Economie

Réforme de l’Administration: Tambour et pipeau

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5220 Le 01/03/2018 | Partager
Les intentions sont bonnes mais le contenu ressemble à un fourre-tout sans ambitions
Résistances et lourdeurs persistent

Lenteur, monotonie, logique carriériste… les critiques contre  la fonction publique ne faiblissent pas.  L’intensité des promesses de réforme non plus. «Performances», «objectifs», «productivité»…les intentions de changement s’approprient au passage le vocabulaire du privé.

En attendant, un petit coup d’œil sous le capot,  histoire de s’assurer de la sincérité des engagements. Et surtout de leurs effets sur le terrain. Le menu semble plutôt maigre pour l’heure. Il est bien question d’un nouveau guide de gestion des ressources humaines dans les administrations publiques.

Ce guide vise à assurer «une meilleure application des mécanismes modernes relatifs au recrutement et à la mobilité administrative, à la formation continue et à l’évaluation basée sur les objectifs», selon une note d’information du Ministère de tutelle. Dans la liste des énumérations à la Prévert,  il est question,  au-delà de la mise en place de la charte de déconcentration, «d’assurer une meilleure efficacité de la mise en œuvre des programmes sectoriels» ou encore d’introduire une «approche intégrée visant à réaliser une complémentarité optimale entre les différents acteurs».

Sur les modes de gestion, l’esprit est de mettre l’accent sur «la compétence et la transparence». La garantie de ces deux principes devra passer par une refonte des aspects liés notamment à la rémunération et aux différents niveaux de tutelle administrative. Pour le reste, l’on épargnera un supplice supplémentaire au lecteur.

La réforme de l’administration est un vieux serpent de mer que tous les gouvernements ressassent sans beaucoup de résultat. Pour ne prendre que ces 20 dernières années, rappelons que Hassan II avait chargé Youssoufi en 1998 de secouer le cocotier.

Le gouvernement d’Alternance avait commencé mais sans aller au bout de la logique. Mêmes priorités avec le nouveau règne. En 1999, l’un des premiers discours du Roi Mohammed VI au Parlement avait insisté sur la nécessité de moderniser l’administration.
Les lourdeurs persistent à la fois dans les procédures,  les comportements, les synergies attendues entre départements.

L’administration promet le changement mais fait passer une loi controversée sur l’accès du citoyen à l’information. Idem pour la stratégie nationale de lutte anti-corruption, restée lettre morte depuis son adoption l’année dernière.  En dépit des promesses, lier la rémunération à la performance reste un tabou infranchissable.

Lorsque les fonctionnaires font grève par exemple,  comme pour les collectivités locales (cf. pages suivante), le gouvernement menace mais passe rarement à la caisse pour ce qui est de défalquer des salaires. Peu de hauts fonctionnaires sont dans l’état d’esprit manager. Beaucoup s’inscrivent surtout dans la logique du clanisme politique, la fidélité à tout prix à leurs ministres avec peu d’extravagances dans les prises de décisions. En attendant, paroles, paroles…

En finir avec la bureaucratie

Avec la nouvelle réforme de la fonction publique, l’Etat veut rompre avec la logique traditionnelle de gestion. Celle-ci est marquée par «une absence de la culture de la gestion stratégique». La programmation, le suivi des projets et l’évaluation axée sur les performances ne figurent pas dans cette approche. Actuellement, le besoin est pressant pour introduire de nouveaux mécanismes de gouvernance, en vue de «dépasser le modèle de gestion bureaucratique». Concrètement, il s’agit de «professionnaliser la responsabilité au sein de l’administration, et d’accorder aux responsables une plus grande marge accompagnée d’un système d’évaluation sur la base des résultats». L’idée est de créer «un climat de compétitivité» au sein de l’administration, parallèlement à l’introduction d’outils garantissant une reconnaissance morale et matérielle des réalisations de chacun des fonctionnaires.

 

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