Analyse

«L’acupuncture urbaine»: «Les projets coûteux, c’est de la chirurgie invasive!»

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5238 Le 27/03/2018 | Partager
84 millions de DH pour pratiquer la médecine douce à Casablanca
Comment intervenir sur une petite échelle, à court terme et avec peu de moyens
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«Il est possible de demander le soutien financier et politique d’une organisation internationale, comme C40 (Cities Climate Leadership Group), pour faire de Casablanca, un modèle de «l'acupuncture urbaine». Ce modèle est exportable dans d'autres métropoles de pays en voie de développement, soumises aux mêmes problématiques de difficultés d’occupation de l’espace public», soutient Jaâfar Sijelmassi, architecte et vice-président de l’ONG Morocco Green Building Council (Ph. F. Al Nasser)

Jaâfar Sijelmassi, jeune architecte et urbaniste, propose via sa casquette d’acteur associatif (il est aussi vice-président du Morocco green building Council) des idées originales à même de soigner les maux d’une ville comme Casablanca  et à moindre frais. En complément à la chirurgie invasive pratiquée actuellement à coups de grands projets coûteux, il propose une thérapie douce avec de petits équipements de proximité écologiques, sociaux et économiques.     

- L’Economiste: La médecine chinoise appliquée aux villes, vous y croyez vraiment?
- Jaâfar Sijelmassi:
Il ne s'agit pas d'y croire mais de constater la réussite de cette théorie urbaine, par exemple à Curitiba au Brésil où le maire Jaime Lerner réussit en quelques années à revitaliser le tissu urbain, grâce à ce concept. Depuis l'antiquité, l'allégorie du corps est utilisée pour concevoir la ville. La sémiotique de la ville emprunte de nombreux termes à la médecine: les artères, les centres névralgiques, les flux, le cœur ou le poumon. Le système sanguin peut être assimilé au système circulatoire qui transporte les citadins vers les différents organes selon leurs fonctions (logement, travail, loisirs…). Si aujourd’hui, une ville comme Casablanca souffre, c'est qu'elle manque de poumons (espaces verts), de centres névralgiques (pôles multimodaux), de systèmes sanguins efficaces (transports), de cœur (activités économiques) ou de cerveau (administrations et centres culturels). Or, une ville a sa propre dynamique, elle grandit, se développe, consomme et produit des déchets indépendamment des politiques d'aménagement. L’intérêt de l'acupuncture, c'est qu’elle peut stimuler certaines zones précises du corps et renforcer le système immunitaire de l'ensemble de l'organisme traité. En clair, en opposition à la chirurgie invasive pratiquée actuellement comme la politique des grands projets coûteux et consommateur d'espaces, nous proposons une thérapie douce avec de petits équipements de proximité écologiques, sociaux et économiques.

- Comment peut-on revitaliser tout un quartier par des aménagements urbains bien ciblés?
- L'idée est d'intervenir à petite échelle, à court terme et avec peu de moyens. Des espaces comme les terrains vagues, les délaissés de voiries, les dents creuses, les friches industrielles représentent aujourd'hui des dépotoirs à déchets et des zones d'insécurité dans nos quartiers. Le traitement consiste à équiper ces espaces de petits équipements (terrains de jeux, de sport, jardins agricoles, bancs, tables à damiers...). Il faut que le voisinage, en particulier, les femmes, les enfants et les personnes âgées, se réapproprient l'espace public. Par exemple, il suffit d'implanter quatre poteaux dans un terrain vague insalubre pour qu'il se transforme en terrain de foot. On règle ainsi à peu de frais, le problème de l'insalubrité, de l'insécurité, du manque d'équipements sportifs, de l'oisiveté des jeunes et l’on promeut l'activité sportive. En répartissant bien ces équipements à l'échelle du quartier, on y crée un sentiment d'appartenance tout en favorisant les échanges sociaux entre les populations de différents âges. L'espace public serait ainsi investi autrement, de façon démocratique. Au Maroc, le manque de traitement des espaces communs extérieurs rend la rue hostile, en particulier pour les personnes vulnérables. Il s'agit de mettre l'humain au cœur des préoccupations et de lui offrir la possibilité d’expérimenter la convivialité, de créer du lien et de s'épanouir dans les lieux de vie. Le quartier pourrait alors rayonner positivement sur son voisinage. Si l’on multiplie ces expériences de façon contrôlée, on parviendrait à revitaliser une ville, en renforçant le lien entre les habitants qui s’approprieraient ainsi l’espace et l’entretiendraient.

- Avez-vous entrepris des démarches afin d’introduire ce concept auprès des élus?
- Sans une volonté forte de la part des politiques, l'acupuncture urbaine restera une utopie. Le soutien des élus est une condition sine qua none pour régler les problèmes d'ordre juridique. En effet, la difficulté principale réside dans l'usage du foncier qui appartient soit aux collectivités, soit à des sociétés privées. Des solutions incitatives existent comme l'exonération partielle de la taxe sur terrains non bâtis pour les propriétaires privés avec l'établissement d'un contrat d'usage et de restitution garantie. Le Souverain a souligné l'échec des politiques urbaines de Casablanca et a exhorté les élus à réfléchir à un nouveau modèle de développement qui profite à toutes les couches de la population. Je pense que l'acupuncture urbaine répond aux problématiques, sociales, écologiques et économiques que rencontre notre pays. Si, ce concept a réussi au Brésil grâce à son maire, il n'y a pas de raison pour qu'on n’y arrive pas au Maroc.
 
- Peut-on avoir un ordre de grandeur en termes de coûts, retombées…
- Ces équipements de proximité ne devraient pas dépasser les 30.000 DH par implantation. En procédant par sondage, nous avons estimé à 2.800 les implantations nécessaires dans un premier temps à Casablanca. Ce qui porte l'investissement global à 84 millions de DH pour irriguer toute la ville, auxquels il faudra ajouter les frais de fonctionnement et d'entretien. Pour que la thérapie fonctionne, il faut multiplier les implantations de façon homogène à l’échelle de la ville et impliquer les habitants. Outre la création d'emplois et de marchés d'aménagement, les retombées seront d’un ordre qualitatif. En effet, l’évaluation d’une ville inclusive est le retour sur investissement pour le bien-être, la qualité de vie, l'activité sportive, la qualité de l'air, la paix sociale... Nous n’avons pas l’habitude de calculer ce genre de données. Ma conviction est que l'économie doit être au service de l'homme et non l'inverse.

Morocco Green Building Council

Morocco Green Building Council (MGBC) est une association non gouvernementale (ONG), filiale marocaine du World Green Building Council. C’est un réseau de plus de 70 pays établi pour la promotion et le développement des pratiques de constructions et villes durables. Lancé en 2009, le MGBC rassemble des professionnels du monde de la construction avec différentes perspectives (architectes, ingénieurs, développeurs, promoteurs immobiliers...). L’objectif est de partager la réflexion pour des bâtiments plus efficaces, sains avec un impact minimal sur l'environnement.

Propos recueillis par Aziza EL AFFAS

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