Politique

Boycott, démission,… Trois scénarios pour l’issue de sortie

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5291 Le 11/06/2018 | Partager
Le gouvernement prend des mesures concrètes et urgentes
Hausse des salaires pour améliorer le pouvoir d’achat
Un «séisme politique» redouté par les états-majors des partis
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El Othmani est sous pression. Marasme social, économique, boycott.... les incendies se multiplient de toute part et interpellent sur la capacité du chef de gouvernement et sa majorité à répondre aux attentes (Ph. Bziouat)

La classe politique ne sait plus où donner de la tête. Ses dirigeants sont partagés: les uns redoutent un «séisme politique», d’autres appréhendent un remaniement, tous s’attendent et espèrent  une réaction royale pour les sortir de cette impasse. La situation politique est marquée par un malaise social qui grandit de jour en jour en l’absence du gouvernement capable de réactivité à la mesure du danger qui guette et grossit avec le développement du boycott.

En laissant faire, le gouvernement a commis l’erreur fatale qu’un politique devait normalement l’appréhender avant les autres. Aujourd’hui, la campagne de boycott continue de faire des ravages. Si, au niveau économique, les trois entreprises ciblées par ce mouvement ont perdu beaucoup d’argent et de parts de marché, sur le plan politique, les digues ont bougé.

La première victime déclarée de ce feuilleton à rebondissements n’est autre que Lahcen Daoudi. Le ministre des Affaires générales et de la Gouvernance a payé cash les frais de son soutien affiché et réitéré à Centrale Danone. Après une campagne de dénigrement, ses frères dans le parti, le PJD, l’ont poussé vers la sortie. Ce n’est pas parce que le ministre est descendu dans la rue pour manifester, mais parce qu’il s’est agi du personnel d’une entreprise faisant l’objet de boycott.

Ce qui accrédite davantage l’idée répandue que les «armées de l’ombre électroniques» du PJD soient à l’origine de cette campagne de boycott. Signalons que Saâdeddine El Othmani a fait preuve d’improvisation et d’amateurisme dans la gestion de cette affaire.

Après l’annonce de la démission par un communiqué de presse, le secrétaire général adjoint du PJD revient le lendemain pour rappeler que le parti n’a pas traité de la décision de Lahcen Daoudi. Cet épisode, comme d’autres, montre que l’exécutif ne dispose pas de boussole ni de stratégie pour conduire les affaires publiques. Le traitement du boycott a démontré que sa lecture de la situation sociale est partielle. Ses appels à la fin de ce mouvement sont restés sans écho.  

En tout cas, aujourd’hui, la balle est dans le camp du chef du gouvernement qui doit prendre de l’initiative. En attendant ce jour, pour Mohamed Amrani Boukhoubza, l’issue de cette impasse s’incarne dans trois scénarios. Ce professeur de sciences politiques de l’Université Abdelmalek Saâdi, à Tanger, considère le premier comme «purement gouvernemental».

En effet, l’exécutif peut prendre des mesures concrètes et urgentes, comme l’augmentation des salaires en vue d’améliorer le pouvoir d’achat des citoyens. Au cours des dernières années, la réforme de la Caisse de compensation et la libéralisation des prix des hydrocarbures ont été menées sans prendre des mesures d’accompagnement pour protéger le pouvoir d’achat des ménages.

Dans cette affaire, c’est la classe moyenne qui a le plus trinqué avec la hausse des prix des produits alimentaires, consécutive à la hausse des prix des carburants. En plus, ce manquement a été accompagné par l’entêtement du gouvernement à ne rien proposer de consistant comme propositions dans le cadre du dialogue social. Des milliers de fonctionnaires s’attendaient à une revalorisation des revenus pour soutenir le pouvoir d’achat et alléger la pression sur les familles.

