Economie

Mezouar au Club de L’Economiste: «Nous avons besoin de gagner des batailles rapides»

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5255 Le 19/04/2018 | Partager
Le tandem Mezouar/Mekouar entame sa tournée aujourd’hui
«L’étape de la rigueur est passée, place à la relance et la stimulation»
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«La relance de la PME activera la machine. La grande entreprise fonctionne, se développe et elle est en mesure d’investir. La PME, elle, est essoufflée, il faut qu’on arrive à inverser la tendance. C’est la priorité de notre action», soutient Salaheddine Mezouar, candidat à la présidence de la CGEM (Ph. F. Al Nasser)

- L’Economiste: Aujourd’hui, la perception est que la CGEM est un club fermé qui fait du lobbying pour les intérêts de grands groupes. Comment changer cette vision et s’ouvrir davantage à la PME, TPE et start-up?
- Salaheddine Mezouar:
Quand on parle de perception, il faut agir pour la changer. Mais ma conviction est que les grands groupes n’ont pas besoin de la CGEM pour défendre leurs intérêts. Il est  toutefois important de garder ces grandes structures pour leur influence. Il s’agit d’une vitrine pour le pays, car l’enjeu n’est pas uniquement national, mais aussi international. Mais il est vrai que les attentes sont beaucoup plus grandes au niveau de la PME. Forcément, il y a un effort renouvelé et croissant qui doit être fait. Nous voulons avoir des outils adaptés par rapport aux réalités. C’est pour cela que la tournée que nous démarrons dès aujourd’hui sera extrêmement utile pour enrichir nos idées et réflexions. Il y a des services qui existent, fonctionnent et donnent des résultats, mais il faut en développer d’autres. Il est important que les PME restent engagées au sein de la CGEM, apportent leur contribution, soient présentes, participatives… et surtout qu’elles y croient. Nous avons besoin de gagner des batailles rapides. Ce sont des priorités que la CGEM doit réaliser à court terme. Je suis convaincu, que dans le contexte actuel, notre connaissance du fonctionnement et des rouages du gouvernement, ses structures et de l’administration nous permettra d’avoir l’approche qu’il faut pour aller plus vite.

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- Concrètement, sur les délais de paiement, quelles sont vos propositions… C’est quand même la plus grande préoccupation des PME…
- L’Etat et les grands groupes ont un rôle important à jouer pour la fluidité de la trésorerie des PME et des entreprises. Quand j’étais ministre des Finances, face à la psychose de crise, l’instruction a été de fluidifier le paiement des entreprises. Ce qui a eu pour effet de fluidifier la trésorerie et d’assouplir les discussions entre entreprises et banques. Pour moi, il s’agit d’une bataille sérieuse. Quand on est lié à la commande publique, comme pour le secteur BTP, si le délai de paiement est de 6 mois par exemple, cela se répercutera sur toutes les PME qui travaillent  sur les grands projets. Autre principe fondamental, celui qui ne paie pas doit être sanctionné. La loi doit le sanctionner, la fiscalité aussi.

- Quel est aujourd’hui le message sur le cadre macro-économique que vous pouvez adresser à Mohamed Boussaid?
- Boussaïd avait la lourde tâche de rétablir les déficits. Quand il a pris ses fonctions, le déficit était de 7 à 7,5%. L’engagement pris avec le FMI était de le ramener à  3,5 à l’horizon 2016. Je crois qu’il a été ramené à ce niveau en 2017. Mais ce n’est pas grave, l’effort a été fait. Je pense que l’étape de la rigueur est passée, nous sommes dans une phase de relance et de stimulation. A mon sens, le ministre de l’Economie et des Finances actuel doit intégrer cette dimension dès la loi de finances 2019 pour passer les signaux de relance économique avec des mesures fortes. Quand nous parlons de la CGEM, nous parlons au nom du privé qui doit être un secteur engagé, dynamique et responsable. Notre pays a un gisement et des relais de croissance formidables qui doivent être utilisés aujourd’hui en intégrant les différentes dimensions stratégique, économique, géopolitique…

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- Quelle est votre position par rapport au débat sur l’industrialisation? Qu’est ce qui a changé par rapport à la vision initiale?
- Le Maroc est aujourd’hui plus industrialisé qu’il ne l’était avant. Dans le sens où de nouveaux métiers ont prospéré: automobile, aéronautique, agro-industrie, offshoring… Le textile s’est maintenu. On a peut-être raté le coche au niveau de l’amont de la filière qu’on n’a peut-être pas su développer comme il fallait. Mais ce secteur a beaucoup de potentiel et de capacités En revanche, d’autres métiers se sont développés. Le tissu industriel d’aujourd’hui n’est pas celui de l’époque où j’étais ministre de l’Industrie. Je suis heureux que le projet «Emergence» soit aujourd’hui transformé. Sans Tanger-Med, on n’aurait pas eu Renault, BYD, le TGV… Le volet sur lequel je reste sur ma faim est celui de la participation du capital national à l’investissement, qui reste faible. Nous avons besoin d’un capital national engagé dans ces nouveaux métiers et secteurs. Il est temps de voir aujourd’hui de quelle manière nous pouvons restimuler la part de l’investissement national dans des secteurs comme l’automobile.

- Vous déposez votre candidature au nom de CTC, une PME dans l’import/export… Que vaut cette structure?
- Je suis fier d’appartenir à une PME. Beaucoup m’attendaient dans un grand groupe. Mais ils ne me connaissent pas. J’aime relever les défis.  La PME est la base de notre tissu économique, de notre croissance. Créer des PME est quelque chose de valorisant. Des profils comme les miens pourraient aussi être dans les PME.

Propos recueillis par Aziza EL AFFAS

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