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    Reportage

    Scolarité dans le rural: Le fabuleux travail des ONG

    Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5256 Le 20/04/2018 | Partager
    Elles s’activent dans des zones, comme à Ouirgane ou dans le Haouz, pour créer des pensionnats pour jeunes filles
    Objectif: leur permettre de ne pas quitter l’école après la fin du primaire
    Une des clés de réussite pour lutter contre l’abandon scolaire
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    Kenza Fenjerou, à l’entrée de la crèche (Ph. JM)

    Dans les zones rurales, plaines et montagnes, il n’est pas rare de rencontrer des jeunes filles en tablier d’écolière, le cartable sur le dos, se diriger à pieds vers l’école la plus proche du douar. Certaines parcourent des kilomètres pour atteindre la leur. D’autres ont la chance d’être logées dans des pensionnats pour jeunes filles, que des bénévoles ont construits, installés à deux pas de l’établissement scolaire.

    Quelques ONG ont même investi dans le préscolaire, constatant l’absence flagrante d’écoles publiques pour la petite enfance, base de toute scolarité réussie. Nous sommes dans le Haouz, à 65 km de Marrakech, dans la commune rurale de Ouirgane (7.000 habitants). Le pensionnat que nous visitons s’appelle «Dar Ouirgane pour les filles scolarisées». Juste en face, au milieu d’une forêt, le collège du village, fréquenté par 400 élèves, garçons et filles.

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    Des pensionnaires dans le foyer pour jeunes filles scolarisées (Ph. JM)

    La proximité n’est pas fortuite: les initiateurs du pensionnat dans cette commune, comme d’ailleurs à Asni, 12 km plus loin, ont fait en sorte que les filles prises en charge soient tout près du collège. C’est Badia Belqas, la maîtresse de ce pensionnat, qui nous reçoit. Sur un terrain de 400 m², l’association «Education for all», créée par un professionnel du tourisme amoureux du Maroc, l’Anglais Mike McHugo, construit une coquette maison.

    En cette année 2018, 36 jeunes filles, entre 11 et 15 ans, y sont logées, nourries, prises en charge en tout, même pour des voyages lors des vacances scolaires. Les filles, venant toutes de douars lointains, n’ont, chaque matin, qu’à traverser 50 mètres pour se trouver en classe.

    La maison est un vrai foyer avec tout l’équipement nécessaire, chambres et lits confortables, un réfectoire, des espaces pour les devoirs scolaires, une salle pour ordinateurs, un jardin, une cuisine avec tout l’équipement nécessaire… Le succès de ce type d’internat est immédiat, preuve que les filles, pour peu qu’on leur réunisse les conditions, n’auront plus envie d’abandonner leur scolarité.

    Prises en charge jusqu’au bac

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    Entrée de la maison Ouirgane pour les filles scolarisées (Ph.JM)

    «Chaque année, des dizaines de filles se présentent pour y trouver place, mais l’on ne peut accepter tout le monde. Nous organisons un test et nous sélectionnons les meilleures. Pour la rentrée scolaire 2017-2018, sur  40 filles, nous n’avons retenu que 12…», explique Badia. La sélection ne s’effectue pas uniquement sur la base des notes obtenues en classe, mais aussi sur l’état financier des parents, et la distance qui sépare le douar du collège.

    Nous avons consulté leurs notes de classe et la grande partie des filles pensionnaires, il faut le reconnaitre, sont de brillantes élèves. Après avoir réussi leur brevet, elles seront transférées vers le lycée d’Asni où elles seront prises en charge par le foyer pour jeunes filles scolarisées de cette commune.

    Elles seront même suivies et prises en charge par la même association après l’obtention de leur bac. Voilà l’une des clés pour lutter contre l’abandon scolaire des filles dans les zones rurales. L’association «Education of all», consciente de ce fléau, a désormais à son actif 5 foyers pour jeunes filles: 3 à Asni, 1 à Ouirgane, et un autre, «Dar Tinmel», à Tlat N’yakoub, à quelques encablures de la mosquée des Almohades.

    Des bénévoles sont là pour prêter main-forte

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    Des élèves dans  la crèche, sous le regard bienveillant du caïd de la commune (Ph.JM)

    A un kilomètre de ce pensionnat, un autre décor, d’autres bénévoles, mais l’objectif est le même: sauver la scolarité des petits villageois en leur assurant l’infrastructure nécessaire. Cette fois-ci, les petits enfants de la même commune rurale de moins de 6 ans ont eu la chance, eux, de fréquenter, à partir de cette année 2017-2018, un établissement préscolaire.

