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    Analyse

    Gouvernement: Quels scénarios pour Saâdeddine El Othmani

    Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4987 Le 23/03/2017 | Partager
    Le RNI prêt à entrer au gouvernement, mais attend une offre concrète
    L’Istiqlal se repositionne dans les tractations gouvernementales
    Une coalition avec le PAM n’est pas à exclure, même s’il reste, pour l’instant, dans l’opposition
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    Le constat est repris en boucle depuis la semaine dernière: Saâdeddine El Othmani n’est pas Abdelilah Benkirane. Les deux profils sont différents. Au moment où le chef du gouvernement sortant est plus porté sur les polémiques et les confrontations, le nouveau, lui, est plutôt connu pour son sens de la retenue. Ce changement de méthode permettra-t-il d’aboutir à des résultats différents? Rien n’est sûr. Le nouveau chef du gouvernement désigné se retrouve lié par la tutelle d’un comité composé de membres du secrétariat général.

    Ce qui est interprété comme une volonté de limiter la marge de manœuvre d’El Othmani aux conditions posées par son prédécesseur. C’est ce qui ressort du dernier communiqué du Conseil national du parti de la lampe. Ce document précise que le secrétariat général devra «accompagner le nouveau chef du gouvernement, dans le cadre de la méthodologie annoncée». Arrivera-t-il à convaincre l’état-major du PJD de lâcher du lest et d’accepter l’entrée de l’USFP? Va-t-il réintégrer l’Istiqlal dans la prochaine majorité? Va-t-il opter pour une nouvelle configuration, avec la normalisation des relations avec le PAM, qui ne constitue plus une ligne rouge?

    Saâdeddine El Othmani va-t-il s’accrocher, à l’instar de Benkirane, à la participation du PPS, qui ne dispose que de 12 sièges? Autant de questions qui restent en suspens, après la relance des tractations par le nouveau chef du gouvernement. Le premier round de consultation n’a pas permis de tracer les contours de la prochaine majorité. Il faudra attendre la reprise des contacts pour avoir plus de visibilité. Entre temps, plusieurs scénarios s’offrent à Saâdeddine El Othmani pour «accélérer la formation du gouvernement, conformément aux orientations royales, afin d’aboutir à une équipe forte, cohérente et efficiente».

    ■ Majorité sortante plus l’UC et l’USFP
    C’est le scénario qui avait conduit au blocage des négociations menées par Abdelilah Benkirane. Ce dernier voulait reconduire l’équipe de la majorité sortante, avec le RNI, le MP et le PPS. Le patron de ce dernier, Nabil Benabdallah, a assuré à El Othmani le soutien absolu de son parti. Une configuration qui aurait permis au gouvernement de disposer d’une majorité serrée de 201 sièges. Ce nombre atteint 220 sièges si l’on prend en considération l’UC qui a déjà mis en place un groupe parlementaire commun avec le RNI.

    En face, Aziz Akhannouch et ses alliés insistaient sur l’entrée de nouvelles composantes, afin d’aboutir à une majorité plus confortable et exploiter les réseaux de certains partis à l’international, comme l’USFP. Avec cette reconfiguration, la majorité sera forte de 240 sièges. Avec le soutien annoncé de l’Istiqlal, «qu’il soit au gouvernement ou pas», comme cela a été avancé il y a quelques mois, ce nombre pourra s’élever à 286 sièges. Ce scénario risque toutefois de ne pas aboutir à cause des mêmes raisons ayant conduit au blocage précédent. Plusieurs voix au sein du PJD continuent de refuser l’entrée de l’USFP dans le gouvernement.

    Aziz Akhannouch n’a pas précisé s’il va maintenir sa requête d’une majorité avec l’USFP. De son côté, Driss Lachgar, premier secrétaire du parti de la rose, semble vouloir s’affranchir de cette alliance. Après sa rencontre avec El Othmani, il a avancé que la décision de son parti est de «faciliter la mission du chef du gouvernement». Pour lui, «les négociations devront être menées directement avec les responsables de l’USFP. Nous n’acceptons pas qu’une autre partie se prononce en notre nom», a-t-il dit.

    ■ Majorité sortante avec l’Istiqlal et sans le RNI
    Avec la relance des tractations pour la formation du gouvernement, l’Istiqlal, arrivé 3e lors des législatives avec 46 sièges, s’est repositionné et veut être partie prenante dans la prochaine majorité. Hamid Chabat, dont les déclarations sur la Mauritanie avaient suscité la polémique, conduisant à son retrait de la gestion du parti, n’était pas présent aux discussions avec Saâdeddine El Othmani. C’est le comité composé de Mohamed Soussi, Hamdi Ould Rachid et Bouamar Taghouane qui a mené les négociations. Soussi a assuré que le PI maintient les mêmes positions exprimées il y a quelques mois. En clair: soutien du PJD et volonté de participer au gouvernement. Si ce scénario se confirme, le prochain exécutif disposera d’une majorité de 210 sièges. Une configuration qui permettra aussi de disposer d’une opposition très forte, notamment avec le PAM, le RNI et l’USFP qui tiendraient la dragée haute au gouvernement El Othmani.

    ■ Une coalition PJD/PAM
    Vigoureusement écarté par les dirigeants des deux formations depuis octobre dernier, le scénario d’une majorité basée sur une coalition PJD/PAM n’est plus à exclure. Le parti du tracteur semble n’être plus une ligne rouge pour l’état-major du PJD. Le nouveau chef du gouvernement a rencontré Ilyass El Omari, qui était accompagné de la présidente du Conseil national du PAM, Fatima Zahra El Mansouri. Ni El Othmani ni El Omari n’ont accepté de se prononcer sur la possibilité d’une alliance PJD/PAM. Pour l’instant, «nous sommes encore dans la même position annoncée le 8 octobre, à savoir l’opposition», a affirmé El Omari.

    Mais il n’a pas affiché un refus catégorique de la participation au gouvernement, tant que «le chef du gouvernement désigné n’a pas sollicité la participation du PAM. C’est à ce moment que nous pourrions répondre», a-t-il dit. De nouvelles rencontres entre les responsables des deux partis sont prévus, comme l’a annoncé El Omari. Si une participation à la prochaine majorité est envisagée, le patron du PAM devra retourner au Parlement de son parti. Il l’a bien précisé récemment lors d’une rencontre interne. «Ce sont les institutions du parti qui avaient décidé de rejoindre l’opposition. S’il y a un changement, il doit être acté par les mêmes instances», a-t-il dit.

    Néanmoins, des facteurs de divergence semblent limiter les chances de cette alliance. Il s’agit d’un désaccord sur les principes. Le PAM ayant toujours critiqué le manque de clarté du PJD sur certains sujets de société. Ilyass El Omari avait précisé, il y a quelques mois, qu’aucun rapprochement ne pourra se faire avec le parti de la lampe si ses positions restent floues. Quoi qu’il en soit, si ce scénario d’un gouvernement autour du PAM et du PJD aboutit, cette équipe sera soutenue par une majorité de 227 sièges.

    ■ Quid des programmes?
    Les priorités du programme du prochain gouvernement étaient le grand absent lors des négociations menées par Abdelilah Benkirane. Durant plusieurs mois, la confrontation était personnalisée. Le débat tournait autour de la participation ou non du parti de Driss Lachgar ou encore du bras de fer Benkirane/Akhannouch. El Othmani changera-t-il d’approche? Pour l’instant, les premières rencontres ont été dédiées à «des consultations préliminaires». Lors des prochaines réunions, plusieurs observateurs appellent à éviter de reproduire les erreurs du chef du gouvernement sortant, qui a omis d’axer les négociations sur une stratégie gouvernementale.

    Durant plusieurs mois, il avait appelé ses potentiels alliés à se prononcer sur leur position concernant la participation à la majorité. Mais il n’a pas précisé sur la base de quel programme, de quelle vision? Le nouveau chef du gouvernement est appelé à préciser ses choix. Il est attendu pour décliner sa vision en vue de donner un coup de fouet à l’activité économique fragilisée par l’attentisme des opérateurs. Une léthargie alimentée par l’absence de visibilité sur la composition et le projet porté par le prochain gouvernement. L’idée est aussi de préciser comment les priorités des différents partis de la majorité, contenues dans leurs programmes électoraux, seront imbriquées pour former un programme gouvernemental cohérent. Lors de la présentation du programme électoral du PJD, Abdelilah Benkirane a estimé que le pays avait plus besoin «d’hommes intègres».

    Pour la croissance, le PJD avait prévu trois scénarios: optimiste, entre 5,5% et 6,5%, moyen, entre 4 et 5,5% et pessimiste, entre 3 et 4%. Mais le document présenté manquait d’arguments forts pour convaincre sur les moyens d’atteindre ces taux. De son côté, le RNI avait promis un taux de croissance de 6%, avec la création de 200.000 emplois, en détaillant les mesures qui permettront de réaliser cet objectif. L’Istiqlal, qui s’est repositionné en tant que potentiel membre du prochain gouvernement, a l’ambition de donner un coup de fouet à la croissance non-agricole, qui devrait atteindre 8%. Sauf que certains sujets divisent le PJD et l’Istiqlal plus qu’ils ne les unissent. C’est le cas notamment de la réforme des retraites que Abdelilah Benkirane a défendue bec et ongles, au moment où Hamid Chabat avait fait campagne pour sa suspension.

     

     

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