Economie

Assurance auto: La fraude explose

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5302 Le 27/06/2018 | Partager
Une étude de la profession l’estime à 21% des indemnisations
Les assureurs revoient leur centrale des risques
Plusieurs affaires de faux sinistres en cours d’instruction
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Le faussaire poursuivi pour escroquerie et faux en écriture utilise des données personnelles indument obtenues pour établir de faux constats à l’amiable (Ph. L’Economiste)

Un sinistre indemnisé par les assureurs sur cinq est un faux. La Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance (FMSAR) vient d’achever une étude sur la hausse des dossiers d’indemnisation liés aux accidents de la route. Les conclusions n’ont pas encore été rendues publiques, mais selon la Fédération, la fraude en matière d’indemnisation des accidents de la circulation représente plus de 21% des débours des assureurs.

Depuis quelques années, le phénomène a pris des proportions inquiétantes pour la profession. «La fraude s’est accélérée à la faveur de la procédure d’indemnisation rapide instituée par les assureurs», explique Bachir Baddou, directeur général de la FMSAR. Le principe reste toujours le même: déclarer de faux accidents de la route pour soutirer une indemnisation aux compagnies d’assurances.

Des propriétaires de motos, par exemple, se sont même spécialisés dans cette pratique du fait que le malus encouru n’est pas dissuasif. Pour limiter les possibilités de fraude, les assureurs sont en train de finaliser une centrale des risques afin de rendre plus fluides les recoupements entre les assureurs et pister les tricheurs au niveau de toute la chaîne.

C’est grâce à l’esprit alerte d’un expert automobile qu’un vaste trafic de faux sinistres a été découvert à Casablanca. En effet, la personne incriminée dans cette affaire a été entendue jeudi dernier par la police judiciaire de la circonscription de Hay Hassani.

Agée d’une trentaine d’années et au chômage, elle est soupçonnée d’avoir monté de toutes pièces une trentaine d’accidents de la circulation pour réclamer simultanément des dommages-intérêts auprès des compagnies d’assurances. Une source proche du dossier déclare à L’Economiste que «ces faux sinistres sont en fait des dossiers avérés au sujet desquels des preuves ont été formellement établies et qu’en réalité, l’auteur a inventé plus de 50 accidents au cours des 18 derniers mois.

Le montant des indemnisations soutirées aux compagnies d’assurances varie entre 2.500 DH et 15.000 DH. Une enquête est en cours pour évaluer l’étendue du phénomène. Une chose est sûre: les dossiers de fraude sont tellement nombreux que l’auteur a déclaré à la police judiciaire être dans l’incapacité de donner avec précision les détails relatifs aux faux sinistres.

Le principe dans cette nouvelle affaire de triche est classique. Il consiste à souscrire une police d’assurance auprès d’un assureur pour l’un de ses quatre véhicules et de déclarer ensuite des accidents de la circulation fictifs. L’objectif étant évidemment d’obtenir une indemnisation auprès de plus d’une compagnie d’assurances à la fois en présentant de faux constats à l’amiable. La police judiciaire a entendu la semaine dernière les représentants des assureurs victimes de la fraude: Axa, Saham, Atlanta, Sanad, Mutuelle centrale marocaine d’assurances (MCMA), Wafa Assurance et RMA.

Après avoir entendu le prévenu, la police judiciaire a procédé à des recherches sur la base de données des sinistres et identifié une dizaine d’automobilistes complices. Parmi eux, seul un conducteur a confirmé avoir eu réellement un accrochage avec l’auteur de la fraude, à la suite duquel ils ont établi un constat à l’amiable. Le prévenu a utilisé les éléments d’identité de la partie adverse dans deux faux sinistres.

Le faussaire s’est lié d’amitié avec un groupe de revendeurs de véhicules usagers. Il leur a confié son intention de créer de faux dossiers de sinistres et qu’il a besoin de données personnelles pour remplir des constats à l’amiable. Chose qu’il a pu obtenir auprès de ses complices dont l’identité n’a pas encore été établies par la police judiciaire.

Plusieurs personnes ayant été au départ considérées comme complices dans cette affaire se sont finalement avérées être des victimes puisque leurs données personnelles ont été utilisées par le prévenu à leur insu. Elles se préparent d’ailleurs à le poursuivre en justice.

L’enquête sur cette affaire pourrait déboucher sur de nouveaux rebondissements. Selon l’avocat des compagnies d’assurances, des investigations sont en cours au sujet d’escroqueries similaires et des plaintes seront bientôt déposées.

Toute la chaîne à sécuriser

Pour limiter les possibilités de fraude, les compagnies d’assurances devraient revoir leurs procédures pour identifier les zones à risque dans toute la chaîne. «Pour avoir le temps de déclarer un accident et bénéficier rapidement d’une indemnisation via la formule chèque auto, l’auteur de la fraude déclare les sinistres dans des petits pôles urbains car les agents et courtiers d’assurance n’ont pas encore tous la possibilité de communiquer en temps réel les dossiers de leurs clients aux assureurs», déclare Me Mohamed Iraqi Houssaini, avocat des six compagnies victimes. D’autres failles pourraient exister au niveau des procédures des assureurs.

 

 

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