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    Enquête L’Economiste-Sunergia: Entre confiance et méfiance, l’école publique divise les Marocains

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5244 Le 04/04/2018 | Partager
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    L’école publique est déjà à terre, affaiblie, peinant à remplir sa mission. Des élèves la quittent chaque année par centaines de milliers, et elle enregistre un taux de redoublement record. Pourtant, tout le monde ne lui jette pas la pierre. Si 4 Marocains sur 10 affirment ne pas lui faire confiance, la moitié avancent, au contraire, avoir toujours foi en son modèle.

    Les résultats de la dernière enquête L’Economiste-Sunergia (https://groupe-sunergia.com/) autour de la confiance des Marocains en l’enseignement public, primaire et secondaire (voir fiche technique), laissent paraître une véritable division sur la question. Pourtant, les enquêtes internationales les plus sérieuses ont montré que l’école publique marocaine, classée parmi les moins performantes au monde, a bel et bien touché le fond.

    Ces résultats devraient-ils être pris comme une lueur d’espoir? Car comment sauver un système que tout le monde a déjà abandonné? Pas si sûr… en scrutant les détails de l’étude, des différences de taille apparaissent, et pas des plus rassurantes.

    ■ Réactions paradoxales des parents

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    Les deux tiers des parents font confiance à l’école publique. Ceux qui lui accordent le plus de crédit sont ceux qui y mettent leurs enfants. Surprenant, vu la piètre qualité de ce système. Des réactions tout aussi paradoxales ont été relevées dans les dernières éditions des enquêtes internationales TIMSS et PIRLS, évaluant les aptitudes des élèves, respectivement, en maths & sciences et en lecture et compréhension. Dans TIMSS 2015, les deux tiers des parents se sont dits satisfaits et près du tiers «très satisfaits» de l’école de leurs enfants, alors que le classement place le Maroc avant dernier. Le taux de satisfaction des Marocains est même largement supérieur à celui des pays jouissant des meilleurs systèmes éducatifs, comme Singapour et le Japon.  Au niveau de PIRLS 2016, où le Royaume est également avant dernier, 65% des parents ont avancé être satisfaits, et 28% être plus ou moins satisfaits.

    ■ Tant que mon enfant va à l’école, tout va bien…

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    «Souvent, les catégories les plus défavorisées choisissent pour leurs enfants l’établissement le plus proche de leur domicile. C’est leur seul critère de sélection parce qu’ils ne peuvent en faire autrement. Ils ne s’intéressent pas à leur parcours scolaire, tant qu’ils réussissent le passage d’un niveau à l’autre», précise un expert des questions éducatives. «Ils ne commencent à y porter de l’intérêt qu’après le bac, mais là, c’est trop tard. Ils se rendent compte tardivement que le niveau de leurs enfants ne leur permet pas d’accéder à de grandes écoles», poursuit-il. C’est ainsi une catégorie passive et en retrait, ne s’impliquant guère dans la réussite du système. A leurs yeux, le fait que les enfants aillent à l’école suffit. «Il s’agit, malheureusement aussi, d’une majorité silencieuse», avait déclaré à L’Economiste un haut cadre de l’Education nationale.

    ■ Plus ils sont riches, plus ils la rejettent

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    Par catégorie socioprofessionnelle, les couches aisées, celles des dirigeants, cadres et classes moyennes supérieures, sont les plus dubitatives par rapport à son rendement. 65% ne font pas du tout confiance à l’école publique. Cette catégorie est généralement celle des décideurs, intellectuels et influenceurs. Il s’agit d’une population qui tend généralement à critiquer, réclamer, proposer des solutions, et qui, en définitif, peut faire bouger les lignes. Cette classe là a, en fait, déjà quitté le navire avant son naufrage, parce que pouvant se payer une éducation de meilleure qualité pour ses enfants. N’ayant pas confiance en l’école publique et ne se sentant pas forcément concernée par ses déboires, comment peut-elle la défendre?
    En désertant les établissements publics, cette classe a participé à une autre catastrophe: la disparition de la mixité sociale dans les écoles (voir L’Economiste N° 5208, du  13 février 2018).           
    Curieusement, les couches les plus défavorisées, celles qui n’ont d’autres choix que de subir les dégâts d’un système en faillite, sont celles qui lui font le plus confiance (64%).

