Société

Pas de philo pour les bacheliers professionnels

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5216 Le 23/02/2018 | Partager
Une omission étrange du ministère de l’Education
Les enseignants inquiets pour l’avenir de cette matière
philo_bachelier_pro_016.jpg

A l’instar d’autres filières du baccalauréat professionnel, les étudiants en aéronautique sont privés de philosophie, remplacée depuis le lancement de cette série il y a trois ans par l’éducation islamique

L’actuel ministre de la Culture et de la Communication risque gros en termes d’image. Une décision prise en décembre alors qu’il assurait l’intérim de Hassad à l’Education nourrit une grosse polémique. Il s’agit de l’interdiction de la philosophie du baccalauréat professionnel pour la remplacer par l’éducation islamique.

La décision ministérielle a été publiée au dernier Bulletin officiel (n°6647 du 12 février 2018). Les étudiants de la filière professionnelle ont en effet été privés de l’enseignement de la philosophie. La décision n’en fait guère mention.
Chez les membres de l’Association marocaine des enseignants de philosophie (AMEP 1967), le désarroi est à son comble. C’est le deuxième bug après la controverse autour de certains manuels scolaires d’éducation islamique qui diabolisaient la philosophie (Cf. L’Economiste n° 4923 du 23/12/2016).

«Nous craignons que cette décision ne soit suivie de la suppression de la philosophie dans toutes les autres filières du baccalauréat. Le ministre intérimaire ayant commencé par le baccalauréat professionnel qui est encore en construction», s’inquiète Abdelkarim Safir, président de l’association. L’enseignant affirme que cette décision est une infraction majeure à la loi-cadre de 2006 et qui prévoit la généralisation de la philosophie dans toutes les séries du baccalauréat national.

«La philosophie est une matière nationale enseignée dans toutes les branches du baccalauréat, qu’elles soient littéraires, techniques ou scientifiques. La question qui taraude les esprits maintenant est la suivante: pourquoi cette mesure s’applique-t-elle seulement aux étudiants du baccalauréat professionnel? Pourquoi imposer à cette catégorie l’éducation islamique comme unique alternative?», s’interroge Lahcen Outsellamt, président de l’Association des enseignants de philosophie (AMEPH), section régionale Sud.

La vision 2015-2030 pour la réforme de l’éducation prévoit la généralisation de l’enseignement de la philosophie à toutes les filières du baccalauréat. Le dernier-né étant le baccalauréat international, dont la première promotion était sortie à la fin de l’année scolaire 2016-2017.

Lahcen Outsellamt interpelle le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, qui compte en son sein une commission permanente des curricula, programmes, formations et outils didactiques.

Interrogé, jeudi 22 février, à l’issue du conseil de gouvernement, Mustapha El Khalfi, ministre délégué, chargé des Relations avec le Parlement et la Société civile et porte-parole du gouvernement, a répondu sans répondre en affirmant: «Il ne s’agit pas d’une annulation, mais de la réorganisation de certaines matières au titre de la première année du baccalauréat».

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc