Analyse

Gestion du stress hydrique: La cohérence des politiques, un enjeu pour l’agriculture

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5153 Le 22/11/2017 | Partager
Faire des arbitrages et aboutir à des compromis pour la préservation de l’eau
Attention aux subventions d’énergies pour les agriculteurs
dubravka_bojic_053.jpg

Pour Dubravka Bojić, experte Gouvernance à la FAO, le principe de cohérence consiste à ce que les résultats des politiques sectorielles et leurs effets combinés se complètent et se conjuguent (Ph. NEA)

- L’Economiste: Que révèle le diagnostic de la FAO sur la gestion de l’eau au Maroc?  
- Dubravka Bojić
: Le diagnostic confirme que l’eau et l’emploi rural sont des enjeux prioritaires pour le Maroc, et souligne les conflits d’usage de la ressource d’eau. Le diagnostic a recommandé d’analyser au plus près la convergence des politiques sectorielles et leurs effets combinés sur l’utilisation de l’eau. Est-ce que ces différentes politiques (agriculture, tourisme, industrie) sont cohérentes entre elles et quel est leur impact sur l’utilisation de l’eau? Prenons l’exemple de la subvention du gaz butane. En principe, il s’agit d’une décision motivée par un objectif social en faveur des couches défavorisées et aussi environnemental visant à lutter contre la déforestation. Mais dans la pratique, on assiste à une déviation de l’objectif  du fait que cette mesure contribue indirectement à l’épuisement des ressources des nappes souterraines en offrant une source d’énergie bon marché au pompage agricole. De même, dans le futur, des mesures en faveur de l’utilisation des énergies renouvelables (énergie solaire) pourraient contribuer à l’augmentation de la consommation de l’eau.

- Comment peut-on remédier à ce genre de situation?
- A travers ces exemples, on constate que ce type de mesures nécessite une meilleure analyse des effets directs et indirects possibles et un meilleur ciblage pour s’assurer que les populations pauvres en bénéficient effectivement. Il serait judicieux de mettre en place d’autres alternatives avec un ciblage direct des populations nécessiteuses.  
Il faut approfondir la réflexion sur la cohérence des politiques sectorielles par rapport à l’eau. Ce qui a été fait à travers une étude menée par deux consultants marocains en partenariat avec la FAO dont les résultats préliminaires ont été présentés dans le cadre d’un atelier organisé dernièrement à Rabat.
 
- Quels sont les messages forts de ce rapport préliminaire?  
- D’abord, qu’il  n’y a pas de solution miracle à cette problématique, mais aussi et surtout que la cohésion des politiques est un processus de dialogue complexe. Le travail des consultants marocains a mis en lumière certaines incohérences:  vis à vis de l’eau par exemple en ce qui concerne la politique du soutien de l’énergie; et même certains moyens de mise en œuvre du Plan Maroc Vert qui vise à intensifier la production agricole. Comme l’agriculture, le tourisme figure également parmi les secteurs prioritaires de l’économie marocaine, mais son développement devrait se concevoir dans le cadre d’une vision de développement durable.
 
- Que pensez-vous de «l’exportation virtuelle» de l’eau à travers des produits à forte consommation hydrique comme les tomates et les agrumes?

- Effectivement, les exportations de certains produits grands consommateurs en eau comme les tomates ou les agrumes représentent une exportation virtuelle d’eau. Mais il ne faut pas oublier que ces exportations constituent des leviers pour le développement économique du pays notamment en termes de postes d’emploi et de sources de devises. Dans ce cas, une estimation coûts/bénéfices est nécessaire pour que les décisions soient prises en connaissance de cause, en considérant les risques liés aux effets des changements climatiques et les trois dimensions de durabilités environnementale, économique et sociale.

Gouvernances vs gouvernance

En matière de gouvernance, l’étude pointe l’existence de plusieurs acteurs, «ce qui pourra affecter son efficacité», fait observer l’experte de la FAO. Le Maroc est doté de plusieurs institutions impliquées dans ce volet: Conseil supérieur de l’Eau et du Climat, Commission interministérielle de l’Eau... Il semble qu’il y a un débat au Maroc pour la mise en place d’une instance neutre qui pourrait effectivement jouer le rôle de coordination et d’arbitrage entre les différentes politiques publiques, ajoute-t-elle. «La cohérence des politiques est complexe parce qu’elle dépend de l’action concertée de plusieurs acteurs qui ont des objectifs divergents», conclut l’experte de la FAO.

Propos recueillis par Noureddine EL AISSI

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc