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    Tribune

    Un cours d’économie... très politique

    Par Ahmed AZIRAR | Edition N°:5019 Le 09/05/2017 | Partager

    Ahmed Azirar est docteur d’Etat ès sciences économiques, expert en commerce international et intelligence économique (Ph. L’Economiste)  

    A moins que le mémorandum économique Maroc 2017, tel que rendu public par la Banque mondiale, en date du 16 décembre 2016, sous le titre, «Le Maroc à l’horizon 2040: Capital immatériel et les voies de l’émergence économique»,  ne soit  qu’une version grand public, et qu’il soit sous tendu par une autre version,  restée confidentielle celle-là, la grille de propositions présentées est loin de  charpenter le paradigme de développement nouveau et les fondements de l’économie politique rénovée annoncés par ledit mémorandum.

    La publication de ce document alors que le nouveau gouvernement était en période de préparation de sa «Déclaration», si ce n’est une pure coïncidence, laisse penser que  la Banque mondiale a voulu  servir au nouvel exécutif marocain un cours d’économie… très politique. Une économie politique non du «que faire», mais du «comment faire». Le fameux «déficit d’exécution».

    Mis à part quelques coups de griffes décidés assenés au «capitalisme de connivence», aux «cercles d’influence économique, au capital privé courtermiste, au système bancaire frileux, à l’économie de rente, aux entraves à la concurrence, au faible esprit d’entreprise et au système éducatif défaillant (ce n’est pas rien!), nous  avons eu l’impression de lire une mixture synthétique deS précédentes études de la Banque mondiale  ainsi que des rapports de divers organismes nationaux (CESE, HCP, IRES, OCP Center…) et étrangers (OCDE, BAD, Coface…), agrémentée de notions en vogue et servie  dans un souci d’équilibrisme diplomatique feutré.

    De fait, si «le passé ressemble à l'avenir plus qu’une goutte d'eau  ressemble à une autre» selon Ibn Khaldoun, mis en exergue au chapitre 1 du mémorandum, il n’est pas exagéré de constater que le mémorandum est truffé de redites. De quoi comprendre que la pédagogie, c’est la répétition. Avec une nouveauté quand même, les cas romanesques des quatre jeunes, qui constituent la trame de fond du mémorandum, annoncent dès le début la couleur,  pour le Maroc et pour l’Europe.

    Danger politique pour le Maroc, d’abord: «Compte tenu de leur origine socio-économique et de leur histoire personnelle et familiale, Amine, Nisrine, Kawtar et Réda connaîtront sans doute des destins différents. Leur parcours est représentatif de celui de nombreux jeunes de leur groupe et illustre les disparités sociales dans un Maroc à plusieurs vitesses».

    Risque élevé d’exacerbation de l’émigration vers l’Europe, ensuite: «Une grande partie de la jeunesse marocaine risque de ne pas se reconnaître dans le contrat social qui lui est proposé et elle est traversée par un malaise qui s’exprime notamment par la volonté de quitter le pays pour tenter sa chance à l’étranger».

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    Pour la Banque mondiale, «une grande partie de la jeunesse marocaine risque de ne pas se reconnaître dans le contrat social qui lui est proposé et elle est traversée par un malaise qui s’exprime notamment par la volonté de quitter le pays pour tenter sa chance à l’étranger» (Ph. L’Economiste)

    Concrètement, ces risques existeraient à cause du  «blocage du modèle de développement» et d’enlisement irrémédiable dans la  «trappe des pays intermédiaires», si le Maroc ne change pas les règles du jeu. Un remake moderne des anciennes  idées du genre «cercle vicieux de la pauvreté…».

    Techniquement, «doubler les gains de productivité à 2% par an constitue la clé de voûte d’une croissance forte et viable à long terme à même d’améliorer le bien-être et la prospérité des Marocains tout en renforçant la paix et la stabilité sociale».  Défi difficile, s’il en est, selon la Banque, à moins de mobiliser sérieusement le capital immatériel (combien même  c’est le capital industriel qui crée d’ordinaire l’emploi décent, sachant que le Maroc serait condamné à «la désindustrialisation précoce»).

    D’où la recommandation mère: «La mise en œuvre rapide et complète de l’esprit et des principes de la Constitution de 2011 et la mise en œuvre non moins rapide et complète d’un accord de libre-échange complet et approfondi (Aleca) ambitieux avec l’Union européenne». Approfondissement de la démocratie et de l’intégration à l’Europe, voilà la solution Banque mondiale pour le Maroc à l’horizon 2040.
    Soit!

    Mais il est quand même intriguant de rattacher la Constitution de 2011 au projet de l'Aleca, surtout en ce moment où l'Europe, la Grande-Bretagne et les USA ne jurent que par protectionnisme et même dé-mondialisation. Comme elle est bien plus dure cette panoplie d'arguments,  des plus dissuasifs pour les  investissements étrangers destinés à notre pays servie par le document. Nous croyons bien que ce n'est pas l'objectif visé.

     

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