Culture

Le monde réinventé de Ghizlane Sahli

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5214 Le 21/02/2018 | Partager
L’artiste marocaine s’amuse à transformer la matière
Pour “Histoires de Tripes” jusqu’au 15 mars prochain à Marrakech
Broderie, volume et récup, le fil rouge
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Entre installation, sculptures, dessins et panneaux en bas-relief, en blanc ou en couleurs, Ghizlane Sahli invente un monde ultra poétique, réinventé et minutieusement maîtrisé (Source: David Bloch)

Une femme à la galerie. Plutôt rare. L’artiste marocaine, Ghizlane Sahli, expose son travail de transformation de la matière à la David Bloch Gallery de Marrakech jusqu’au 15 mars prochain. L’occasion de découvrir les «Histoires de Tripes» de celle qui joue ici avec ses trois passions. La broderie d’abord, qui lui inspire des «alvéoles», faites de fonds de bouteilles en plastique recouverts de fils de soie végétale, et suspendus à une structure façonnée en métal grillagé.

Un peu comme les cellules s’accrochent à la matière vivante, les borderies devenant alors tridimensionnelles. Puis, la maîtrise des espaces et des volumes, qu’elle développe plus tôt pendant sa formation d’architecte à Paris. Enfin, sa démarche s’appuie sur la tendance «récup», obligatoire en ces temps de questionnements sur la protection de la planète.

Le tout aboutit alors à un résultat ultra poétique, parce que minutieux, en blanc ou en couleurs. Des compositions finales parfaitement abouties et qui laissent toute la place à l’imagination de celui qui regarde. «J'utilise des déchets car leur universalité me parle, confie Sahli. J'aime l'idée de n'appartenir à aucune culture, de n'être qu'un être humain sur terre. A travers mon travail, on ne peut pas définir mon origine, on peut tout au plus considérer que je suis une femme de par ma sensibilité».

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L’artiste marocaine, Ghizlane Sahli, expose son travail de transformation de la matière à la David Bloch Gallery de Marrakech jusqu’au 15 mars prochain (Source: David Bloch)

Cette fille de Meknès, qui a grandi à Agadir, vit depuis plus de dix ans à Marrakech. Pour cette première exposition personnelle à la galerie, elle dit explorer le corps humain. Entre installation, sculptures, dessins et panneaux en bas-relief, elle invente en effet des petits bouts d’humanité dépourvus de ce qu’elle appelle les pollutions.

Débarrassés des exigences de la société et du genre, débarrassés des empreintes de l’éducation, débarrassés des influences de la culture ou du poids des traditions. Il ne reste que la base, que la nécessité première. De ces bouteilles vides en plastique, points de départ de l’œuvre, elle imagine ceux qui les ont manipulées, touchées, bues. Car elles viennent toutes de cafés-restaurants qui veulent bien les collecter pour l’artiste.

Derrière chaque bouteille, se raconte donc une histoire tout autant inspirante pour Sahli que pour le regardant. Et elle a le temps d’imaginer pendant les trois à quatre mois nécessaires à la collecte de ces bouteilles qu’il faut ensuite laver et découper. Puis, c’est au tour des brodeuses, avec qui elle travaille, de les couvrir de fil de soie. A elle ensuite de jouer à l’assemblage de ces alvéoles sur leur matrice métallique. Alors patiemment, le sujet prend forme. Sans rien contrôler ni diriger.

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