    Le besoin est énorme, quand on sait que le taux moyen de préscolarisation dans notre pays reste faible, particulièrement dans les zones rurales. Aménagée dans une maison au milieu du centre du village, la crèche, de l’extérieur, ne paye pas de mine.

    Aucune affiche ou panneau pour la signaler. Mais il suffit de pousser la porte métallique d’une demeure au milieu d’un douar pour se trouver dans l’ambiance d’une crèche ultra-équipée, où une quarantaine  d’enfants, filles et garçons, suivent leur formation préscolaire.

    Trois chambres transformées en classes, des toilettes neuves, un rayon muni de brosses à dents et du dentifrice mis à la disposition des enfants, et même des chaussons avec le nom de chacun  d’eux,  qu’ils doivent mettre à la place de leurs chaussures une fois à l’intérieur de la crèche.

    Et tout le reste du dispositif d’une véritable école pour enfants de moins de 6 ans, pour leur inculquer d’abord la façon d’être, de se comporter, de décrypter les premières lettres d’alphabet arabe et français, et d’esquisser leurs premiers dessins: jouets, toboggan, manuels illustrés…

    L’exercice n’est pas sans difficultés pour des enfants dont la langue maternelle est l’amazighe. Mais l’enfant aime d’abord, avant de parler n’importe quelle langue, utiliser ses mains pour jouer, son intelligence pour comprendre, et écouter raconter des histoires par leurs éducatrices.

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    Des pensionnaires du foyer dans un espace pour devoir scolaires (Ph.JM)

    «C’est ce qu’ils aiment le plus. Ils suivent les récits avec leur imagination d’enfants assoiffés de découvertes…», signale Kenza Fenjerou, la fille d’Abdelkader Fenjerou, le propriétaire du «domaine de la Roseraie», le plus vieil établissement hôtelier dans la région. Chadi, 4 ans, suit les explications de Kenza de ses yeux espiègles et acquiesce de la tête.

    «Il fallait les voir le premier jour de la rentrée en octobre dernier, ils ne tenaient pas en place, six mois après, ils sont super-contents», lance, pour sa part, Najat Zeroual, la présidente de «l’association Tammount» (ensemble en langue amazighe) pour le développement de la fille rurale.

    L’initiative de cette crèche vient de cette dernière, créée par les même Kenza et Najat, avec l’aide morale, et parfois matérielle, des habitants du village, et sous l’œil vigilant du caïd de la commune, Abdellah Hida, qui a encouragé ce projet.

    Bien sûr, cette réussite ne dépend pas que de la volonté des initiatrices et de la bienveillance des autorités locales, mais en grande partie aussi des moyens financiers et des levées de fonds, et de la contribution des parents (50 DH par mois), du moins ceux qui le peuvent. Heureusement que des bénévoles sont là pour prêter main-forte. Comme ce fut le cas d’ailleurs lorsque la même ONG a donné un coup de pouce aux 200 élèves de l’école communale de Ouirgane.

    A la rentrée scolaire 2016-2017, elle a collecté en leur faveur des fournitures scolaires, récolté des dons pour la rénovation de l’école (électricité, toiture, peinture…). Elle a même financé la construction d’une nouvelle salle de classe. Les deux dames caressent d’autres projets, dont la construction d’une crèche écologique, avec le matériau local, pour garder toute son authenticité.

                                                                        

    Une crèche pour «donner le goût d’apprendre»

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    C’est le monde rural qui souffre de plus de manque d’infrastructures dans le préscolaire, le taux de préscolarisation y est très faible: pas plus de 59,7%, malgré la forte volonté des divers gouvernements quant à sa généralisation pour les enfants de 4 à 5 ans.

    L’une des raisons qui ont poussé Kenza Fenjerou et Najat Zeroual, la présidente de «l’association Tammount» (ensemble en langue amazighe), pour le développement de la fille rurale, à se lancer dans ce projet de crèche, à Ouirgane, est de permettre à la petite enfance du village d’acquérir les premiers reflexes de la vie dans une classe.

    Elles nous l’expliquent ainsi: «Les enfants entrent au primaire à l’âge de 5 ans et demi ..., et là, soudain, on leur dit de s’asseoir, de rester sages, de se concentrer... Difficile quand on n’a connu jusque-là que la liberté de courir dans la montagne. Et surtout bien dommage de ne pas nourrir avant cette matière grise qui ne demande qu’à apprendre et s’épanouir.

    C’est pourquoi il nous a semblé essentiel de créer une «crèche et maison des enfants» et de leur offrir un lieu qui va leur donner le goût d’apprendre».

     

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