Analyse

Qualité de l’air à Casablanca: Des records au quotidien

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5277 Le 22/05/2018 | Partager
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«Le tramway de Casablanca va permettre à un grand nombre de casablancais un report modal de la voiture ou du taxi vers  ce mode à énergie propre, sécurisé, rapide et prioritaire sur la circulation, plus confortable que les bus existants et accessible aux PMR», souligne Annie Loisy, urbaniste-environnementaliste, chef de projet auprès du cabinet Alto Eko (Ph. Jarfi)

La circulation est l’une des sources majeures de pollution dans la capitale économique. Les grandes artères de Casablanca sont polluées quotidiennement du fait des déplacements pendulaires. Solution préconisée: développer une mobilité propre, limiter les déplacements pendulaires et encourager le télétravail. Entretien avec Annie Loisy, urbaniste-environnementaliste, chef de projet auprès du cabinet Alto Eko.

- L’Economiste: Quelles sont les principales sources de pollution à Casablanca? (émissions, véhicules, pollution usines…)
- Annie Loisy:
Les polluants mesurés par Maroc Météo dans le Grand Casablanca que sont le dioxyde d’azote, l’ozone, les PM10 et le dioxyde de soufre montrent deux types de sources de pollution. Le dioxyde d’azote et les PM10 sont des polluants issus du trafic routier. Les PM10 proviennent des moteurs diesel. Le dioxyde de soufre est issu des activités industrielles nécessitant la combustion d’énergie fossile pour générer de l’énergie (électrique ou de la chaleur).

- Quels sont aujourd’hui les quartiers les plus touchés à votre avis?
- Les vents dominants diffusent cette pollution dans la métropole. Ils proviennent du Nord et Nord-Est une bonne partie de l’année et diffusent les pollutions vers le sud. Ainsi, l’air pollué provenant de Mohammedia atteint Sidi Bernoussi, Sidi Moumen voire Tit Mellil. La pollution provenant de Roches Noires nuit à la qualité de l’air du quartier Belvédère. Le quartier Aïn Sebaâ est ponctuellement touché par la pollution au dioxyde de soufre. A cela s’ajoutent les émissions issues du trafic routier. Tous les quartiers sont touchés. Les grandes artères de Casablanca sont polluées quotidiennement du fait des déplacements pendulaires. Les embouteillages aggravent la pollution de l’air. On peut le déduire des cartes du site Maroc Meteo lorsque des segments des voies les plus larges apparaissent en rouge.
- Quels sont les polluants les plus nocifs: dioxyde d’azote, PM10, ozone, dioxyde de soufre…?
- Les polluants sont tous nocifs pour l’Homme et la végétation lorsqu’ils atteignent de trop fortes concentrations dans l’air. C’est pourquoi l’OMS mais également les législateurs de tous pays, fixent des valeurs limites à ne pas dépasser voire même des valeurs cibles pour améliorer la qualité de l’air. L’exposition prolongée à ces polluants risque d’impacter durablement l’organisme, provoquant des maladies cardio-pulmonaires. L’asthme et les allergies sont des pathologies typiques des grandes agglomérations, causées par la pollution de l’air. A Casablanca, nous vivons le «pic de pollution» quasi-quotidiennement du fait des quantités de PM10 générées par le trafic routier, plus particulièrement les moteurs diesel. Par exemple en 2015, la moyenne annuelle de particules PM10 mesurée en centre-ville a atteint 74 µg/m3 alors que la valeur limite fixée dans la CEE est de 40 µg/m3.

- Au-delà de l’aménagement d’espaces verts, quelles solutions pour limiter les pics de pollution atmosphérique?
- Les solutions sont nombreuses. Tout le monde peut s’en saisir. A l’échelle des politiques publiques du Grand Casablanca, des solutions sont déjà en œuvre. Limiter la pollution issue du trafic routier passe par le développement de la mobilité propre. Le tramway de Casablanca va permettre à un grand nombre de Casablancais un report modal de la voiture ou du taxi vers le tram (propre, sécurisé, rapide et prioritaire sur la circulation, plus confortable que les bus existants et accessible aux PMR). Limiter les déplacements pendulaires est aussi une piste d’amélioration, plus complexe, par exemple en encadrant le télétravail.
Concernant la pollution atmosphérique de source industrielle, la limiter est possible pour les industriels à raison de deux sortes d’investissements: les investissements dans la rénovation des parcs industriels ou encore les investissements publics ou semi-publics pour l’approvisionnement énergétique propre des parcs industriels. Il existe des solutions techniques pour réduire en amont les besoins énergétiques de la production, puis en aval filtrer ou traiter les fumées issues des combustions d’énergies fossiles et limiter ainsi les rejets polluants dans l’air.

Répartition des fonctions urbaines

Assurer une meilleure répartition des fonctions urbaines permet aussi de réduire les besoins en déplacements donc de réduire la pollution de l’air, affirme Annie Loisy. Cela passe par la qualification des zones qui manquent d’équipements, notamment de loisirs. «On pense tous à la Corniche pour aller courir, aller au cinéma, ou marcher à l’air frais et emmener ses enfants jouer gratuitement et en extérieur. Mais quelle ville au monde n’offre qu’une Corniche pour le loisir? Quelle nécessité y a-t-il d’installer les cinémas en bord de mer?», s’interroge-t-elle.

Propos recueillis par Aziza EL AFFAS

 

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