Analyse

Festival Gnaoua Musiques du monde: La culture, un antidote pour vaincre la ségrégation sociale

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5298 Le 21/06/2018 | Partager
Le développement territorial passe aussi par la promotion des arts
Des projets culturels pour favoriser la mixité urbaine
Une agitatrice d’idées au Parlement
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Créé en 1998, le festival Gnaoua Musiques du monde attire en moyenne 300.000 spectateurs par an  (Ph. Jarfi)

Entrepreneuse, parlementaire et cofondatrice du festival Gnaoua qui démarre ce jeudi 21 juin à Essaouira. C’est une Neila Tazi convalescente qui nous accueille dans sa demeure à Casablanca en ce début d’été. Créé en 1998, cet événement musical est l’un des plus anciens après le festival des Musiques sacrées de Fès.

La culture sert-elle aussi de levier économique et social pour un territoire? «Dans les années 1990, il y avait une forme de méconnaissance du fonctionnement, de la complexité et de l’intérêt de ce type de projet culturel. Je parle de l’écosystème en général.

Des avancées considérables ont été enregistrées. Le lien entre culture et développement économique et social s’illustre parfaitement par notre festival», relève sa cofondatrice, Neila Tazi. Son oncle maternel résume cette trajectoire en une seule phrase: «Les Gnaouas sont passés de saltimbanques à artistes».

Mère de deux enfants, la promotrice culturelle a trempé aussi sa plume pour dénoncer le viol, les discriminations de genre et les traditions sclérosées: «Les mots ne sont jamais neutres car ils ont le pouvoir de sanctuariser l’espace politique et social en lui donnant des plis qui façonnent à leur tour le comportement du plus grand nombre», plaide Neila Tazi (cf. L’Economiste n°3750 du 28 mars 2012).

La militante des droits des femmes est devenue parlementaire depuis 2015. Certaines de ses connaissances évoquent un avant et un après la Chambre des conseillers. Son ton s’est-il assagi? «Mes mots et mes positions ne m’engagent pas seule. Un parlementaire n’as plus la même liberté de s’exprimer parce qu’il représente ses électeurs», rétorque la conseillère.

Dans son cas, chaque pensée est exprimée en son nom et celui de l’institution représentée, la CGEM. La Confédération du patronat compte depuis un an et demi une nouvelle branche d’activité: la Fédération des industries culturelles et créatives. La fondatrice de A3 communication a porté ce projet avec le soutien de la présidente sortante de la CGEM, Miriem Bensaleh. Les deux femmes complices l’ont ainsi pris en charge.

«Nous sommes convaincus que la culture doit sortir de la marginalisation et ne plus être cantonnée à un poste budgétaire des politiques publiques. En tant qu’investissement, l’impact de la culture n’est pas toujours perçu à sa juste valeur», estime Neila Tazi.

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La ville d’Essaouira a réalisé plus de 1,7 milliard de recettes entre 1998 et 2013. Les restaurateurs multiplient par 5 leur chiffre d’affaires durant le festival Gnaoua. «Lors des premières années, il y a eu d’abord une prise de conscience des opérateurs économiques et touristiques qui ont développé leurs offres.  Il y a eu un apprentissage commun y compris avec les responsables locaux pour saisir l’opportunité de ce festival qui transformait économiquement la ville», relève la cofondatrice du festival Gnaoua, Neila Tazi

Chez certains concitoyens, ce besoin impérieux de disséminer la culture dans l’espace public est toujours considéré comme un luxe. «C’est malheureux mais compréhensible. Qui peut accepter de voir encore des femmes mourir en mettant au monde leurs bébés dans des hôpitaux?», interroge celle qui se prononce pour l’égalité entre les deux sexes dans l’héritage.

Un échange avec un ambulancier sur les affres du monde médical public a affiné sa vision sur ce Maroc d’en bas. «Nous vivons avec des barrières: les riches et les pauvres. Les gens de Casablanca et ceux de Rabat, ceux qui ont le pouvoir et les autres...», déplore celle qui est née fin des années 1960 à Washington. 

C’est un apartheid spatial et social invisible, étouffant et indigne. Mais toujours présent. «Ces barrières doivent tomber dans un pays qui aspire à la modernité et la démocratie. La culture, avec le festival Gnaoua notamment, favorise la mixité sociale», insiste la fondatrice de la Fédération des industries culturelles et créatives.

La parlementaire fait le parallèle avec ce match de foot qui «apaise les blessures et les colères». Ce moment où nous sommes «unis par le même élan» et «le même amour» pour cette terre. C’est cela qui manque, d’où l’importance de l’éducation et de la santé, estime l’élue. Ce sont «les questions les plus récurrentes» posées à la Chambre des conseillers.

 

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