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Transformer les déchets plastiques en mobilier design

Par L'Economiste | Edition N°:5294 Le 14/06/2018 | Partager
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Cela fait des années que la décoratrice d’intérieur Wilhelmina Garcia essaie de résoudre le problème de la prolifération des déchets plastiques. Elle crée JunkNot Eco Creatives, une entreprise sociale qui façonne des meubles, des sacs et d’autres accessoires à partir d’emballages plastiques surcyclés.

e problème mondial des déchets plastiques a atteint des proportions de crise. Des études récentes ont révélé que, chaque année, près de 8 millions de tonnes de plastique sont déversées dans les océans du monde entier, détruisant la biodiversité marine et provoquant des dégâts environnementaux et économiques considérables dans le monde entier. Et les Philippines sont au cœur de ce problème.

Selon un rapport de l’ONG Ocean Conservancy daté d’avril 2017, ce pays d’Asie du Sud-Est fait partie de ceux qui jettent le plus de plastiques dans les océans à travers le monde, aux côtés de la Chine, l’Indonésie, la Thaïlande et le Vietnam.

Chaque année, ces cinq pays sont à l’origine de 55 à 60% de tous les déchets plastiques déversés dans les océans. Un chiffre qui dépasse celui de tous les autres pays du monde réunis. D’après Ocean Conservancy, les Philippines produisent 2,7 millions de tonnes de déchets plastiques chaque année, dont 500.000 tonnes seraient déversées dans l’océan Pacifique.

Cette situation a poussé des militants écologistes, tels que la décoratrice d’intérieur Wilhelmina Garcia, à chercher des solutions créatives pour minimiser l’impact des déchets plastiques sur l’environnement.

Née à Manille, au sein d’une famille d’activistes environnementaux, Garcia a souvent organisé des opérations de nettoyage et d’autres projets pour apprendre aux communautés locales à mieux gérer leurs déchets. En tant que décoratrice d’intérieur, elle a été à la pointe du surcyclage, un procédé qui consiste à utiliser des matériaux recyclés, comme des bouteilles de verre ou du papier, pour créer du mobilier pour ses projets.

En 2011, elle a fondé JunkNot Eco Creatives, une entreprise sociale qui, à ses débuts, ne fabriquait que des sacs et autres accessoires à partir de déchets plastiques. Elle organisait également des formations pour impliquer les communautés locales dans leur fabrication.

Bien que l’idée semblait parfaitement viable, Garcia reconnaît que, souvent, elle ne fonctionnait pas. «Beaucoup d’habitants ne mettaient pas en pratique les techniques qu’on leur enseignait. Certains le faisaient mais ils finissaient par abandonner», raconte-t-elle. L’expérience a été frustrante.

Pendant des années, elle a tenté par différents moyens de lutter contre la prolifération des déchets plastiques. En 2013, elle s’est lancée dans un nouveau projet qui deviendrait, par la suite, le fil conducteur de JunkNot. Elle a cherché à transformer des emballages plastiques en cordes afin de les utiliser dans la confection de meubles.

Alors qu’elle était au Maroc, après avoir obtenu une bourse d’étude, la designer a consacré une année entière pour perfectionner cette technique manuelle.

Aujourd’hui, JunkNot est bien établi dans les Philippines comme une entreprise innovante qui offre une solution ingénieuse au problème des déchets plastiques. Les commandes commencent à affluer. Certaines viennent d’autres pays, où les meubles de JunkNot passent avec grand succès les tests de durabilité. Selon Garcia, son entreprise ne se contente pas que de lutter pour la défense de l’environnement.

Elle cherche également à soutenir les communautés locales. En 2014, JunkNot s’est associée au gouvernement pour offrir un programme de formation professionnelle aux habitants d’Alas-as, un village de l’île volcanique de Taal, au sud de Manille. Garcia leur a appris à fabriquer des cordes à partir d’emballages plastiques, que la créatrice leur achète ensuite à 500 pesos philippins (10 dollars) pour 90 mètres. De plus, les travailleurs touchent un pourcentage du bénéfice de chaque vente de meubles réalisée.

Au fil des années, le nombre de résidents locaux dédiés à la fabrication de cordes en plastique n’a pas cessé d’augmenter. Au dernier comptage, ils étaient déjà une soixantaine. Qui plus est, les habitants du village ont mis en place un système de collecte des déchets plastiques afin d’aider les fabricants de cordes, contribuant à limiter la prolifération d’ordures sur l’île, selon Pangilinian.

«Nous recevons des commandes [de meubles], mais pas suffisamment pour étendre notre activité à d’autres communautés», regrette-t-elle. Pour ce faire, ses créations devraient être commercialisées à plus grande échelle, ce qui permettrait de surcycler plus de déchets plastiques.

JunkNot n’offre qu’une alternative innovante et, selon la créatrice, la seule solution viable pour réduire les déchets plastiques est, en fin de compte, d’utiliser moins de plastique.

Jan Victor R. Mateo

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