Culture

Festival des musiques sacrées: Le renouveau de la médina célébré

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5295 Le 18/06/2018 | Partager
Jordi Savall, Dhafer Yousef, Gospel… attendus du 22 au 30 juin
Âme de la ville et traditions culturelles au menu de cette 24e édition
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A Bab Al Makina, site principal du festival de Fès des musiques sacrées du monde, les derniers préparatifs vont bon train. L’événement phare de la capitale spirituelle s’ouvrira le 22 juin sous le thème «savoirs ancestraux». Il fera vibrer la ville pendant 9 jours (Ph YSA)

Plus qu’une semaine pour lever le voile sur la 24e édition du festival de Fès des musiques sacrées du monde. La nouvelle version est prévue du 22 au 30 juin sous le thème «Savoirs ancestraux». La finalité étant de faire le lien entre un héritage artisanal exceptionnel dont la pierre angulaire demeure la spiritualité, et une création contemporaine offrant des perspectives prometteuses.

«La thématique de cette année sonne comme une évidence dans cette cité de Fès qui a si merveilleusement préservé ses traditions culturelles et artisanales», indique Abderrafih Zouitene, président de la Fondation «Esprit de Fès», organisatrice de l’événement.

«Les générations défilent au cours des siècles mais l’âme de la ville se perpétue et ce, grâce aux ramifications entretenues entre les différentes traditions culturelles creuset de l’histoire du Maroc mais également artisanales à l’origine du tissu social qui la compose», argue-t-il.

A Bab Al Makina, au jardin Jnan Sbil, Bab Boujloub, et à Dar Adiyel et Dar Tazi (les sites du festival), les derniers préparatifs vont bon train. L’événement phare de la capitale spirituelle fera vibrer la ville pendant 9 jours. Dans ses différentes scènes se succéderont rythmes porteurs de grandes traditions spirituelles d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie, d’Amérique, d’Europe occidentale et orientale.

Aux liturgies orthodoxes, hébraïques-andalouses, grégoriennes et jésuites de Bolivie, répondront les poésies arabes, les chants des soufis, des griots d’Afrique subsaharienne et des rwayyes du Haut-Atlas marocain, mais aussi des rythmes du Rajasthan, du Pakistan ou de Bali. Parfois, les traditions n’hésitent pas à s’entremêler, comme dans ces grands moments forts du festival. L’Economiste dessine les temps forts de la programmation 2018.

■ Une création pour donner le ton
Le 22 juin, Bab Al Makina accueillera l’ouverture du festival à travers le spectacle-création intitulé «les savoirs ancestraux». Cette création donnera le ton du festival. «Elle sublimera l’architecture et fera se tourner les pages d’un livre musical en l’ornant tant de lettres calligraphiées que de motifs de broderies. Les transformations orchestrées par l’homme sur la matière seront, également, mises en lumière par certaines manifestations du génie humain, cristallisées dans l’acier, le verre, le bois ou la pierre. Ces savoirs techniques traditionnels seront confrontés à l’art de la parole et, notamment, à la poésie, pierre angulaire du chant, tissant ses mots comme les fils de soie s’étirent dans les ruelles de la médina de Fès», indique Alain Weber, directeur artistique du festival.

■ Le Diwan of Beauty and Odd de Dhafer Yousef
Le grand maître du oud, vocaliste et composition tunisien, Dhafer Yousef, se produira le samedi 23 juin à Bab Al Makina. Il juxtaposera dans ce spectacle, qui a fait l’objet d’un album homonyme, la musique ancienne soufie avec la texture du jazz actuel. Les vocalises, très haut perchées, constitueront l’élément fondamental de cette création. Enfant prodige du soufisme et du jazz spirituel de Coltrane et même Miles Davis, cet artiste s’intéresse à «l’esprit du mysticisme, la musique, et non pas la croyance en elle-même». «Mes improvisations et mes compositions naissent d’intuitions sans trop de réflexion, une sorte d’illumination», dit-il. «Diwan Of Beauty And Odd» emportera les festivaliers en évoquant l’envol et la transe. Qu’il revendique une sensibilité à l’art du Tajwid (la psalmodie du Coran) est également un indicateur fort. Il dit lui-même que «quand [il était] petit, (s)es “rock stars” ont été les récitants du Coran Abdi El Basset Abdasamad ou Mohamed Omran, [et qu’il] les voit encore aujourd’hui comme des “jazzmen”.»

