International

Géopolitique/ Afrique: Faut-il repenser les opérations de maintien de la paix?

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5301 Le 26/06/2018 | Partager
Plus de la moitié des opérations se déroulent en Afrique… avec des succès mitigés
Ces actions sont devenues complexes et soulèvent des problèmes nouveaux
Réformer le Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA
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Youssef Amrani Chargé de Mission auprès du Palais royal du Maroc (en extrême droite), Miguel Angel Moratinos, ancien ministre des AE d’Espagne, Mahamat Saleh Annadif, ancien ministre des AE du Tchad (en blanc), ayant supervisé plusieurs missions de maintien de la paix pour le compte de l’Union africaine. Face à l’objectif, Karim Aynaoui, patron du Policy Center, le think tank monté par le groupe OCP. Au premier plan à gauche, le Pr Rachid El Houdaigui. L’OCP PC organisait pour la deuxième fois la conférence annuelle sur la paix et la sécurité en Afrique, APSACO.  La conférence a été suivie d’une demi-journée consacrée à la seule sécurité au Sahel, avec une composition d’intervenants un peu différente (Ph Bziouat)

C’est un véritable exercice d’introspection des opérations de maintien de la paix (OMP) en Afrique, mené par une centaine d’experts, dont des généraux, des colonels et des diplomates internationaux.  Y compris des militaires de haut rang ayant l’expérience de ces opérations directement sur le terrain.

Hésitants au début, ils ont fini par «se lâcher» et parler sans ambages des difficultés qu’ils gèrent, avec des moyens réduit et des missions «définies en chambre, à New York», bien loin des «réalités réelles» de conflits asymétriques, des attaques en vue de pillage, ou bien loin de leurs hommes à qui on demande tout et son contraire. Ils présentent donc la qualité rare de parler des choses qu’ils ont pratiquées sur les terrains d’opérations ou dans les postes de commandement.

Rabat semble travailler sur ces questions pour construire une doctrine nouvelle, plus en phase avec le monde d’aujourd’hui. D’autant qu’elle dispose d’une forte expérience accumulée par l’envoi de soldats marocains sous le label des casques bleus dans des opérations de maintien de la paix sur plusieurs zones de conflit en Afrique, en Europe ou ailleurs.

«Le règlement des conflits par autrui est rarement durable» constate le Pr. Rachid EL Houdaigui, senior fellow à l’OCP-PC. Pourtant l’ONU veut et doit éviter les guerres. «Son modèle est bon, mais il doit évoluer car la donne a changé».

Les conflits par-dessus les frontières n’existent presque plus, mais sont apparues des bandes criminelles lourdement armées (par qui?), des milices mercantilo-politico-religieuses… qui organisent les populations en leur offrant un semblant de sécurité en échange de la soumission absolue.

Non-ingérence ou non-indifférence?
Youssef Amrani, chargé de mission au Cabinet Royal, qui co-présidait la séance introductive,  a souligné que «la prise de conscience locale des défis majeurs liés aux crises, à la sécurité et au développement, pousse à rechercher le principe de «non-indifférence» à la place de la «non-ingérence».

«La complexité et l’amplification de certaines crises montrent que les opérations de maintien de la paix et les réponses militaires à elles seules, ne peuvent être des instruments efficaces de lutte contre l’instabilité, l’insécurité ou l’extrémisme violent». Selon lui, il est fondamental d’inscrire les OMP dans le cadre d’un processus politique, qui s’accompagnerait à long terme, de réformes politiques et socio-économiques.

Il n’a pas manqué de rappeler «la spécificité et la fragilité de l’espace géographique sahélien, aujourd’hui confronté à de multiples menaces chroniques d’ordre sécuritaires, démographiques, mais aussi environnementales», qui appellent à «une lutte ferme contre les groupes terroristes, au renforcement de l’Etat de droit et ce, en créant les conditions d’une croissance, d’un développement et d’une sécurité durable pour l’ensemble des pays sahéliens». Un territoire aussi immense que ses problèmes et qui  seront l’unique l’objet de tout un séminaire le surlendemain.

Youssef Amrani ouvre des perspectives vers la «réforme de son Conseil de paix et de sécurité» pour «améliorer la coordination des méthodes de travail et la gestion des crises sur le continent».  C’est dit: l’objectif marocain est posé. Il s’agit d’insuffler un nouvel élan à la dynamique de cette institution, de renforcer l’unité et la solidarité africaine et de permettre au continent de relever les défis, notamment, dans les domaines de la paix, de la sécurité collective et du développement durable.

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En plus de cette carte (à jour début 2018), signalons qu’ Ansar al-Charia est installée en Tunisie, AQMI a très certainement infiltré le Polisario dans le sud-algérien. Le Mujao a une sorte d’association avec un groupe appelé «Les Signataires par le Sang» et Ansar Eddine qui contrôle un territoire entre le Mujao et AQMI, est associé, au moins pour l’instant, avec des tribus représentées par le MLNA et le MAA.  La Libye est  partagée entre des milices à fort caractère ethnique. Les armes de l’ancien régime de Kaddafi alimentent toute la région.
Dans la Corne de l’Afrique, une nouvelle faction de Shebab occupe la côte est  de la Somalie et un morceau de l’Ethiopie,  le long du Golfe d’Aden (carte Madyana)

En tout cas, les interventions ont montré un consensus sur la nécessité de réformer les OMP. Des pays y sont favorables, certains sont contre, d’autres ne se prononcent pas. Les Etats contributeurs aux OMP participent à l’élaboration des missions et tentent de se les approprier. Autre point relevé: les soldats envoyés sur le terrain ne sont pas formés à ces tâches. Il s’agira de leur assurer une formation continue pendant la mission. Le dernier point relevé au cours d’un panel porte sur le renseignement qui est de plus en plus intégré dans la mission de maintien de la paix. Cette nouveauté s’est confirmée lors des opérations au Mali.

Le rôle des nations du Nord et du Sud a été évoqué pour rappeler que la Chine a été pendant longtemps absente des opérations de maintien de la paix. Aujourd’hui, elle en fait partie, a indiqué un général français présent avant de rappeler une citation en vogue dans les milieux diplomatiques internationaux: «l’ONU n’est pas là pour nous amener vers le paradis mais pour nous empêcher d’aller à l’enfer».

Pour un autre diplomate, le passage de l’OUA à l’Union africaine a été un développement important dans l’appropriation des conflits par le continent. L’Afrique est sur la bonne voie pour susciter la bonne gouvernance d’autant que les Etats membres sont les premiers à se porter volontaires et les premiers à arriver sur le terrain.

Il y a toutefois des obstacles objectifs qui empêchent l’UA d’être plus performante dans la paix et la sécurité. C’est le cas du terrorisme. De même, l’autonomisation de l’UA tarde à se mettre en place. L’Union européenne s’est engagée pour que les pays africains couvrent 25% du financement de cette institution et l’international les 75% restants.

 

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