Chronique

La politique étrangère du président Macron: Dynamique et multidimensionnelle

Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:5297 Le 20/06/2018 | Partager

Jawad Kerdoudi est président de l’Imri (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK) 

La visite du président Macron à Saint-Pétersbourg en mai dernier nous donne l’occasion d’analyser la politique étrangère actuelle de la France.

Celle-ci a été définie par le président Macron lors de la Conférence des ambassadeurs à Paris le 29 août 2017, et repose sur trois principes: la sécurité des Français, l’indépendance, et l’influence de la France dans le monde. Elle consiste à ramener le pays au centre du jeu diplomatique international avec une approche pragmatique et réaliste. Le président Macron «veut parler à tout le monde» tout en préservant l’indépendance militaire et diplomatique de la France.

Pour cela, il a développé lors de ses nombreux voyages à l’étranger (48 en une année) des relations personnelles avec les chefs d’Etat. Il se veut le défenseur des valeurs démocratiques et des minorités, avec une orientation européenne tout en diversifiant les relations internationales de la France.

Assumer le leadership concernant le climat

Pour atteindre ces objectifs de politique étrangère, il faut une France forte économiquement et militairement. C’est pour cela que le président français s’est lancé dans des réformes structurelles ambitieuses, et qu’il a décidé de porter le budget de défense à 2% du PIB en 2025.

Le souci sécuritaire place au premier plan la lutte contre le terrorisme, d’où l’implication de la France dans la lutte contre Daech en Irak et en Syrie, et l’organisation d’une conférence internationale à Paris contre le financement du terrorisme. Ce même souci sécuritaire a amené le Parlement français à adopter récemment une législation plus restrictive en matière d’immigration.

Sous l’impulsion de son président, la France veut assumer le leadership concernant le changement climatique, d’où l’organisation de «One Planet Summit» en décembre 2017 à Paris, et la continuation de l’Accord de Paris malgré le retrait des Etats-Unis.

Le souci d’indépendance de la politique étrangère de la France s’est manifesté dans ses rapports avec les Etats-Unis et la Russie. Avec Donald Trump, Emmanuel Macron a marqué sa désapprobation du retrait des Etats-Unis à la fois de l’Accord de Paris sur le climat et de l’Accord sur le nucléaire iranien. Il a déclaré à plusieurs reprises son attachement au multilatéralisme et au libre-échange dans le commerce international, contrairement aux positions du président américain.

Tandis que Donald Trump soutient inconditionnellement Israël, Emmanuel Macron est favorable à la solution à deux Etats avec Jérusalem comme capitale des deux Etats. Il a en outre condamné les «violences des forces armées israéliennes» lors des derniers événements de Gaza.

Alors que la Russie avait pris partie contre Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle française, Vladimir Poutine a été reçu au château de Versailles le 29 avril 2017. Une seconde rencontre a eu lieu les 24 et 25 mai 2018 à Saint-Pétersbourg.

Des divergences sont apparues concernant l’Accord sur le nucléaire iranien que la Russie veut préserver tel quel, alors que la France souhaite l’élargir à un texte plus global. Une autre divergence a concerné la levée des sanctions suite à l’annexion de l’Ukraine par la Russie. Emmanuel Macron a conditionné toute levée de sanctions par des avancées sur cette question de la part de la Russie.

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Définie par Emmanuel Macron lors de la Conférence des ambassadeurs à Paris le 29 août 2017, la politique étrangère actuelle de la France repose sur trois principes: la sécurité des Français, l’indépendance, et l’influence du pays dans le monde (AFP)

Redynamiser le couple franco-allemand

Pendant sa campagne électorale, Emmanuel Macron s’était franchement prononcé pour le renforcement de l’Union européenne. Une fois élu à la présidence, il a rencontré à plusieurs reprises Angela Merkel pour dynamiser le couple franco-allemand qui est primordial pour l’Union. Le président français souhaite une Europe plus intégrée, dépositaire de la souveraineté des Etats membres, et qui les protège.

Pour la zone euro, il propose un ministre des Finances et un budget communs aux 19 Etats de la zone. Cependant le contexte actuel, et l’affaiblissement de la chancelière allemande lors des élections de septembre 2017, rendent difficile pour le moment tout renforcement de l’Union européenne.

Pour ce qui est de l’Afrique, le président Macron lors de la Conférence des ambassadeurs du 29 août 2017 a insisté sur les relations de la France avec l’Afrique, la qualifiant de «continent d’avenir». Dans son discours du 27 novembre 2017 à Ouagadougou au Burkina Faso, il a annoncé la rupture avec l’ancienne politique de la «France Afrique» et l’établissement d’un «Conseil présidentiel pour l’Afrique» issu de la société civile.

Il a annoncé également une réforme de l’aide au développement avec trois priorités: sécurité humaine, justice, éducation, et recours aux ONG. Il a marqué son attachement aux relations de la France avec le Maghreb, avec une nouvelle approche continentale sans séparer la Zone saharienne de l’Afrique méditerranéenne. Les relations maroco-françaises sont au beau fixe, avec plusieurs rencontres entre les deux chefs d’Etat, et l’appui constant de la France à la question du Sahara notamment au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU.

Le président Macron veut également diversifier les partenariats avec l’Asie et le Moyen-Orient et a entrepris dans ce sens plusieurs visites en Chine, Inde, et Pays arabes du Golfe.

Multilatéralisme, libre-échange...

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Après un an de mandat, Emmanuel Macron a réussi à remettre la France au centre de la politique internationale. Il a profité du Brexit et de l’affaiblissement de la chancelière allemande pour apparaître comme le leader de l’Europe. Il défend le multilatéralisme, le libre-échange et la lutte contre le changement climatique, en s’opposant à la montée du nationalisme et du populisme un peu partout dans le monde et surtout aux Etats-Unis. Il a réussi à établir de bonnes relations avec les Etats-Unis et la Russie tout en marquant à chaque fois ses divergences avec ces deux grandes puissances. Certes la France est une puissance moyenne, mais en fédérant l’Union européenne elle peut jouer un rôle d’équilibre dans un monde en pleine dérive.

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