Société

Juifs marocains: Une diaspora forte de 1 million de personnes

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5219 Le 28/02/2018 | Partager
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Me Maria Belafia, notaire et co-directrice du Centre Abraham Zagouri d'études et de recherches en droit hébraïque. Elle est chargée de la recherche documentaire et notariale (Ph. Bziouat)

Les fondateurs du Centre Abraham Zagouri d'études et de recherches en droit hébraïque, qui vient d’être inauguré (Voir page précédante), militent pour l’ouverture d’une Chaire à Al Qaraouiyyine, dédiée au droit hébraïque et délocalisée à Essaouira.

- L’Economiste: Pourquoi tout un centre de droit hébraïque pour si peu de personnes concernées?
- Maria Belafia:
La création du Centre Abraham Zagouri d'études et de recherches en droit hébraïque ne saurait être tributaire d'une logique numérique, sous peine  de réduire le juif et le judaïsme marocain à une abstraction. La communauté juive marocaine à travers le monde compte plus d'un million de personnes viscéralement attachées à leur marocanité. Dès lors, les dimensions anthropologique et juridique constitueront les vecteurs essentiels des recherches du centre.

- Qu’est-ce qu’on attend concrètement de ce centre?
- En plus d'honorer la mémoire d’Abraham Zagouri, digne fils de cette nation plurielle, le Centre poursuit la préservation de la mémoire institutionnelle du Maroc par la compilation, la conservation d'un trésor documentaire qui se perd dans les archives des juridictions du Royaume.
Cette œuvre conservatrice est doublée d'un travail scientifique consistant en une déconstruction de l'objet à étudier. Concrètement, il s'agit de rechercher, de trouver et d'étudier la porosité existante entre le droit hébraïque et le droit musulman, une porosité à propos de laquelle Haïm Zafrani rappelle que «le judaïsme marocain est un produit du terroir». Dès lors, rien n'empêche d'établir une corrélation juridique.
Certes, la tâche est ardue, le chemin long mais, comme disait Beaumarchais, «La difficulté de réussir ne fait qu'ajouter à la nécessité d'entreprendre». Sous cet angle, le Centre  sensibilisera à l'institution d'une Chaire de droit hébraïque au sein de la Qaraouiyyine, éventuellement délocalisé à Bayt Dakira, anciennement synagogue Simon Attia, transformée en haut-lieu de la mémoire judéo-islamique, à Essaouira. Tout un programme qui constituerait un bel exemple de tolérance et un balisage du chemin vers la paix.  

- Comment se structure la justice hébraïque au Maroc?
- Les affaires relatives au statut personnel des israélites relèvent des tribunaux de première instance dans lesquels existent des chambres de statut personnel comprenant une section du droit de la famille réservée aux Marocains musulmans et une section hébraïque réservée aux israélites. Musulmans et israélites relèvent donc de la même chambre, n'est-ce pas merveilleux?

- Comment pallier le manque de juristes maîtrisant le droit hébraïque?
- La section hébraïque est composée de juges relevant du corps de la magistrature et rendant leur décision au nom de SM le Roi. Cependant, force est de constater que la crise de vocation au sein de la jeunesse marocaine de confession juive est une amère réalité. C'est précisément dans l'optique de prévenir toute vacance en la matière que le Centre multipliera les rencontres scientifiques en direction de cette jeunesse au Maroc et à travers le monde dans le but de susciter à nouveau des vocations judiciaires en son sein.

- Les justiciables de confession juive ont-ils le choix entre la loi musulmane et le droit hébraïque?
-  Ni les musulmans, ni les israélites n'ont le privilège de la loi. Chacun, de par sa confession, est régi par son statut personnel qui embrasse le régime matrimonial, la dissolution du lien du mariage, la filiation, et le régime successoral.

- A propos de succession, le droit hébraïque est-il sensible au débat autour de l’égalité de l’héritage entre garçon et fille?
- La condition de la femme était, déjà en 1958, au cœur des œuvres juridiques universitaires et judiciaires d’Abraham Zagouri. En effet, cet auteur fécond et en avance sur son temps, a inscrit son action pour un droit hébraïque épuré des doctrines rétrogrades dans la dynamique de réforme de la Moudawana initiée par le Roi Mohammed V.
Aujourd’hui, plus qu’hier, droit musulman et droit hébraïque marocains étaient et demeurent l’objet de regards croisés, mais aussi d’un débat d'idées toujours serein, tolérant et apaisé. 

Propos recueillis par Hassan EL ARIF

                                                                                             

Un fonds documentaire sur la communauté juive

L’Alliance israélite universelle remettra officiellement aux Archives du Maroc, le mardi 6 mars, un fonds documentaire constitué de 1.100 dossiers, totalisant près de 236.000 images. Les archives en question concernent la communauté juive au Maroc et portent sur la période 1860-1940. L’Alliance israélite avait été créée en 1862 à Tétouan et avait permis la scolarisation de 5.000 enfants dans une vingtaine d’écoles. Parmi les établissements ouverts par l’Alliance, quatre sont encore opérationnels à Casablanca: L’école Narcisse Leven, l’Ecole normale hébraïque et l’école Maïmonide.

 

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