Competences & rh

Inégalités: Une réelle prise de conscience avant tout!

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5213 Le 20/02/2018 | Partager

Pour lutter contre la pauvreté, il faut avant tout prendre conscience des inégalités qui sont toujours aussi ancrées au Maroc. Selon l’ONG britannique Oxfam, le pays a le niveau le plus haut d’inégalités en Afrique du Nord.

Pour y pallier, plusieurs institutions, telles que l’INDH, mènent des actions et financent des programmes. Malgré cela, le pays «enregistre des résultats en termes de développement social et humain inclusif qui restent en deçà des attentes de la population», relève aussi le Mémorandum de la banque mondiale «Le Maroc à l’horizon 2040».

Pourtant, plusieurs pistes existent pour réduire les inégalités, mais «il faut plus de cohérence entre les politiques publiques», selon Ikbal Sayah, directeur des études générales à l’Observatoire national du développement humain (ONDH).

■ «Plus de cohérence entre les politiques sectorielles»

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Ph. IS

Ikbal Sayah, directeur des études générales à l’Observatoire national du développement humain (ONDH)
Plusieurs rapports nationaux et internationaux partagent les mêmes recommandations pour réduire les inégalités. Nous y retrouvons des concordances autour de plusieurs nécessités, comme corriger les failles du système de formation des compétences. «Si le Maroc arrive à éliminer ces failles, il pourra capitaliser davantage sur ses atouts de compétitivité, étendre et harmoniser les systèmes de protection sociale. Il sera aussi à même d’adapter une offre de soins pour tous, investir dans la petite enfance, ou encore favoriser la mixité sociale à travers une politique de l’habitat appropriée», suggère Ikbal Sayah, directeur des études générales à l’Observatoire national du développement humain (ONDH).
«L’action publique gagnerait en efficacité si les différentes politiques sectorielles étaient plus cohérentes entre elles dans leurs objectifs», souligne-t-il. Aujourd’hui, en l’absence de document de politique générale du développement, la plupart sont élaborées en silo avec des mécanismes de coordination parfois défaillants, selon le directeur des études générales de l’ONDH. Par ailleurs, Sayah dénonce la mauvaise gestion des programmes sociaux. «Quand nous comparons la masse budgétaire allouée aux secteurs aux résultats obtenus, nous nous rendons compte de l’ampleur du gâchis et du manque à gagner qui la caractérisent», déplore-t-il. En outre, il recommande de mieux mesurer les déficits sociaux afin de cibler les populations les plus touchées. «Notre pays a réalisé des avancées significatives en la matière. Il faudra en profiter», indique-t-il.

■ «Instaurer un système économique qui bénéficie à tous»

Nicolas Gravier, directeur Pays à Oxfam Maroc

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Les riches s’enrichissent tandis que les pauvres s’appauvrissent. C’est le principal constat qui ressort du rapport, de l’Oxfam sur les inégalités dans le monde. Le Maroc a le niveau d’inégalités le plus élevé d’Afrique du Nord. «Ces chiffres vertigineux démontrent que le boom des milliardaires n’est pas le signe d’une économie florissante, mais d’abord le symptôme d’un système économique défaillant qui enferme les plus vulnérables dans la pauvreté et porte aussi atteinte à la prospérité économique de toutes et tous, comme le reconnaissent de plus en plus d’institutions comme le FMI ou l’OCDE», s’inquiète Nicolas Gravier, directeur Pays à Oxfam Maroc. Pour lui, le constat des inégalités au Maroc est éloquent et appelle à des mesures ambitieuses. «Il appartient désormais au gouvernement et aux différentes institutions du pays de s’attaquer, à la racine, au fléau des inégalités en instaurant un système économique qui bénéficie à toutes et tous, et non à quelques privilégiés».
Pour sa part l’ONG britannique prévoit, à travers des programmes menés en partenariat avec la société civile et des organisations, de contribuer à la réflexion pour identifier des solutions pour réduire les inégalités. «Cela se fera dans le cadre d’espaces d’échange et de dialogue avec les représentants du gouvernement, du secteur privé, et du monde académique», indique Nicolas Gravier.

■ «Un système de solidarité pour réduire les rancœurs sociales»

Jamal Khalil, professeur de  sociologie à l’Université Hassan II  de Casablanca

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Pour Jamal Khalil, professeur de sociologie à l’Université Hassan II de Casablanca, réduire les inégalités peut se faire en inculquant certaines valeurs à l’école. «Il faut apprendre aux enfants, quand ils sont encore sensibles, certaines valeurs comme le partage et la solidarité. J’insiste sur la solidarité, qu’il ne faut pas confondre avec la charité, car dans cette dernière, il y a du mépris», précise-t-il.
«Un système de solidarité est à même de réduire les rancœurs sociales, celles-ci quand elles s’accumulent dans le temps peuvent être dévastatrices». Pour cela, il faut que la société civile ait une prise de conscience.  «Cela peut se faire à travers une plus importante médiatisation des inégalités», suggère le sociologue. «Comme nous le savons aussi, tout changement dans la société commence par soi. Pour qu’une personne comprenne qu’elle vit dans un système inégalitaire, il lui faut un élément déclencheur», indique Jamal Khalil. «A titre d’exemple, un père de famille n’aura aucun problème avec le système d’héritage que nous avons, mais ne commencera à le remettre en cause qu’une fois qu’il aura des filles», poursuit-il.

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