Analyse

Qualité de l’air à Casablanca: Alerte rouge sur les zones les plus touchées

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5277 Le 22/05/2018 | Partager
Mais l’ensemble du territoire est concerné
La concentration des PM10 est passée de 61 à 74 µg/m3 de 2013 à 2015
Recrudescence des maladies respiratoires, asthme, allergies...
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Sur cette carte de l’’indice de la qualité de l’air à Casablanca (appelé aussi Urban‘air), une valeur de 1 à 10 est associée à un qualificatif qui exprime la qualité de l’air. L’indice 1 correspond à une qualité de l’air excellente, un indice 10 à une qualité d’air très mauvaise. L’indice est calculé une fois par jour. Quand on zoome sur la carte, les grandes artères de Casablanca apparaissent en rouge, comme des veines. C’est là où se concentre le maximum de la pollution due au trafic routier (Source: Maroc Météo)

Personne n’est à l’abri de la pollution de l’air à Casablanca. Bien que certains quartiers soient plus exposés que d’autres aux rejets industriels et émissions de CO2 (comme Aïn Sebaâ , Bernoussi, Roches Noires, Mohammedia…), les émanations toxiques finissent par atteindre l’autre bout de la ville. En cause, les vents dominants Nord et Nord-Est qui soufflent sur la ville.

Les polluants sont donc diffusés vers les quartiers Sud. Autrement dit: les rejets des usines de Mohammedia peuvent se retrouver à Sidi Maârouf ou Bouskoura (avec de plus faibles concentrations bien évidemment). «Les vents amènent aussi la pollution des rejets d’usines d’Aïn Sebâa, Roches noires et Mohammedia, le dioxyde de soufre, jusqu’au centre-ville, avec une concentration en décroissance avec l’éloignement de la source de rejet», précise Annie Loisy, urbaniste-environnementaliste, chef de projet auprès du cabinet Alto Eko.

Ce constat est corroboré par les données d’une carte actualisée chaque jour sur le site web de la météorologie. Comme on peut le constater sur cette carte qui retrace la qualité de l’air par zone sur le grand Casablanca(1), l’air pollué est diffusé du Nord vers le Sud au gré des vents. «Mais ce qui sauve Casablanca est le fait qu’elle soit une ville côtière. Ce qui favorise la dissipation des nuages de pollution», poursuit Loisy.

Selon les résultats d’une enquête menée par les équipes de l’Université Mohammed VI des sciences de la santé (cf. édition du 12 février 2016), le Grand-Casablanca pourrait être réparti en 3 zones en fonction du type de polluants. C’est de loin la zone Aïn Sebaâ et Sidi Bernoussi qui est plus caractérisée par des émissions de dioxyde de soufre et de poussière industrielle (PM10). Mohammedia est aussi exposée à un mix de polluants. Pour sa part, le centre-ville est principalement pollué à l’oxyde d’azote (émis par les véhicules et un parc vétuste fortement diesélisé).

La capitale économique est exposée à deux principales sources de pollution: industrielle et celle liée à la circulation. Le premier type de pollution atteint les seuils les plus critiques à Mohammedia, Aïn Sebaâ, Zenata, Bernoussi… Alors que le trafic routier est la principale source de pollution au centre-ville et sur les grandes artères de Casablanca. D’ailleurs, lorsqu’on zoome sur la carte Urban’air, ces boulevards sont visiblement plus pollués que les zones environnantes.

Le taux le plus préoccupant est celui des particules PM10. En effet, en 2015, la concentration des PM10 était de l’ordre de 74 µg/m3, soit presque le double des valeurs limites européennes (40 µg/m3). Selon les données de l’OMS (qui remontent à 2013), le taux de concentration de petites particules à Casablanca serait de 61 µg/m3.

En l’espace de 2 ans, la concentration des PM10 est passée de 61 µg/m3 à 74 µg/m3. Mais ce sont le dioxyde de soufre (véhicules et industrie) et le PM10 qui présentent les plus gros risques pour la santé. Casablanca présente donc un risque accru de développement des maladies cardio-pulmonaires graves dues à l’inhalation des particules fines que l’organisme ne peut filtrer (du fait de leur taille).

Les maladies évoquées sont des accidents vasculaires cérébraux, cardiopathies, cancer du poumon, affections respiratoires, chroniques ou aiguës, asthme. Conséquence: un fort taux de morbidité lié à ces maladies, des sujets sensibles plus jeunes à ces maladies et la prévalence des maladies respiratoires chez les enfants de moins de 5 ans.

L’accès à l’info payant!

Si la carte «Urban‘air» exprime chaque jour l’indice de pollution par zone, elle ne fournit pas, en revanche, les mesures quotidiennes des polluants (dioxyde de soufre, dioxyde d’azote, ozone, PM10…). Ces informations ne sont pas accessibles au grand public. En effet, un arsenal de textes de lois, dont notamment le décret n°2-09-286 fixant les normes de qualité de l’air et l’arrêté conjoint n° 3750-14, protège l’accès à l’information sur la qualité de l’air. Sans doute, une manière détournée de taire les seuils alarmants de pollution dans la capitale économique.
Ces données, considérées comme hautement sensibles, sont concentrées au niveau de la wilaya de Casa-Settat. Pour avoir les taux de pollution, il faut s’acquitter de l’équivalent de 3.000 DH! (selon le témoignage d’une entreprise casablancaise). Ces données sont collectées via un réseau de 13 stations de mesure de la qualité de l’air, gérées par la Direction de la Météorologie nationale, dont 7 relevant de la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement.

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(1) L’indice de la qualité de l’air (appelé aussi Urban‘air) est disponible sur le site de la Direction de la Météorologie nationale (www.marocmeteo.ma).

 

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