Société

Casablanca tue ses rares espaces verts!

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5293 Le 13/06/2018 | Partager
Très contestée, la reconversion d’un jardin public en mosquée à Gauthier
Organisés en association, les riverains s’y opposent
L’unique bouffée d’air frais pour le quartier menacée
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Avant sa restauration en 2016, le jardin de la place Chaouia, sis quartier Gauthier, était complètement à l’abandon

Les habitants du quartier Gauthier ne décolèrent pas. Le petit espace vert qui agrémente la place Chaouia (sise rue Moussa Ibnou Noussair, non loin du Maârif) est menacé de disparition. Le projet de construction d’une mosquée à la place refait surface au grand dam des riverains.

L’apparition en fin de semaine dernière d’une foreuse de carottage sur les lieux fait craindre le pire aux habitants. «L’engin a commencé à sonder le sol au niveau de l’aire de jeux mettant la vie des enfants en danger», s’indigne un riverain.

Mobilisés dans le cadre d’une association (Gauthier Mémoire et perspectives), les habitants du quartier tentent d’empêcher la destruction de l’unique espace vert qui subsiste encore. Il y a quelques années, les riverains ont pris en main cet espace laissé à l’abandon, dans l’indifférence des élus locaux (arrondissement Sidi Belyout, dirigé par le PJD).

Grâce à des dons, ils ont pu restaurer le petit parc (abritant des arbres séculaires) en y aménageant une aire de jeux pour enfants avec bancs publics, fontaine, plantations… Le tout pour l’équivalent de 350.000 DH. «Nous avons veillé à l’entretien et l’installation des canalisations d’eau pour assurer un débit régulier de la fontaine, instauré un système de surveillance du parc pour la nuit», explique un membre de l’association.

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L’aire de jeux, financée par les riverains, a nécessité un investissement de 350.000 DH. En fin de semaine dernière, une foreuse a démarré les excavations au beau milieu du bac à sable, mettant la vie des petits en danger

Un gardien, payé par les riverains, veille sur la sécurité des lieux. Entre-temps, l’arrondissement de Sidi Belyout, dont relève Gauthier, a coupé eau et électricité afin de condamner l’espace à une mort lente. Le but étant de le transformer en mosquée avec parking souterrain. Il est prévu également de déloger les commerçants d’un ancien petit marché (ayant déjà reçu des avis d’expulsion), avec la promesse de les réintégrer en tant que commerces attenants à la mosquée.

Le projet serait défendu par des personnes étrangères au quartier, selon des témoignages. Aujourd’hui, les «authentiques habitants» du quartier (comme ils se qualifient eux-mêmes) craignent pour sa quiétude. «Une mosquée dans un espace aussi exigu amènera son lot de désagréments: embouteillages, marchands ambulants, mendicité, désordre…», explique un membre de l’association Gauthier «Mémoire et perspectives».

La rue Moussa Ibnou Noussair est un passage obligé reliant Zerktouni à Mly Youssef en allant vers le centre-ville. «On imagine mal cette rue étroite et très dense pendant la journée s’encombrer davantage de voitures et de circulation, occupée par des vendeurs ambulants, bruits sonores et autres sources de pollution», affirment les membres de l’association dans une lettre qu’ils viennent d’adresser au wali.

D’autant plus que le quartier est à 200 mètres de la mosquée du Maârif (proche du marché). Délimité par 4 grands boulevards (Zerktouni, Mly Youssef, Roudani et Anfa), Gauthier abrite des habitants de confessions et d’origines diverses. Il est aussi le siège de plusieurs consultants étrangers, bureaux, des restaurants, des hôtels…

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L’arrondissement de Sidi Belyout a coupé l’eau et l’électricité condamnant l’espace vert à une mort lente. Les installations se dégradent peu à peu, dont la petite fontaine aménagée il y a à peine 2 ans (Ph. F. Al Nasser)

«Nous sommes mobilisés pour sauvegarder cet esprit et cette diversité qui caractérisent notre quartier et que certains, par intérêt, cupidité et dans le but de détruire son authenticité urbanistique et sa vocation de lieu de brassage, veulent changer», dénoncent les habitants dans leur lettre au wali.

Certes, les mosquées sont plutôt rares au centre-ville de Casablanca (Sidi Belyout, Mers Sultan…). Mais ce n’est pas une raison pour les construire sur les rares espaces verts encore disponibles, datant du protectorat. 

D’aucuns suggèrent de construire ce lieu de culte sur le terrain de la coopérative des enseignants, située juste en face du petit jardin public. «Il s’agit d’un espace beaucoup plus grand et propice à ce genre de projet», affirme un groupe d’habitants.

Le cas de ce jardin de Gauthier n’est pas isolé. Le club de boules de Maârif, situé juste derrière les immeubles de l’OCP (bd Bir Anzarane) est également menacé. Un projet de construction de mosquée à son emplacement serait aussi à l’étude.

La ville suffoque

Casablanca est loin de répondre aux standards internationaux en termes de ratio d’espaces verts par habitant. En effet, la moyenne y est de moins de 1 mètre carré par habitant (alors que la norme internationale préconise 10 à 12 m2/habitant en tant que seuil minimal). Paris en est à un ratio de 18 m2/habitant! Le ratio de la métropole est difficile à estimer, car il varie d’un quartier à l’autre. Les chiffres parlent de 0,35 m2 à Hay Mohammadi contre 6/7 m2 dans des zones comme Californie et Anfa (y compris les jardins privés). Les quelques espaces verts prévus par les plans d’aménagement font souvent l’objet de dérogations attribuées à tout-va.Pis encore, des jardins publics sont parfois bétonnés au vu et au su de tous.

 

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