Economie

Qualité du lait: Le ministère dédouane les industriels

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5294 Le 14/06/2018 | Partager
L’import de la poudre représente 5% de la production collectée auprès des éleveurs
Un projet de décret sur la traçabilité bientôt dans les circuits d’adoption

Le ministère de l’Agriculture sort enfin de son silence et tente de contrer la polémique autour de la mise en marché du lait reconstitué à partir de la poudre (voir notre édition du lundi 11 juin). D’abord, il est clairement spécifié que la pratique «ne représente aucun enjeu sanitaire».

D’ailleurs, dans plusieurs pays, le lait en poudre est même utilisé dans la fabrication du lait pasteurisé et UHT. L’interdiction au Maroc se justifie surtout par la protection de l’amont agricole. «Un projet de décret est en cours de préparation dans l’objectif de renforcer le contrôle et la traçabilité de l’utilisation du lait en poudre afin de protéger la filière de tout déséquilibre», indique le ministère de l’Agriculture.

Ensuite, les statistiques officielles démontrent que les volumes utilisés par l’industrie laitière  ne dépassent guère 5% de la production collectée. On est donc loin des chiffres avancés par l’étude du cabinet Kantar dont le commanditaire est inconnu.

Selon le ministère de l’Agriculture, à fin mai 2018, les importations de la poudre de lait et des préparations laitières en poudre se sont établies à 14.700 tonnes. Et seules 28% de ces quantités ont été réalisées par les industriels laitiers (4.100 tonnes), soit 5% de la production nationale de lait pendant cette période.

Au demeurant, la poudre de lait ainsi que les préparations laitières font l’objet d’importations régulières par les opérateurs du secteur agro-alimentaire et sont utilisées dans la fabrication de divers produits (dérivés laitiers, chocolat, biscuits, confiserie, fromage fondu). Quant à la reconstitution du lait à partir des préparations laitières et du beurre, le ministère précise «qu’elle ne présente pas d’intérêt économique particulier».

Le coût du lait reconstitué se situerait à 4 DH/litre, soit 15% plus cher que le prix moyen du lait payé aux producteurs. L’Onssa (Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires) a mené des opérations de contrôle sur les bilans-matières de l’utilisation du lait frais et de la poudre de lait. Il en ressort que les quantités de lait collectées auprès des éleveurs couvrent les besoins pour la préparation du lait pasteurisé et UHT.

«Un reliquat est même dégagé et est utilisé selon les industriels dans la fabrication des dérivés laitiers».

Le ministère précise, par ailleurs, que dans le secteur laitier, la poudre de lait ou préparation laitière en poudre est commune et autorisée pour la préparation des dérivés laitiers, tels les laits fermentés, yaourts, fromages et desserts lactés.

Que dit la loi

L’utilisation du lait en poudre dans la fabrication du pasteurisé et UHT est interdite en vertu de l’article 9 du décret n° 2-00-425 du 7 décembre 2000 relatif au contrôle de la production et de la commercialisation du lait et produits laitiers. Des dérogations peuvent toutefois être apportées au texte dans le cas de disette ou de pénurie pour cause de sécheresse. Car, la législation cible avant tout la protection de l’éleveur marocain.
L’article 9 dudit décret dispose ainsi: la fabrication des laits reconstitués et/ou stérilisés UHT n’est autorisée que dans les conditions qui seront fixées par arrêté du ministre de l’Agriculture.
Les conditions d’emballage et d’étiquetage sont également précisées par l’article 10. L’emballage doit porter les indications obligatoires suivantes: la dénomination spécifique du produit, la raison sociale ou la marque, la date limite de validité, le taux de matière grasse, la contenance ou poids net et la mention «à conserver sous froid».

 

 

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