Entreprises

Tourisme: La CNT au bord de l’implosion

Par Amin RBOUB | Edition N°:5280 Le 25/05/2018 | Partager
Des fédérations dénoncent des dysfonctionnements en série
Scission, dissolution des organes, CNT bis, CGEM... Les scenarii
Cotisations, représentativité, légitimité, absence de vision... Les sujets qui fâchent
tourisme_cnt_080.jpg

Le trio Benabbés-Taarji (ANIT), Khalid Abbadi (FNR, au milieu) et Othmane Chérif Alami (FNTT) tire à boulets rouges sur les instances dirigeantes de la CNT

Rien ne va plus entre la présidence de la Confédération du tourisme (CNT) et les dirigeants des 5 fédérations métiers. La tension monte depuis plusieurs mois au point de virer vers un blocage des instances, voire une implosion. Une crise qui accentue la déliquescence des structures et organisations de la corporation dans un contexte de fortes discordances dans la cohérence de l’économie touristique.

A l’origine de ces querelles intestines, des guéguerres d’ego surdimensionné, des incompatibilités d’humeur, des tensions larvées, des règlements de comptes, voire des tirs fratricides entre clans... Des membres évoquent aussi des dysfonctionnements dans le mode de gouvernance, l’absence de vision ou encore des problèmes de représentativité entre membres de la Confédération, voire des divergences de fond.

Aujourd’hui, hormis la Fnih, 5 fédérations métiers sur 6 (Anit, Fnavm, Flascam, FNTT et la FNR) montent au créneau, dénoncent de nombreuses dérives et font valoir leur position. «Nous ne voulions pas dégainer en premier. En réalité, les problèmes durent depuis 3 ans, exactement depuis que le binôme actuel (ndlr: Kabbaj-Zemrani) est élu», tient à préciser Othman Chérif Alami, président de la FNTT.

«Nous sommes face à un constat d’échec et de faillite de l’organisation... Sur la gouvernance associative, la CNT a manqué de punch, de solidarité et de vision dans l’intérêt général de ses membres», dénonce Jalil Benabbés-Taarji, en sa qualité de président de l’Anit.

Et d’ajouter: «La CNT est une organisation en faillite morale et financière... Notre priorité aujourd’hui est la réintégration de la CGEM, même si cela ne constitue pas une fin en soi». De l’avis des patrons des 5 fédérations, l’heure est grave! «Il y a un réel problème de pilotage et des discordances structurelles».

Sur les problèmes d’ego, Benabbés-Taarji nuance que «c’est un vrai-faux sujet qui tue dans l’œuf les vrais débats. Il y a certes des aspects d’ordre personnel, mais le vrai problème est dans les différences d’approche, de vision, d’idées et des divergences de fond. Sachant que l’organisation et les projets transcendent les egos et les considérations personnelles».

Pour l’heure, le constat, selon les 5 fédérations, est que la CNT est aujourd’hui gérée «par un courant de conservateurs qui a bloqué l’ensemble du système». Résultat: une corporation «sans pilotage ni visibilité». Du côté des entreprises, associations professionnelles, structures régionales... c’est le ras-le-bol généralisé face à ces «chamailleries» non-stop.

Même le ministre de tutelle, Mohamed Sajid, aurait tenté une médiation, qui s’est vite soldée d’échec. Tellement la tension est forte! Si cette crise persiste, elle risque d’impacter les intérêts de la corporation, voire compromettre la compétitivité d’un secteur hautement stratégique (2e en termes de rapatriement des devises après les transferts MRE). Pour sortir de cette impasse, les 5 fédérations veulent absolument que la CNT réintègre la CGEM.

D’ailleurs, ce sera le premier dossier sur lequel devra trancher le tout nouveau patron des patrons, Salaheddine Mezouar, élu mardi dernier. Les patrons de fédérations comptent saisir le président Mezouar pour les aider à débloquer la situation de façon à ce que la CNT réintègre le patronat. «Nous demandons à la CGEM de prendre acte de la défaillance totale de la CNT actuelle et tirer les conclusions qui s’imposent», soutient Jalil Benabbés-Taarji.

Sur l’option de réintégrer la Confédération patronale, Abdellatif Kabbaj, président de la CNT, est catégorique: «La Confédération ne veut pas jouer un rôle de figurant au sein de la CGEM». Autrement dit, elle sera cantonnée dans un rôle de simple fédération interne.

Le scénario de retour à la CGEM «implique la dissolution de la CNT et le retour à une fédération dépourvue de personnalité. Elle sera une émanation de la CGEM non assujettie à la cotisation et ne disposant pas de droit de vote», précise le président de la CNT.

La levée de boucliers des 5 fédérations intervient juste après la décision de leur suspension du rang des instances électives. Motif: non-paiement des cotisations. «Pour les fédérations métiers en défaut de paiement, l’Assemblée générale maintient leur suspension jusqu’au paiement de leur dû», précise la CNT.

Et de temporiser: «L’assemblée générale propose au CA d’entamer une médiation par l’intermédiaire du comité transitoire pour trouver des solutions à cette situation...» Interrogés sur leur suspension, les dirigeants des  fédérations métiers jugent «infondée» cette décision qui n’existe pas dans les statuts. «C’est l’expression d’une gestion de deux poids, deux mesures».

Ils en veulent pour preuve que de nombreux hôteliers (relevant donc de la Fnih) ne sont pas à jour de «leurs cotisations, sans pour autant qu’ils soient inquiétés, ni suspendus».

Sur un tout autre registre, celui de la tenue ce mois-ci d’une assemblée générale extraordinaire pour statuer sur le retour ou non de la CNT à la CGEM, les dirigeants des fédérations suspendues estiment que cette AG «n’a pas lieu d’être», puisqu’«il n’y a pas eu de conseil d’administration». «Sur 103 membres de la CNT, plus de 70 n’étaient pas à jour de leurs cotisations depuis plus de 3 ans».

Taarji: «Aucun membre n’est à jour de ses cotisations»!

«Aujourd’hui, aucun membre de la CNT, binôme inclus, n’est à jour de ses cotisations», assène Jalil Benabbés-Taarji, président de l’Anit. Pourtant, certains membres s’acquittent bien de leur dû chaque année depuis 2013, d’après un document interne dont L’Economiste détient copie. Aux yeux de Taarji, les montants versés ne sont  pas conformes au barème qui doit être appliqué puisqu’ils sont basés sur le projet de règlement intérieur de la CNT de 2015. «Un projet qui n’a pas été validé par une assemblée générale». Selon le président de l’Anit, le barème qui devrait s’appliquer est celui qui était en vigueur avant l’adoption de ce règlement (100.000 au lieu de 50.000 DH). Pour l’heure, «sur 103 membres de la CNT, plus de 70 n’étaient pas à jour de leurs cotisations depuis plus de 3 ans».

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc