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    Châtiment corporel: Pas suffisamment pris au sérieux

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4965 Le 21/02/2017 | Partager
    Le ministère crée des cellules d’écoute et tente de récolter des statistiques
    Un observatoire national de la violence scolaire en préparation depuis deux ans
    Des dispositifs qui se limitent à «observer» le phénomène
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    Les informations remontées par les chefs des établissements ont fait état de 24.665 cas de violence enregistrés durant l’année scolaire 2013-2014. Il s’agit des dernières statistiques disponibles au ministère de l’Education nationale. Près de la moitié des cas relevés concernent des violences verbales, et le tiers des violences physiques. Cela dit, ces chiffres sont relatifs, puisque de nombreux cas sont occultés

    Les traces des violences et châtiments dont sont victimes les enfants en milieu scolaire sont indélébiles. Les traumatismes psychiques vécus les accompagnent tout au long de leur vie. Le phénomène n’est, cependant, pas suffisamment pris au sérieux. Infliger des corrections à un gamin qui n’a pas fait ses devoirs ou n’a pas été discipliné passe presque pour une banalité. Les équipes pédagogiques ferment souvent les yeux sur les exactions commises par certains profs qui s’en sortent haut la main. Les parents, quant à eux, ne se plaignent pas toujours, puisque pour beaucoup d’entre eux, la punition corporelle est indissociable de l’éducation.

    Quand ils le font, leurs plaintes ne sont pas toujours remontées à la délégation, à l’académie régionale ou au ministère. La plupart des affaires de violence contre les élèves se règlent à l’amiable. «En général, il n’y a pas de suite aux cas de profs violents. Pour agir, le directeur demande aux parents de déposer un écrit. Souvent, ils ne le font pas. Le directeur peut suivre l’affaire, donner un avertissement ou rédiger un rapport, mais peu le font», témoigne une directrice d’école primaire.

        
    Le ministère de l’Education nationale a commencé à prendre des actions contre la violence, de manière générale, en milieu scolaire depuis maintenant quelques années, dans le cadre d’une stratégie nationale. Des cellules d’écoute et de médiation

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    Les violences entre élèves sont les plus relevés par les chefs des établissements. Les actes de brutalité des profs contre leurs élèves ne représentent que 7%, selon les statistiques officielles. Toutefois, les enfants, surtout au primaire, n’ont pas l’habitude de se plaindre de leurs enseignants, même s’ils sont violentés. Les chiffres s’en trouvent faussés. Lors d’une enquête de l’Unicef de 2004, près de 73% des enseignants ont avoué recourir au châtiment corporel et 87% des enfants ont déclaré avoir été frappés à l’école, avec une règle, un tuyau ou un bâton

    ont commencé à être créées dans les écoles à partir de 2012, avec des guides à l’intention des responsables de ces cellules et des directeurs des établissements, des formations, ainsi que des journées de sensibilisation. Un projet d’observatoire national a, également, été initié. L’organisme est en préparation depuis près de deux ans. Il n’est toujours pas opérationnel. Une commission nationale de suivi a, en outre, été montée. Elle a tenu sa première réunion en février 2015. Composée de représentants de l’Education nationale, de la Sûreté nationale, de la Gendarmerie royale, de la Santé, de la Justice, des Habous et de l’Observatoire national des droits de l’enfant, elle est chargée de plusieurs missions.

    Telles que l’élaboration d’une base de données nationale et de cartes de la violence scolaire, la participation à la formation des membres des centres d’accueil des enfants violentés et la généralisation des meilleures pratiques. Cela dit, ces chantiers avancent au ralenti. Pour faire le suivi des cas de violence, un site internet (marsad.men.gov.ma) a été lancé en 2015. Les directeurs, pour leur part, sont chargés de rédiger des rapports sur les cas relevés dans leurs établissements.
    Jusqu’à présent, les actions lancées se focalisent plus sur l’observation et le suivi du phénomène. La question du châtiment corporel, pour sa part, n’est pas traitée de manière spécifique.

    «D’accord, toutes les écoles ont été invitées à créer des cellules d’écoute. L’on nous demande aussi de rédiger des rapports. Et après? Cela ne résoudra pas le problème», pense la directrice. «La question à se poser est celle de savoir si les enseignants engagés ont le profil et les compétences nécessaires à l’exercice de leurs fonctions, et s’ils sont suffisamment formés et sensibilisés», ajoute-t-elle.
    Pour l’heure, il existe encore peu de centres d’accueil, de compétences qualifiées pour les gérer et de coordination entre les différents intervenants. Les statistiques demeurent, également, rares et peu fiables, de même que les études et recherches dédiées à la violence à l’école. En d’autres termes, tout reste à faire. En attendant, la terreur continue.

     

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