouvernementale et la conclusion d’un accord avec le Fonds monétaire international. L’Argentine a reçu 15 milliards de dollars du FMI, première tranche d’un prêt de 50 milliards de dollars, destiné à stabiliser à long terme la 3e économie d’Amérique latine. La crise en Argentine rappelle le cas de la Grèce il y a quelques années (voir aussi l’édition N° 5302 du mercredi 27 juin 2018).

■ Pourquoi recourir au FMI? Après une crise du peso argentin, qui s’est déprécié depuis le début de l’année, le pays a sollicité un prêt au FMI pour éviter une crise. L’objectif est de renforcer les réserves en devises du pays, de stabiliser un marché des changes volatil, alors que le peso s’est déprécié de 35% depuis le 1er janvier. En échange du prêt, le pays sud-américain s’est engagé à tailler dans les dépenses publiques pour rétablir l’équilibre budgétaire à l’horizon 2020. Le recours au FMI intervient 12 ans après le remboursement anticipé de 10 milliards de dollars, en 2006, quand l’ex-président Nestor Kirchner avait décidé de rompre avec le Fonds.

■ Que vaut le programme de soutien économique? Il a pour but de renforcer l’économie du pays sur la base de quatre piliers: restaurer la confiance des marchés, protéger les plus vulnérables, renforcer la crédibilité de la Banque centrale dans ses objectifs de lutte contre l’inflation  et réduire le déficit budgétaire. Pour de nombreux observateurs, la perfusion du FMI survient à un mauvais moment, alors que l’Argentine préside le G20.

■ Que pensent les Argentins? De nombreux Argentins reprochent au FMI d’être coresponsable de la crise économique de 2001. Et ce, pour avoir participé à l’élaboration de la politique économique des années 1990, qui a conduit le pays au défaut de paiement. L’Argentine étant incapable de faire face aux échéances de remboursement de sa dette. L’opposition estime que l’accord aurait dû être soumis à l’approbation du Parlement.

■ De nouveau pays émergent: Le retour dans l’indice MSCI «marchés émergents» à partir de mi-2019 est une bonne nouvelle pour l’Argentine. Les indices MSCI servent de guide aux investisseurs institutionnels pour constituer leur portefeuille d’actions, synonyme d’investissements. En 2009, l’Argentine avait perdu son statut de marché émergent, étant considéré comme un pays risqué pour les investissements.

Ce que dit Coface

Dans son baromètre risques pays & sectoriels au 2e trimestre 2018, Coface a déclassé l’Argentine ramenant sa note de B à C. Le peso argentin est la monnaie la moins performante au monde cette année (-33% depuis le début de l’année). L’économie du pays est particulièrement vulnérable en raison de ses importants déficits jumeaux. En 2017, le déficit de la balance courante s’élevait à 4,8% du PIB et le déficit budgétaire nominal (qui inclut les paiements d’intérêts) a atteint 6% du PIB. La forte dépréciation aura probablement aussi un impact sur l’inflation déjà élevée (actuellement à 25,5%). L’activité devrait également être influencée par l’inflation persistante, les taux d’intérêt élevés et un effort budgétaire plus important. Le Trésor a récemment réduit son objectif de déficit primaire pour 2018 à 2,7% du PIB (contre 3,2% auparavant). Ceci afin de réduire la dépendance du pays à l’égard des marchés de capitaux, compte tenu de l’appétit plus faible pour la dette argentine.

 

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