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Femmes: Trop de facteurs de vulnérabilité!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5193 Le 23/01/2018 | Partager
La moitié des travailleuses sont des aides familiales
Les trois quarts des créations d’emploi profitent à la gent masculine
Des discriminations salariales «excessives»
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Si les hommes en âge de travailler sont principalement inactifs en raison de leur statut d’étudiants, les femmes, elles, le sont parce qu’elles doivent s’occuper de leur foyer. Les trois quarts des inactives sont en fait femmes au foyer, tandis que seulement 12,8% sont élèves ou étudiantes. Leurs lourdes responsabilités familiales représentent un obstacle majeur pour leur carrière professionnelle

La vie est dure pour les femmes au Maroc. Naître de sexe féminin augmente, hélas, les chances de subir des discriminations et de tomber dans la vulnérabilité. Qu’il s’agisse de santé, d’éducation, d’emploi, de salaire… les facteurs favorisant la précarité de la gent féminine sont nombreux.

En bas âge, déjà, les petites filles souffrent plus du retard de croissance (17,6% contre 15,5% chez les garçons, selon le HCP). A l’âge adulte, elles sont toujours trop nombreuses à perdre la vie durant leur accouchement. En 2015, près de 120 morts pour 100.000 naissances ont été enregistrées, selon la Banque mondiale. La même année, ce ratio était de moins de 20 pour 100.000 en Turquie, environ 35 en Egypte et près de 60 en Jordanie.

Sur cet aspect, le Maroc fait clairement partie des derniers de la classe. «Cet indicateur atteste que la situation de la femme demeure assez précaire au Maroc, avec une gravité inégale en fonction du milieu de résidence», soulignent les économistes Fouzi Mourji et Abdeljaouad Ezzrari, dans l’ouvrage «L’héritage des femmes».

Les femmes sont aussi plus nombreuses à être analphabètes. En 2014, quelque 41,9% ne savaient ni lire ni écrire, contre 22,1% des hommes. En matière de scolarité, les filles abandonnent les bancs de l’école plus que les garçons. Au primaire, l’accès est, certes, généralisé. Mais le taux de scolarité ne cesse de reculer d’un cycle à l’autre.

Selon le recensement général de la population de 2014, le taux net de scolarisation des filles passe de 94,4% au primaire à 79,7% au collège, puis à 55% au lycée (66% pour les garçons). Les filles rurales sont les plus touchées. En 2016, leur taux de scolarité a chuté de 97,3% au primaire à seulement 29,5% au lycée.

«Les dotations en capital humain, santé et surtout éducation conditionnent le positionnement de la femme sur le marché du travail et, au-delà, la valorisation de sa contribution à la création de richesse», insistent les deux économistes. En quittant trop tôt leur scolarité, les filles, sans qualifications, se condamnent à enchaîner les emplois précaires, ou pire, à l’inactivité. D’ailleurs, aujourd’hui, près de 8 sur 10 sont inactives (moins de 3 sur 10 pour les hommes).

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Près de 42% des femmes âgées de 10 ans et plus étaient analphabètes en 2014, selon le dernier recensement général de la population. Cette part est de seulement 22% chez les hommes. Chez les femmes rurales le taux dépasse les 60%

Au niveau des 15-24 ans, 44% ne sont ni à l’école, ni en formation ni en stage (plus de 1,3 million). C’est ce que l’on appelle la catégorie des NEET (11,7% parmi les jeunes hommes).
Celles occupant une activité font face à des conditions difficiles. En 2015, la moitié des travailleuses (49%) était formée d’aides familiales, rarement rémunérées.
Entre 2000 et 2014, l’économie nationale a créé en moyenne 129.000 postes par an. Cette création a profité à hauteur de 73% aux hommes. 

En matière de rémunération, les femmes touchent généralement un salaire inférieur de 25% à celui de leurs homologues hommes. «En milieu rural, la différence est presque de moitié. Cette inégalité est excessive, surtout que le travail en milieu rural, qui consiste la plupart du temps en activités agricoles, ne doit pas donner lieu à des différences significatives de productivité», estiment Mourji et Ezzrari.

Sachant que les femmes sont déjà «triées» en amont (voir article précédent), et que celles qui débarquent sur le marché ont un niveau de qualification plus élevé que celui des hommes, «leur salaire devrait être supérieur», pensent les deux économistes. Trouver de tels écarts de rémunération témoigne ainsi d’une «forte discrimination salariale». Face à de telles conditions, nombreuses sont celles qui, découragées, se retirent du marché du travail.

 

 

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