Entreprises

Banques: La bataille sur la TPE fait rage

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5260 Le 26/04/2018 | Partager
BMCE Bank vient de diplômer la première promotion de son «Club de l’entreprenariat»
La concurrence multiplie des programmes et des financements spéciaux

C’est une belle revanche pour les toutes petites entreprises. Les TPME et les auto-entrepreneurs se trouvent aujourd’hui au cœur d’une bataille dans le secteur bancaire. C’est surtout entre les trois majors que la compétition est intense. Celle-ci est exacerbée par l’activation du programme «Auto-entrepreneurs» auquel le gouvernement et les autorités monétaires ont consacré un paquet d’incitations.

Signe du caractère stratégique de ce marché de la petite entreprise, son pilotage se situe à un niveau élevé dans les organigrammes des groupes bancaires. Plus question de snober, comme il y a vingt ans, une clientèle qui permet de diversifier les sources de revenu.

Maroc PME évalue à 2 millions la population des TPE tandis que les banques estiment à 800.000 le potentiel d’auto-entrepreneurs. Ce vivier-là, il faut aller le chercher, parfois le sortir de l’informel et l’accompagner dans la structuration.

Pour la première promotion de son «Club de l’entreprenariat», BMCE Bank of Africa vient de «diplômer» 118 participants (dont près de la moitié de femmes) provenant de différentes régions: Fès/Meknès, Casablanca, Agadir, Chefchaouen et Marrakech. Ces entrepreneurs ont suivi des modules de renforcement des capacités leur permettant de piloter leur activité et d’optimiser leur business.

Le contenu pédagogique issu du programme «Business Edge» de la SFI (groupe Banque mondiale) est élaboré en collaboration avec le Centre des jeunes dirigeants (CJD). «La certification internationale du contenu pédagogique est cruciale», assure Mamoun Tahri-Joutei, responsable de l’Observatoire de l’entreprise de BMCE Bank. En plus du coaching individuel, la formation se déroule sous forme de mises en situation et de jeux de rôle.

                                                                               

BMCE Bank: 20.000 auto-entrepreneurs à horizon 2020!

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Mounir Kabbaj, directeur général adjoint du Pôle développement marchés, BMCE Bank (Ph. Jarfi)

Mounir Kabbaj est directeur général adjoint du Pôle développement marchés chez BMCE Bank of Africa. «L’objectif du groupe est d’enregistrer plus de 20.000 auto-entrepreneurs à l'horizon 2020», assure-t-il. Mais la grande bataille porte sur la clientèle de la TPE où la banque tient à son avance sur la concurrence. Maroc PME les estime à 2 millions, et toutes ne sont pas encore consommatrices de crédits bancaires.

- L’Economiste: Du retour que vous avez du terrain, qu'est-ce qui ressort des attentes des auto-entrepreneurs?
- Mounir Kabbaj:
La plupart de ces opérateurs accusent un déficit en information. Il s’agit pour nous, à travers nos rencontres et nos campagnes de sensibilisation, de démystifier le monde bancaire, mais surtout de démontrer tous les bénéfices en termes d’inclusion financière, économique et sociale que permet le statut d’auto-entrepreneur. Il est important qu’ils soient rassurés sur la pérennité de leur régime fiscal spécifique et leur montrer que la transparence modifie la relation avec  leurs clients et fournisseurs, mais également avec la banque. C’est l’ouverture vers des moyens de paiement sécurisés, mais également vers le financement. C’est également une population très sensible en matière d’assurance relative à la santé ou aux accidents du travail.

- Ce discours de la transparence est-il audible auprès de la petite entreprise?
- De plus en plus, et on le voit dans l’évolution des recettes fiscales que publie la Direction générale des impôts. De manière générale, l’implication des organismes tels que Maroc PME, la CCG et des associations, contribue aussi à la sensibilisation au civisme fiscal. Les dirigeants des TPE sont conscients que s’ils veulent accéder encore plus au financement bancaire, ils doivent faire preuve de plus de transparence.

- A quoi tient la forte défaillance observée chez les TPE?
- Avant de parler défaillance, il est primordial  de rappeler toute l’importance de la TPE: elle constitue plus de 80% du tissu économique et emploie plusieurs millions de personnes. Ces TPE, si leur valeur ajoutée est faible aujourd’hui, elles constituent les PME de demain et deviendront peut-être de grandes entreprises de ce pays. Il est donc nécessaire de les accompagner, les conseiller et les former pour les voir grandir.
D’après les données les plus fiables, le taux de survie des TPE est de 60% après 5 ans, mais 25% sont dans une situation critique, voire menacées de faillite. Afin de remédier à cette situation, il est capital d’agir sur deux éléments: le premier consiste à améliorer les capacités managériales de ces entrepreneurs. En effet, il est essentiel de les sensibiliser à ne pas se contenter uniquement de la maîtrise de leur métier, mais à devenir également des gestionnaires de leur activité.
A notre échelle, nous agissons à travers l’appui de nos conseillers clientèles spécialisés et le Club de l’entreprenariat. Ce dernier œuvre, à travers les différentes régions, à dispenser des formations certifiantes élaborées sur mesure en fonction des besoins émis par l’entrepreneur. Un accompagnement in situ est également proposé dans le cadre de ce programme.
Le deuxième élément et  le plus déterminant tient aux délais de paiement. La TPE est prise en tenaille entre son fournisseur, exigeant au plus un paiement à 90 jours, et le client qui s’acquitte de sa facture en moyenne à plus de 200 jours.  Le besoin en fonds de roulement et le manque de trésorerie ajoutés en général à une faible capitalisation précipitent la TPE dans la crise.

- Ces entrepreneurs ont une partie de leur activité dans l'informel. Qu'est-ce que cela change dans l’appréciation du risque?
- Effectivement, nous sommes conscients que tout le flux d’affaires n’apparaît pas toujours au bilan. Si par exemple, une TPE ne déclare que 2 millions de DH alors qu’elle réalise 2 ou 3 fois plus, nous essayons de reconstituer avec elle son chiffre d’affaires, de comprendre à travers des visites sur site les relations dans son écosystème. L’approche conventionnelle basée sur une analyse bilancielle ne suffit pas à appréhender les besoins en termes de financement. De fait, l’appréciation risque devra également intégrer un certain nombre d’agrégats d’ordre qualitatif, à savoir une bonne connaissance de l’activité et les visites de terrain. L’effet de comparaison entre sociétés opérant dans le même secteur d’activité et domiciliées auprès de notre établissement est également nécessaire.
Des modèles de scoring permettent d’affiner les outils à disposition de  nos conseillers clientèles afin d’améliorer l’évaluation du risque. Toutefois, rien ne remplace la connaissance et la relation humaine tissée avec le chef d’entreprise.

Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

 

                        

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