Le deuxième scénario suppose la démission du gouvernement, suivie de la dissolution du Parlement avec un appel à l’organisation d’élections anticipées. Sauf que cette option est difficilement défendable. Car le fossé entre le corps électoral et les partis politiques se creuse de jour en jour, avec le risque d’enregistrer un taux d’abstention record si le scrutin est organisé dans quelques mois.

Donc, la légitimité des institutions élues avec un taux de participation faible sera compromise. Une aventure que les partis politiques ne sont pas près de tenter.

Dernier scénario sur la table, un «séisme politique», à l’instar de celui provoqué au lendemain du hirak du Rif. SM le Roi avait en effet brutalement limogé quatre ministres et banni des missions publiques 5 autres du gouvernement précédent. Ce scénario est plausible vu l’échec patent du gouvernement à traiter à temps le phénomène du boycott.

Pour Mohamed Amrani Boukhoubza, «ce séisme pourrait prendre plusieurs formes comme notamment la sanction de certains ministres, avec un remaniement qui pourrait affecter la nature de la coalition gouvernementale. Surtout que l’homogénéité politique n’a jamais été le fort de cet exécutif». L’hypothèse de la sortie du RNI et l’entrée de l’Istiqlal est avancée au niveau de l’état-major du PJD.

Le foot pour oublier

Le dénouement de la situation politique avec le boycott qui a fait sa première victime (démission de Lahcen Daoudi) pourrait s’accélérer. Toutefois, le contexte, marqué par deux évènements importants pour les Marocains, est particulier. Et pour cause, les citoyens auront les yeux rivés sur Moscou. Dans la capitale de la Russie, le conseil exécutif de la FIFA doit trancher sur le choix du pays organisateur de la Coupe du monde en 2026 après demain mercredi. Dans cette épreuve, le Maroc croise le fer avec les Etats-Unis, allié au Canada et au Mexique. C’est tout un peuple qui retient son souffle. Par ailleurs, les économistes sont unanimes pour considérer que le pays négocie un tournant de son histoire. C’est une opportunité en or pour une relance économique assurée si Rabat décroche le sésame. En plus, deux jours après, l’équipe nationale, conduite par Hervé Renard, disputera son premier match, décisif contre l’Iran pour le premier tour du Mondial de Moscou. D’autres matchs contre le Portugal et l’Espagne sont programmés. Tous les Marocains vont prier pour que les Lions de l’Atlas déballent tout pour franchir le deuxième tour. L’opinion publique sera totalement branchée sur cette compétition. Pendant ce temps, la politique pourrait jouer le temps mort.

                                                               

Désaccords

La société marocaine commence visiblement à dépasser les institutions de médiation que sont les partis, les syndicats et la société civile. Ces derniers sont inaudibles auprès de la population, particulièrement les plus jeunes. Un malheur ne vient jamais seul: même le Parlement semble incapable de représenter ces Marocains, particulièrement ceux qui s’activent dans le monde virtuel.

En tout cas, cette campagne de boycott a mis à nu les multiples divergences au sein du gouvernement. Certains ministres sont favorables à ce mouvement qui se détourne des produits de trois entreprises.  D’autres sont contre. En plus, la majorité, ankylosée, souffre structurellement d’une absence de cohérence. D’ailleurs, le gouvernement est composé de 6 partis politiques, ayant des références et des ambitions différentes.

Ces derniers tournent avec des dysfonctionnements en interne qui souvent paralysent leur appareil, dirigé par des apparatchiks. Ce tableau sombre est complété par le PJD qui cultive des désaccords internes qu’il cherche à dissimuler à l’extérieur en parlant d’unité.

Evidemment, dans un contexte politique fragilisé, des partis comme le PAM surfe sur la vague de mécontentement pour préparer une motion de censure qu’il compte déposer avec d’autres soutiens comme notamment l’Istiqlal. Pourtant, il y a peu, le parti de Nizar Baraka clamait haut et fort qu’il ne coordonerait pas ses actions politiques avec cette formation.

 

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