■ Ibn Battouta, voyageur de l’Islam, ressuscité par Jordi Savall
Jordi Savall, considéré dans le monde comme l’un des principaux protagonistes du renouveau de la musique historique, est aujourd’hui suivi par des millions d’amateurs comme en témoigne son intense activité de concertiste (140 concerts par an) et discographique (6 enregistrements par an). Avec son ensemble musical Hesperion XXI, il convie les mélomanes, le 24 juin à Bab Al Makina, à un voyage musical éblouissant qui suit les traces du grand explorateur Ibn Battouta. Le lendemain, 25 juin, Savall sera attendu au jardin Jnan Sbill pour un spectacle «musiques pour la vie et la dignité». Initié dans le cadre du projet Europe Créative Orpheus XXI, ce spectacle vise à intégrer les musiciens professionnels réfugiés tout en leur permettant de transmettre et partager leur culture.

■ Chants séfarades, du sacré au profane, à la synagogue Slat-al-fassiyine
C’est une première dans le cadre du festival de Fès des musiques sacrées du monde. La synagogue Slat-al-fassiyine, restaurée il y a quelques années, accueillera le 28 juin les «chants séfarades, du sacré au profane», de Gérard Edery. Né à Casablanca, élevé à Paris et à New York, ce dernier est diplômé de la prestigieuse école de musique de Manhattan, d’une maîtrise en interprétation lyrique et a chanté plus de trente rôles avec des compagnies d’opéra aux États-Unis. Largement considéré comme un maître chanteur et guitariste, Gérard Edery a à sa disposition une gamme remarquable de styles traditionnels ethniques et de traditions du monde entier. Par delà le fait de découvrir et de sauvegarder régulièrement des chansons, des histoires et des mélodies d’Europe, du Moyen-Orient, d’Amérique du Sud et de l’ancienne Perse, il se propose de les interpréter et collabore, également, avec des musiciens virtuoses très acclamés.

■ 3 MA de l’extrême sud à l’extrême nord de l’Afrique
Le maître de kora malien Ballaké Sissoko, le maître du oud marocain Driss El Maloumi et le maître de valiha malgache Rajery, trois artistes (3MA) ouverts sur le monde et ayant acquis une réputation internationale, entremêlent les notes et les harmonies venues de l’extrême sud à l’extrême nord de l’Afrique pour un grand moment de symbiose. Ils s’invitent le 26 juin à Jnan Sbill. Pour sa part, le public de Bab Al Makina  est convié, le 28 juin, à un voyage au cœur de l’Afrique Soufie. Lors de cette nuit africaine, la voix du munshid (le chanteur religieux), qu’il soit de Zanzibar, de Haute-Egypte ou du Sénégal, refaçonnera et scandera les mots d’un monde poétique où amour mystique, angoisse de l’absence et abandon du corps (sultâna) se côtoient.

■ Trois lettres de Sarajevo et Soweto Gospel Choir aussi
Le 29 juin, «Trois lettres de Sarajevo» de Goran Bregovic et de son orchestre des Mariages et des Enterrements se produiront en compagnie de l’orchestre symphonique de Bretagne.  Le même jour, «Soweto Gospel Choir» qui a pour parrain l’ancien archevêque Desmond Tutu, offrira une ode à la «Jérusalem des Balkans». Polyphonies vocales et danses zouloues, chant des travailleurs migrants, slogans provocateurs des manifestants et gospel s’entremêlent et concourent à une spiritualité joyeuse et enlevée. Un grand moment d’émotion à ne pas rater.

Edgar Morin de retour au Forum

Parallèlement aux musiques sacrées, le Forum de Fès, organisé du 23 au 25 juin, accueillera des  scientifiques, philosophes, musicologues, chercheurs, hommes et femmes de terrain, mais aussi architectes et musiciens. Ils débattront autour de trois thématiques: l’esthétique et les symboliques (23 juin), les modes et les cadres de vie en société (24 juin) ainsi que les arts et les créativités (25 juin). Parmi les intervenants, le sociologue et philosophe Edgar Morin, l’architecte Salima Naji ou encore le musicologue Ahmed Aydoun.

 

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