Analyse

La filière de l’aquaculture reprend du souffle

Par Fatiha NAKHLI | Edition N°:5214 Le 21/02/2018 | Partager
Sidi Ifni, Tanger-Tétouan- Al Hoceïma dans les starting blocks
L’ANDA annonce de nouvelles mesures pour le suivi des projets
Des incitations fiscales pour l’aliment de poisson
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Sans conteste, c’est en Méditerranée que le potentiel piscicole, filon le plus juteux mais aussi le plus complexe, est le plus important. Un potentiel qui peine à se développer en raison de la cherté de l’aliment de poisson et de son effet polluant sur l’environnement. Pour  la production d’un kilo d’aliment, il faut 10 kilos de poissons sauvages. Bonne nouvelle toutefois à l’horizon: l’Haliopole d’Agadir travaille aujourd’hui étroitement avec l’INRH pour la production d’un aliment de poisson à base de produits agricoles et qui permettrait aux éleveurs de ne plus l’importer. Les travaux de recherche sont terminés et la mise au point est en cours, nous indique-t-on. Cette invention devrait être brevetée à terme

Après avoir piétiné pendant des années (cf. notre édition n° 5184 du 8 janvier dernier), le plan d’aménagement aquacole semble prendre une nouvelle envergure. Pourtant, les opportunités de croissance sont énormes: le Maroc a un énorme potentiel aquacole évalué à 380.000 tonnes par l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA).

Or, en 2017, la production annuelle n’a pas dépassé les 500 tonnes, alors que les objectifs placent les scores à 200.000 tonnes à l’horizon 2020. Théoriquement, cela contribuerait à l’augmentation des exportations halieutiques de 1,2 à 3,1 milliards de DH, permettrait presque de tripler le PIB du secteur halieutique (pêche, aquaculture, industrie) le faisant passer de 8,3 à 21,9 milliards de DH et créerait à terme 40.000 emplois. En théorie...

Si la filière trébuche encore aujourd’hui sur des difficultés réelles de l’ordre des aléas climatiques, des besoins en foncier, d’absence de mesures incitatives ou encore du régime fiscal, elles sont atténuées par les propos de Majida Maâroufi, directrice de l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA).

Celle-ci affirme que désormais «l’agence met à la disposition des professionnels de l’aquaculture une équipe de spécialistes multidisciplinaires qui s’attelle au quotidien à prendre en charge leurs requêtes et à les accompagner tout au long du processus de montage de leurs projets». Elle ajoute même qu’«une assistance est également assurée durant toutes les démarches administratives nécessaires à l’autorisation d’exercer».

Les professionnels ont envie d’y croire, comme ils ont envie de croire que les nouvelles dispositions de la loi de finances pourront changer la donne. En effet, comme l’explique Maâroufi, des incitations propres à l’aquaculture ont été mises en place afin d’encourager les investisseurs. Ce qui n’était pas le cas il y a près de quatre ans. Elle donne pour cela en exemple, «les droits d’importation de l’aliment de poisson sont passés de 25% à 2,5%».

L’aquaculture serait pourtant une réponse à la diminution progressive des prises car les stocks de la ressource halieutique s’essoufflent. «Au niveau international, l’aquaculture croît plus rapidement que tous les autres secteurs de production de chair animale», explique Mohamed Bouayad, président d’Agadir Haliopole Cluster (AHP).

«La contribution aquacole à l’offre mondiale de poissons, crustacés et mollusques est passée de 3,9% de la production pondérale totale en 1970 à 52% en 2016», a-t-il ajouté. Une raison supplémentaire d’investir ce «créneau d’avenir», ainsi que le considère la direction des études du ministère des Finances selon un benchmark effectué avec la FAO sur les opportunités mondiales.

En tout cas les exigences pour un secteur qui marche sont nombreuses et les professionnels sont unanimes à ce sujet. Pour réussir le pari aquacole, il faut que les pouvoirs publics mouillent aussi la chemise. Ils sont attendus sur l’accompagnement technique, scientifique et financier, afin de dépasser les contraintes qui ont retardé le développement du secteur et construire une filière intégrée capable de séduire les investisseurs. Il faudrait par la suite mettre en place des circuits de commercialisation, promotion, labellisation, infrastructures de groupage et de commercialisation.

De l’autre côté, l’aquaculture étant souvent accusée de pollution, il est impératif que les autorités procèdent à une surveillance sanitaire sans faille des poissons et techniques d’élevage. Elles doivent aussi faciliter l’affectation des sites aux investisseurs. Une pratique rendue difficile par la dispersion des responsabilités et des pouvoirs relatifs au secteur aquacole entre plusieurs ministères.

Enfin, il faudrait également intervenir sur le volet formation en collaboration avec les universités, l’INRH, l’ISPM… car une aquaculture performante suppose du personnel qualifié. L’ANDA propose déjà des petites formations dans le but d’accompagner les investisseurs. La mise en place de fermes pédagogiques aquacoles devrait aussi permettre de conforter les acquis des bénéficiaires de ces formations.

Cela dit, il serait dommage de ne pas profiter comme il se doit des nombreuses opportunités offertes par le littoral marocain, parce que la filière de l’aquaculture manque d’un cadre clair et aux normes pour évoluer. A ce propos, l’Agence annonce avoir lancé un vaste chantier «qualité» afin d’inscrire le secteur dans les normes internationales et ouvrir le spectre de l’investissement aussi aux opérateurs étrangers.

Un cadre réglementaire cohérent dédié au secteur de l’aquaculture a également été mis en place pour permettre à la filière de se développer en harmonie avec les autres activités côtières.

Les projets lancés

Même si l’ANDA est loin des chiffres et expectations lancés au démarrage, 5 plans d’aménagement aquacole sont lancés depuis 2013, dont trois achevés. On peut également constater un véritable engouement dans les régions. En 2015, l’appel à manifestation d’intérêt à Dakhla-Oued Eddahab, qui n’offrait que 878 unités de production à exploiter sur une superficie de 6.500 ha, a reçu pas moins de 1.318 demandes. Sur ce total, 224 projets aquacoles envisageant l’exploitation de 2.330 ha pour produire 78.000 t de coquillages et d’algues ont été sélectionnés. L’investissement dépasse les 800 millions de DH et a permis la création de plus de 2.500 emplois.
La zone méditerranéenne s’étalant de Cap Targha à Saïdia (350 km de côtes) fait ressortir un potentiel aquacole considérable s’élevant à 143.138 t. Soit 1.905 ha et 85 unités de production. En juillet 2017, l’ANDA a lancé 2 appels à manifestation d’intérêt dans la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Le premier, adressé aux investisseurs nationaux et internationaux, offre 18 unités de production en mer, dont 14, de 25 ha chacune, pour des projets de pisciculture. Et 4 unités de production, de 15 ha chacune, pour la réalisation de projets de conchyliculture. Le 2e AMI, destiné aux jeunes entrepreneurs originaires de la région, offre 4 unités de production de 15 ha chacune, pour la réalisation de projets de conchyliculture.

 

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