Entreprises

Le groupe BCP prêt pour la révolution IFRS 9

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5224 Le 07/03/2018 | Partager
Premiers comptes consolidés au nouveau référentiel, fin juillet
Le groupe exposé pour 16 milliards de DH dans l’immobilier
Créances en souffrance: «Notre intérêt c’est de trouver une solution négociée avec le client»
mohamed_benchaaboun_024.jpg

Mohamed Benchaâboun, PDG du groupe BCP: «Nous reversons chaque année au Trésor plus d’impôts et taxes que ce que nous annonçons comme résultat net»  (Ph. BCP)

- L’Economiste: Le Maroc devrait encore enregistrer une augmentation des défaillances d’entreprises cette année (Euler Hermes, +8%). Or, vous affichez une baisse du coût du risque. Comment expliquez-vous ce paradoxe?
- Mohamed Benchaâboun:
Il n’y a rien de paradoxal dans ce que vous relevez. Le groupe a provisionné 3 milliards de DH en 2017. C’est un montant important qui met en évidence l’importance des créances en souffrance et qui constitue en même temps un gisement de rentabilité future si la situation desdites créances s’améliore. Notez quand même que ce chiffre est en baisse de 7% par rapport à 2016. Le rapport auquel vous faites allusion parle de risques de défaillance au regard de la problématique des délais de paiement. C’est un problème qui n’est pas nouveau sauf que ces délais continuent de se dégrader et mettent en péril un certain nombre de PME. Pour les banques ce n’est pas une nouvelle révélation sauf que l’étude précise un peu plus les statistiques associées. Elles sont outillées pour analyser les demandes de crédit des entreprises et les évaluer sur la base des ratings internes. Si pour une entreprise donnée les délais de paiement s’allongent, nous le constatons dans son bilan au niveau du poste «Clients» et la notation de l’entreprise peut être revue en conséquence.
 
- Que va changer la circulaire 19G de Bank Al-Maghrib dans l’évaluation du risque?

- C’est une réglementation qui est encore à la phase de projet. Aujourd’hui, les banques sont concentrées sur l’implémentation de la norme IFRS 9. Les premiers comptes consolidés intégrant ce référentiel doivent être publiés d’ici fin juillet 2018. Le secteur a obtenu deux mois supplémentaires afin de mieux évaluer les impacts sur les bilans d’ouverture. Quant au projet de révision de la circulaire 19G un premier draft a été soumis aux banques pour qu’elles en évaluent l’impact et les résultats de ces simulations ont été soumis à l’appréciation de la banque centrale qui décidera des critères qui seront retenus ainsi que du rythme de mise en œuvre des nouvelles dispositions.
 - Pourquoi la profession tenait-elle à repousser le plus tard possible la mise en œuvre des nouvelles règles de classement des créances?
- Ces règles étaient difficiles à appliquer début 2018  car elles intervenaient au même moment du déploiement de la norme IFRS 9. Cette norme -qui ne concerne que les comptes consolidés- a déjà un impact lourd sur les comptes des banques et nécessite la mise à niveau des systèmes d’information pour automatiser leur prise en charge. La sagesse militait pour un examen plus approfondi des impacts de la nouvelle réglementation avant sa mise en force.
 
- L’application de l’IFRS 9 implique un changement radical dans la culture des banquiers…
- En tout cas, son application est loin d’être neutre. Pour le client, cela ne changera pas grand-chose mais clairement, dans notre façon d’opérer en interne, nous sommes obligés d’intégrer cette contrainte.
 
- La synchronisation des règles de provisionnement des créances édictées par Bank Al-Maghrib et des règles fiscales est-elle aujourd’hui effective?
- Globalement, on peut dire que les règles de provisionnement de la Banque centrale qui s’imposent évidemment aux banques, sont acceptées par l’administration fiscale à quelques exceptions près. A titre d’exemple, tout ce qui concerne la «watch-list» ou les créances dites sensibles, des créances qui ne sont pas encore déclassées mais qui présentent des risques élevés doit être provisionné mais cette provision de 10% n’est pas déductible fiscalement. Ces dotations sont dès lors constituées au niveau des provisions pour risques généraux. En 2017, nous avons constaté 955 millions de DH de PRG dont une partie a servi à couvrir les créances sensibles précitées.
Deuxième point, les provisions constatées par les banques doivent être suivies de l’engagement d’une procédure judiciaire dans les douze mois qui suivent leur constitution sous peine de non déductibilité fiscale. Les banques sont en discussion avec l’Administration fiscale pour que les règles de provisionnement collent à la réalité économique et au benchmark international en la matière. Il est à noter que l’essentiel du contentieux est réglé à l’amiable.
 
- Quelle évaluation faites-vous du recouvrement judiciaire des créances?
- Le plus gros du recouvrement des créances en souffrance se fait à l’amiable. Nous essayons d'épuiser toutes les voies amiables avant d’engager les procédures judiciaires pour le recouvrement des créances.
 
- A combien êtes-vous exposé à l’immobilier et comment évaluez-vous ce secteur?
- Au niveau de la promotion immobilière, le groupe est engagé à hauteur de 16 milliards de DH sur un encours global des crédits de l’ordre de 200 milliards, soit 8% de nos engagements.
Le rythme de commercialisation des biens immobiliers a baissé de façon très importante. Il est clair que le secteur tourne au ralenti. Les promoteurs qui lancent de nouveaux projets ne peuvent les réaliser de manière aussi mécanique que par le passé où il suffisait de construire pour vendre. Aujourd’hui, il faut bien étudier la demande du marché et concevoir des produits adaptés avant de lancer de nouveaux projets. Et encore…

Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc