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    Economie

    Education/Benmokhtar: «A bas les restrictions budgétaires!»

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4987 Le 23/03/2017 | Partager
    La réforme requiert des investissements massifs et des sacrifices
    Améliorer la qualité du système éducatif permettrait de multiplier le PIB par 10
    La faible maîtrise de l’arabe, une matière «taboue», condamne les élèves à l’échec
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    Moins le chef de ménage est instruit, moins l’enfant a de chance d’être scolarisé. Cette corrélation est plus forte au niveau du lycée. Par exemple, quand le père de famille est illettré, les chances de scolarisation sont de seulement 30,7%. L’origine sociale conditionne donc l’avenir des enfants. «C’est l’injustice la plus terrible», s’indigne le ministre de l’Education nationale. Au-delà des paramètres pédagogiques, les facteurs extrinsèques à l’école sont également déterminants

    Sa sortie médiatique était attendue. Le ministre de l’Education nationale, Rachid Benmokhtar, vient de s’exprimer pour la première fois sur les résultats du Programme national d’évaluation des acquis des élèves (PNEA) de 2016, dévoilés par l’Instance d’évaluation le 1er mars dernier. Des résultats pour le moins catastrophiques qui témoignent, encore une fois, de l’ampleur du désastre éducatif que nous vivons. Benmokhtar est intervenu mardi dernier à Casablanca, au centre de recherche Links, sur invitation de la Fondation marocaine pour le soutien scolaire. Une jeune structure lancée début 2017, qui ambitionne d’offrir des cours de soutien à 31.200 élèves à Tanger-Tétouan, Fès-Meknès et Marrakech-Safi en l’espace de 3 ans, à travers la mobilisation de 1.200 bénévoles.

    Que ce soit en mathématiques, sciences, français ou arabe, les performances des élèves sont médiocres, et elles sont en dégradation continue. Avant le PNEA, les enquêtes internationales TIMSS et PIRLS l’avaient également démontré. «En 2015, nous avons pu améliorer les scores des élèves en maths et sciences dans l’enquête TIMSS, car nous les avons entraînés à répondre aux tests. Mais l’indicateur qui nous a le plus interpelé est celui lié aux résultats en langue arabe», relève le ministre. Le PNEA 2016 a confirmé les constats de PIRLS 2011. La moyenne des élèves littéraires de 1re année du lycée (public) en langue arabe est d’à peine 39/100, contre 45/100 pour les scientifiques. En 2011, PIRLS avait révélé que seuls 21% des élèves de 4e année du primaire et 61% de la 6e année du primaire atteignaient un score supérieur au minimum requis de 400 points.

    «C’est censé être la langue nationale, de surcroît celle de l’enseignement. Le faible niveau en arabe entraîne automatiquement de mauvaises performances dans les autres matières», souligne Benmokhtar. «Dès les 4 premières années du primaire, on est mal barré sur une matière essentielle! C’est aussi une matière taboue. Jusqu’à présent l’on ne voulait même pas en tenir compte et reconnaître qu’il y a problème», fustige-t-il.
    Les équipes du ministère sont actuellement en train d’analyser les résultats du PNEA, afin d’en tirer des enseignements sur la base desquels des «actions correctrices» seront prises.

    L’enquête a été menée auprès d’élèves âgés de 15 ans et plus, et qui ne sont pas concernés par la réforme 2015-2030. Rachid Benmokhtar préfère donc se tourner vers l’avenir, vers les mesures qui permettront d’améliorer la qualité du système. Selon une étude de l’OCDE publiée en 2015, la généralisation de l’enseignement obligatoire à elle seule pourrait faire grimper le PIB de 1,5 fois. L’amélioration de la qualité, elle, pourrait multiplier le PIB par 10 en 15 ans, alors que la généralisation combinée à la qualité permettrait de le multiplier par 16! Au Maroc, force est de constater que la généralisation s’est arrêtée au primaire.

    Le taux spécifique de scolarisation passe de 97,1% au primaire à 65,6% au lycée (29,5% pour les filles rurales). Ne parlons même pas de la qualité… «Pour engranger ces bénéfices, les Marocains doivent accepter d’investir dans l’éducation. Il faut faire des sacrifices. Certes, le secteur  accapare 7% du PIB, mais le PIB est trop petit! Nous pouvons le multiplier par 10, néanmoins, il faut d’abord passer par la réforme du système éducatif», argue Benmokhtar. Moralité, il ne faut imposer aucune restriction budgétaire à l’éducation. Et c’est exactement ce que préconise l’OCDE pour le Maroc. «Une prise de conscience politique est nécessaire», insiste le ministre.
    Ce sont justement ces restrictions qui ont mené à la crise du déficit d’enseignants. Jusqu’en février dernier, de nombreuses classes étaient toujours sans prof faute d’effectifs.

    Le casse-tête de la langue française

    Durant leur scolarité, les enfants reçoivent près de 1.853 heures de cours de français du primaire au secondaire, en vain. A leur sortie du système, ils ne maîtrisent que faiblement la langue de Molière. «A l’université nous en souffrons. Sur 100 qui s’inscrivent à la première année de la licence fondamentale, seuls 20 décrochent leur diplôme», relève Mohamed Berrada, président du centre Links. «Le français est en voie de disparition», déplore, quant à lui, Rachid Benmokhtar. L’Education nationale peine à trouver des enseignants bilingues. Sur les plus de 130.000 candidats à la campagne de recrutement des 11.000 profs contractuels, seuls 1.000 maîtrisent le français.

     

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