    ■ Les plus instruits, ceux qui y croient le moins

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    Lucides par rapport aux contraintes et lacunes de l’école publique et aux enjeux du système éducatif, les titulaires d’un niveau universitaire sont les plus douteux. A peine 30% lui font confiance. Auprès des «sans niveau d’instruction», cette part monte à 72%. «Une bonne partie des parents n’a pas les capacités intellectuelles nécessaires pour juger l’école», regrette notre expert des questions éducatives. Leur seul critère d’appréciation: le passage de leurs enfants d’un cycle scolaire à l’autre, peu importe leurs acquis.
    Le public recueille, en outre, plus d’impressions positives du côté du monde rural (62% contre 41% en milieu urbain).
     
    ■ Les seniors influencés par le souvenir de l’école d’antan?

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    Par âge, la méfiance est plus prononcée parmi les plus jeunes. Les 25-34 ans sont ceux qui font le moins confiance à l’école publique. Et plus on avance dans l’âge, plus les sondés semblent confiants. Les seniors, qui ont pratiqué un système public différent, d’un rendement bien meilleur, continuent de lui accorder le bénéfice du doute. Or, depuis les années 80, les conditions de scolarisation ne cessent de se dégrader, le niveau des élèves aussi. De nombreuses enquêtes l’ont démontré.

    ■ Redoublements record et faibles acquis

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    38% des élèves de première année du lycée (tronc commun) ont déjà redoublé au moins une fois durant leur parcours scolaire. Le chiffre a été révélé par le Programme national d’évaluation des acquis des élèves (PNEA 2016), mené par le Conseil supérieur de l’éducation en 2017. Par cycle, c’est au niveau du collège que l’on enregistre le plus de redoublants. Le taux y culmine à 22,5% des élèves (voir illustration), avec une part record pour les garçons (27,8% contre 16,2% pour les filles).
    Côté connaissances acquises des 34.109 élèves (95% issus du public), scientifiques et littéraires, évalués par le Conseil, les scores réalisés sont en dessous de la moyenne. Et ce, dans pratiquement toutes les matières.

    ■ De meilleurs établissements dans le Sud?

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    Par zone géographique, les habitants du Sud sont les plus nombreux à se fier au système public. Jouissent-ils de meilleurs établissements? «Dans les régions du Sud, notamment du côté du Souss, vous avez souvent des communautés solidaires et engagées. Ceux qui travaillent dans d’autres régions, par exemple, participent activement au financement des écoles de leurs enfants», explique notre expert. «Des caisses scolaires sont mises en place et tout le monde y participe», poursuit-il. Le secteur privé est, par ailleurs, peu développé dans ces régions. L’école publique y concentre les espoirs des parents.  
    Plus vous montez vers le Nord, moins l’école publique recueille des sentiments favorables. Casablanca-Settat est celle qui enregistre le record de rejet. D’ailleurs, dans cette région du centre, environ le quart des enfants est inscrit dans le privé. Dans le top trois des régions qui doutent le plus de l’efficacité de l’école publique, on retrouve Casablanca-Settat, où seuls 38% des sondés expriment leur confiance, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (41%) et de l’Oriental (42%).
    C’est généralement dans les régions reculées et le milieu rural que l’école publique prend le plus d’importance. Elle continue d’être perçue comme une fenêtre sur le monde et un moyen d’ascension sociale, même si elle ne remplit plus tellement ce rôle aujourd’hui. Ne dotant pas les élèves des compétences leur permettant d’accéder à de grandes écoles et de réussir des études supérieures, elle participe au contraire à leur exclusion du système.
    Ses lauréats sont notamment défaillants en matière de langues et de soft-skills. Une fois à l’université, où les filières les mieux cotées sont dispensées en français, ils sont désorientés. Seuls les élèves dont les parents sont engagés et à même de leur payer des cours de soutien arrivent à s’en sortir.

    Fiche technique

    Les résultats de ce sondage d’opinions ont été collectés et réalisés par L’Economiste-Sunergia Etudes. L’enquête a été menée début 2018 auprès de 1.000 sondés par téléphone/appels téléphoniques aléatoires sur système CATI. La structure de l’échantillon a été redressée de façon à appliquer exactement la structure de la population marocaine issue du recensement du Haut Commissariat au Plan (HCP: RGPH 2014). Les catégories socioprofessionnelles (CSP) ont été définies en fonction de quatre critères: Le revenu du ménage (inférieur à 4.000 DH, entre 4.000 et 15.000 DH ou encore supérieur à 15.000 DH). Quant au type d’habitation, il a été ventilé selon les catégories suivantes: villa, appartements haut standing, moyen standing, économique, maison traditionnelle, maison moderne, baraque ou habitat sommaire.

     

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