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Economie

Mémorandum Banque mondiale/Chauffour: «Il faut un nouveau contrat social»

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5009 Le 24/04/2017 | Partager
Des réformes profondes sont nécessaires pour accélérer la croissance
La productivité et le capital immatériel, deux variables clés
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Jean-Pierre Chauffour, économiste principal Maroc à la Banque mondiale: «Les institutions et l’organisation de la société doivent évoluer plus rapidement pour créer de nouvelles incitations porteuses de développement durable et de création de richesse» (Ph. BM)

L’équipe El Othmani s’est fixée comme objectif des taux de croissance de 4,5 à 5% à l’horizon 2021. Sauf que l’atteinte de cet objectif n’est pas facile. Cela suppose un changement de modèle et des réformes de fond, assure Jean-Pierre Chauffour, économiste principal Maroc à la Banque mondiale

- L’Economiste: Le gouvernement a annoncé des taux de croissance de 4,5 à 5,5% et la maîtrise du déficit budgétaire, à l’horizon 2021. Ce scénario vous paraît-il réalisable et soutenable?
- Jean-Pierre Chauffour:
Ce scénario est en effet ambitieux. A titre de comparaison, le taux de croissance moyen a atteint 3,1% pendant la précédente législature (2012-2016).  La différence peut sembler modeste mais accélérer le rythme de croissance moyen de l’ordre de 2 points de pourcentage suppose des réformes profondes pour faciliter la transformation structurelle de l’économie. L’expérience internationale montre qu’un certain nombre de pays à revenu intermédiaire comme le Maroc ont pu se hisser parmi les pays émergents. Cela a généralement requis un changement de paradigme économique et pas seulement l’approfondissement de politiques existantes.
S’agissant des finances publiques, nous notons que l’objectif annoncé par le chef du gouvernement d’un déficit budgétaire limité à 3% du PIB en 2021 était déjà celui du gouvernement précédent à l’horizon 2016.  En soi, l’objectif nous semble approprié; il permet de stabiliser, voire de réduire le taux d’endettement public du pays.

- Des investissements importants sont réalisés chaque année par l’Etat sans que l’impact sur la croissance ne suive. Comment s’explique ce «déphasage»?
 - Là encore, ce que vous appelez «déphasage» n’est pas unique au cas du Maroc. Après une phase généralement encourageante de développement rapide et de modernisation des infrastructures de base, de nombreux pays en développement se retrouvent confrontés à un «plafond de verre» dans leur expansion, c’est-à-dire à des limites du développement largement invisibles et de l’ordre de l’immatériel. Ainsi, malgré des efforts consentis souvent considérables, les politiques publiques peinent à créer les conditions suffisantes d’un rattrapage économique. Nous notons en effet des succès industriels incontestables mais il reste encore des efforts à fournir pour offrir de plus larges opportunités à la jeunesse. Une transformation structurelle trop lente de l’économie ne serait pas en mesure d’absorber le flux croissant de diplômés. Les institutions et l’organisation de la société doivent également évoluer plus rapidement pour créer de nouvelles incitations porteuses de développement durable et de création de richesse. L’urbanisation en progrès doit aussi être accompagnée d’une promotion de secteurs industriels ou de services à forte valeur ajoutée; un phénomène que le célèbre politologue américain Francis Fukuyama a labélisé de «modernisation sans développement».

- Sur quoi faut-il alors agir pour assurer une croissance créatrice d’emploi et de valeur ajoutée?
- Dans le cadre du Mémorandum économique que nous avons préparé et intitulé «Le Maroc à l’horizon 2040: Investir dans le capital immatériel pour accélérer l’émergence économique», nous nous intéressons principalement à ces questions: comment créer des emplois durables, notamment pour les femmes, et augmenter la valeur ajoutée par une plus grande productivité. Les réponses à apporter à ces questions  ne sont pas simples. Selon nos analyses, les gains de productivité supplémentaire ne découleront pas uniquement de nouveaux investissements en capital fixe (même si ceux-ci doivent évidemment être poursuivis) mais d’un effort accru pour accumuler davantage de capital immatériel, c’est-à-dire de capital humain, institutionnel et social. Les évolutions de la productivité et du capital immatériel sont en grande partie liées, et c’est autour de ces deux variables clés que se détermineront la trajectoire de croissance et l’évolution du bien-être de la population marocaine à l’horizon 2040.
Les voies à emprunter pour réaliser l’émergence économique ne pourront résulter d’une seule réforme, aussi ambitieuse soit-elle. En d’autres termes, l’augmentation du capital immatériel du Maroc sera nécessairement multiforme et devra viser à promouvoir un contrat social fondé sur la promotion d’une société ouverte. Cela veut dire le renforcement des institutions visant le bon fonctionnement des marchés, le renforcement de la gouvernance publique et le recentrage de l’action de l’Etat autour de ses fonctions régaliennes, sur le développement du capital humain, et notamment la qualité de l’éducation. Enfin, le renforcement du capital social, à commencer par la confiance interpersonnelle et le respect des règles dans la société.
Propos recueillis par
Khadija MASMOUDI

                                                                           

De nouvelles règles de fonctionnement

Le scénario de croissance de 4,5 à 5,5% annoncé par le chef du gouvernement suppose une accélération de la croissance du secteur privé qui occupe une place importante dans le programme gouvernemental. Au-delà des aspects liés à l’environnement des affaires et à l’objectif encouragé et soutenu par la Banque mondiale d’intégrer le cercle des 50 premières économies mondiales dans l’indice Doing Business à l’horizon 2021, la réalisation du scénario dépendra en grande partie de la capacité de la société marocaine à s’entendre sur de nouvelles règles de fonctionnement du marché.

Celles-ci doivent favoriser davantage une concurrence loyale, encourager l’innovation et l’entrepreneuriat, et décourager la recherche de rentes dans l’ensemble des secteurs économiques. «Les pays qui ont durablement amélioré le bien-être de leurs populations ont mis en place des institutions efficaces d’appui au bon fonctionnement des marchés de biens et de services mais aussi des marchés du travail et du capital», souligne Jean-Pierre Chauffour, économiste principal Maroc à la Banque mondiale.

Ces institutions doivent accomplir trois tâches principales: assurer la transparence de l’information concernant l’ensemble des conditions du marché, définir et faire appliquer les droits de propriété et les contrats, enfin promouvoir la liberté économique et garantir les règles de la concurrence.

Des institutions efficaces d’appui au marché sont indispensables au succès des solutions de marché. Elles peuvent non seulement promouvoir les opportunités et faciliter la transformation structurelle, mais aussi garantir des résultats à la fois efficients et équitables.

 

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