Economie

Forum de Dakhla: Des pistes pour booster le développement africain

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5266 Le 07/05/2018 | Partager
L’Intelligence économique reste toujours sous-exploitée
Une évolution à plusieurs vitesses et un manque de coordination dans ce domaine
L'utilisation de ce mécanisme reste essentiellement focalisée sur les entreprises
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Les différents intervenants lors du Forum de Dakhla ont insisté sur l’apport considérable de l’intelligence économique appliquée, notamment pour la résolution de certains problèmes de développement, le renforcement de la compétitivité des territoires ou encore pour favoriser la prise des décisions commerciales et économiques (Ph. Bziouat)

Face aux changements géopolitiques que traverse le monde, le développement africain passe par l'activation de certains leviers, encore sous-exploités, comme l'intelligence économique. C'est dans cette logique que s'inscrit l'édition 2018 du Forum africain de Dakhla, organisé le week-end dernier dans cette ville.

L'objectif de cette rencontre est de faire le point sur l'évolution de cette discipline dans les différents pays du continent. À travers les témoignages de plusieurs spécialistes de l'intelligence économique, en provenance des différentes zones d'Afrique, le constat est unanime. «Le chemin de la promotion de l'intelligence économique sera long, si nos pays ne font rien dans ce domaine», selon Driss Guerraoui, président de l'Université ouverte de Dakhla, organisatrice de l'événement.

Un constat partagé par Natalia Umbelina, ancienne ministre des Affaires étrangères de Sao Tomé. Elle a expliqué qu'en Afrique, les efforts de promotion de l'intelligence économique restent «cloisonnés, les informations dispersées...». Pour l'instant, le recours à cette arme redoutable est encore au stade de balbutiement, selon plusieurs spécialistes.

Mais «ça va crescendo», fait-on savoir. Le renforcement des synergies entre les différents acteurs au niveau du continent est indispensable pour donner un coup de fouet à l'appropriation de certains outils comme la veille stratégique. Pour l'instant, «il n'y a pas un modèle type de promotion de l'intelligence économique, mais des pratiques différenciées, en fonction des pays ou des secteurs», a expliqué Guerraoui. L'Afrique ne dispose pas d'une vision partagée concernant ce sujet.

«Nous sommes plutôt face à des écoles africaines d'intelligence économique», comme l'a précisé Phillipe Clerc, président de l'Association internationale francophone d'intelligence économique. D'où l'importance du Forum des associations africaines spécialisées dans ce domaine, dont la convention de constitution à été signée, vendredi dernier à Dakhla (voir encadré).

Au-delà de la coordination limitée entre les Etats du continent dans ce domaine, les différents intervenants ont mis l'accent sur une évolution à plusieurs vitesses de l'adoption de ce mécanisme par les gouvernements. Au Maroc, la fusion des agences de promotion des exportations et des investissements, avec la création de l'Amdie, s'est accompagnée de la mise en place d'une direction d'intelligence économique, comme l'a souligné Othmane El Ferdaous, secrétaire d'État en charge de l'investissement numérique.

Le rôle de cette nouvelle direction est «d'accompagner les investisseurs marocains dans leurs démarches dans d'autres pays, notamment africains», a-t-il dit. En Algérie, l'appropriation des outils d'intelligence économique a été officialisée en 2006, avec la création d'une direction dédiée au sein du ministère de l'industrie, selon Sofiane Saadi, de NT2S consulting Algérie.

Actuellement, un dispositif juridique assure l'encadrement de cette activité, et chaque ministère dispose d'un «Monsieur intelligence économique», a-t-il dit.

En Tunisie, même les PME sont de plus en plus attirées par les outils de la veille stratégique et par les opportunités qu'offre le Big data, a fait savoir Kais Mejri, de l'association tunisienne d'intelligence économique. Il a déploré que «la formation dans ce domaine reste encore théorique, loin de la dimension appliquée».

C'est l'intelligence économique appliquée qui pourrait favoriser la résolution de plusieurs problèmes en Afrique, selon Alain Juillet, président de l'Académie d'intelligence économique. Pour l'instant, elle est surtout focalisée davantage sur le niveau micro (entreprises), plutôt que macro, en se penchant sur les grandes questions stratégiques, a déploré Guerraoui.

Avancer en rangs serrés

Les associations africaines d'intelligence économique veulent accorder leurs violons. Un Forum réunissant des centres spécialisés dans cette discipline a été créé via une convention signée vendredi dernier à Dakhla. Elle regroupe des pays comme la Côte d'Ivoire, le Congo, le Niger, le Sénégal, le Tchad et la Tunisie, en plus du Maroc. Cette structure ambitionne de contribuer aux efforts de promotion, notamment auprès des entreprises, des administrations, des territoires. Elle vise également à favoriser l'échange et le partage des expériences. Des réunions seront tenues bientôt pour désigner le bureau exécutif et tracer la feuille de route de ce Forum.

 

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