Economie

Carburant: Le plafonnement des prix oui mais…

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5287 Le 05/06/2018 | Partager
Les opérateurs pas très chauds, mais c’est une assurance pour le consommateur
Leurs propositions attendues cette semaine
4 milliards de DH de bénéfices nets pour un chiffre d’affaires de 60 milliards par an
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Tous les quinze jours le gouvernement pourrait fixer le prix maximum de vente du gasoil et de l’essence. Cette «restriction» constitue la solution à la polémique sur les marges des pétroliers et les prix pratiqués sur le marché depuis la libéralisation.

Une libéralisation sans régulateur, comme c’est le cas dans les autres secteurs, alors que le  conseil de la concurrence est inactif. Elle ne s’est pas non plus accompagnée d’un dispositif qui aurait pu être activé en cas de hausses importantes des cours à l’international! Surtout que les  variations des prix des carburants suscitent l’inquiétude  des consommateurs et des incertitudes sur leur pouvoir d’achat.

«A la libéralisation, aucun mécanisme n’a été mis en place pour réagir en cas de hausse importante du cours du baril. Nous avions proposé deux systèmes mais ils n’ont pas été retenus. C’était soit un retour à la subvention  à partir d’un certain niveau de prix, soit la mise en place comme c’est le cas dans certains pays d’une TIC flottante», soulignent des opérateurs.

Le système de plafonnement des prix proposé par le gouvernement  est contesté par les opérateurs car il constitue «un retour sur la libéralisation». Mais des pétroliers estiment néanmoins qu’il aurait l’avantage d’éviter les polémiques sur les prix puisqu’ils seront en quelque sorte «certifiés» par l’Etat.

Le gouvernement qui a tenu sa première réunion avec les compagnies pétrolières la semaine dernière voudrait s’inspirer du modèle belge. Pour le calcul du prix maximum, ce modèle tient compte du prix du produit à la sortie de la raffinerie  lié aux cotations internationales des produits finis sur le marché de Rotterdam, d’une marge brute maximale de distribution, des cotisations légales et des taxes.

La décision n’est pas définitivement arrêtée mais le ton est donné. «Nous allons constituer une commission au sein du secteur et présenter des propositions au gouvernement dans les meilleurs délais. L’étude sur le prix plafond du ministère des Affaires Générales et de la Gouvernance est bien avancée», soulignent des opérateurs.

Ce plafonnement des tarifs se traduirait par la quasi-reprise de la structure des prix abandonnée depuis la libéralisation. Le prix détaillant serait égal au prix Rotterdam augmenté des différents coûts et taxes ainsi que des marges qui seraient fixées. Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales aurait assuré aux distributeurs que le mécanisme serait testé durant une certaine période.

Cette réunion a été également l’occasion pour revenir sur les conditions  qui ont entouré cette libéralisation intervenue au 1er décembre 2015.  Dès le départ, une période transitoire de deux à trois ans avait été prévue. Celle-ci devait servir de test et devait permettre la mise en place d’un ensemble d’exigences.

C’est le cas notamment  de la signature des contrats avec les gérants des stations-service pour pouvoir modifier les prix à distance, et pour les volucompteurs ainsi que les travaux d’aménagement des stations-service pour l’affichage sur les totems.  Durant cette période, les sociétés pétrolières ont continué à changer les prix chaque quinzaine en se basant sur les cours à l’international et du cours du dollar.

Elles ont également opéré une révision des marges tenant ainsi compte de plusieurs éléments. D’abord, les primes liées aux couvertures contre les risques de variation du cours des matières premières. Ensuite, depuis la fermeture de Samir les opérateurs assurent la totalité de l’approvisionnement du pays.  «C’est presque 50% de l’activité nationale qu’il fallait prendre en charge avec toutes les contraintes et les difficultés que cela avait imposé», soutient une source proche du dossier.   L’Etat a ainsi exigé l’application stricte des obligations de stockage de 30 jours minimum tout en disposant d’un stock outil. Une obligation jugée contraignante puisque cela mobilise, en fonction des périodes, entre 7 à 8 milliards de DH.

Le secteur devait également lancer les investissements en capacités  de stockage pour qu’il puisse respecter ses engagements et en vue d’une augmentation de l’obligation de stockage à 45  voire 60 jours. Aujourd’hui près de 700.000 tonnes sont en cours de réalisation pour 4 milliards de DH d’investissement. Globalement, les investissements prévus s’élèvent à 10 milliards de DH sur 5 ans (stations-service, dépôts…).

Les marges des pétroliers

17 milliards de DH pour les uns, 13 pour les autres…Ces dernières semaines ont été marquées par la surenchère sur les marges dégagées par les distributeurs pétroliers. Un point sur lequel les représentants du secteur se sont arrêtés lors de la réunion avec le ministère des Affaires Générales et de la Gouvernance. «Les chiffres annoncés sont totalement erronés et le secteur parle d’un bénéfice net  de 4 milliards de DH, soit 8 milliards sur deux ans», souligne une source proche du dossier. Le chiffre d’affaires du secteur serait de 60 milliards de DH et les marges comprises entre 7 et 8%.

 

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