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    Culture

    SIEL: Les livres, les barbes et le «souk»

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:4964 Le 20/02/2017 | Partager
    Ras-le-bol des libraires, des éditeurs et des auteurs
    La littérature «extrémiste» de plus en plus visible
    Des animations cacophoniques
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    Au Salon du livre, on ne vend pas que des livres (Ph. A.Bo)

    Des dizaines et des dizaines de bus jaunes stationnés tout au long du parking de l’Office des foires et des expositions de Casablanca augurent de l’intérêt des établissements scolaires pour cette 23e édition du Salon international de l’édition et du livre, qui s’est clôturée dimanche. Impression confirmée par les centaines d’élèves attendant plus loin, en rang serré, et dans un joyeux brouhaha, de passer le portique de sécurité, installé plus par principe que par un souci d’efficacité. Brouhaha qui se transforme très vite en un véritable tintamarre assourdissant une fois sous la voûte de 17 m de haut du Grand palais.

    Nous sommes loin de l’ambiance, supposée feutrée, d’un salon dédié aux livres et à la lecture, mais plutôt dans celle d’une foire commerciale, animée à force de haut-parleurs hurlants, de bousculade, de braderie, etc. Beaucoup d’exposants dépassés par l’afflux des visiteurs préfèrent réguler le passage chez eux et n’hésitent pas à placer des «vigiles» à l’entrée pendant que certains auteurs essayent  désespérément de communiquer autour de leurs ouvrages à l’instar de Bahaa Trabelsi qui signait son cinquième  roman «La chaise du concierge» et qui déplore une «régression de plus en plus évidente de l’espace et des lecteurs francophones, ainsi qu’un manque d’information  et de communication autour de la programmation culturelle». Pour Nadia Essalmi, directrice de la maison d’éditions Yomad,  la manifestation n’as plus rien d’un salon: «On peut appeler ça un souk, un moussem… mais certainement pas un salon. Tout se dégrade gravement d’année en année, à tel point qu’il n’est plus possible d’avoir la moindre activité culturelle, à cause de cette ambiance chaotique».

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    Des visites scolaires désorganisées qui n’apportent pas grand-chose aux élèves selon des éditeurs et des libraires (Ph. A.Bo)

    Si certains éditeurs, libraires ou distributeurs ont fait des efforts tant au niveau du design que de la signalétique ou du conseil aux visiteurs, proposant des fois des espaces de rencontres et de discussions avec les auteurs, la plupart des stands se contentent d’empiler les livres, souvent à même le sol, sans aucune indication thématique. Plusieurs institutions disposent d’espaces d’animation telles que l’Institut français, l’Institut Cervantès, le ministère de la Culture, l’ambassade d’Arabie saoudite ou même… la Sureté nationale qui expose, à côté de quelques ouvrages, des tableaux réalisés par des hommes et des femmes de la police nationale du Maroc à la fibre artistique développée. Difficile cependant d’entamer une discussion ou d’aborder la moindre réflexion littéraire dans le tohu-bohu généralisé au grand dam de certains exposants.

    C’est le cas de Amina Mesnaoui, directrice de la librairie Portes d’Anfa: «Les trois premiers jours étaient très intéressants pour nous, mais depuis, c’est totalement désorganisé et ça devient incontrôlable. Il est dommage que les enfants ne soient pas plus encadrés, mieux préparés à cette visite. Nous recevons aujourd’hui Bénédicte Guettier (célèbre auteur-illustrateur pour enfants ndlr), mais comme vous voyez, les enfants ne peuvent pas en profiter pleinement. Du coup, nous préférons organiser nos activités à l’extérieur, en allant directement dans les écoles par exemple». Même son de cloche chez Nadia Essalmi, «les visites des enfants au SIEL, sans encadrement ni préparation, n’ont pas plus d’impact que la visite d’un mall. En tout cas, elles n’ont aucune relation avec le livre», déclare cette spécialiste de la littérature de jeunesse.

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    La littérature «islamiste» prend de plus en plus d’ampleur, les cartons de livres arrivent tous les jours sans aucun contrôle, selon des témoignages (Ph. A.Bo)

    «Les écoles arrivent en effet en même temps, dans un espace qui ne peut contenir tout le monde, les encadrants sont dépassés et les organisateurs ne font aucun effort d’anticipation», poursuit Essalmi qui parle de concertation avec d’autres éditeurs pour «boycotter» la prochaine édition si les choses ne s’améliorent pas. Autre sujet de mécontentement de certains exposants: l’extension, année après année, des espaces dédiés à la littérature «islamiste». Il est vrai que les barbes et les burqas sont autant visibles dans les allées du salon, que les immenses rayonnages dédiés aux livres religieux. «Il est inconcevable dans le contexte actuel, où le Maroc démantèle chaque semaine des cellules terroristes, de permettre cette invasion idéologique extrémiste, sans aucun contrôle, dans un lieu dédié à la culture», confirme Essalmi qui témoigne du passage devant son stand, chaque jour, de dizaines de cartons remplis de livres nourris de cette «littérature de haine» sans aucun contrôle des autorités.

    Problèmes d’acoustique, d’organisation logistique, de gestion des flux des visiteurs, de contrôle des contenus, de programmation culturelle… Si la grand-messe du livre a fait des déçus, elle n’en reste pas moins l’un des rendez-vous les plus importants dédiés à l’édition et au livre dans le continent et surtout l’une des rares occasions de réconcilier le livre avec le grand public. Car, faut-il le rappeler, nous sommes encore de très petits lecteurs, selon une étude réalisée par l’association Racines pour la promotion de la culture, 64,3% des Marocains n’ont acheté aucun livre au cours des 12 mois qui ont précédé l’étude. Alors que 84,5% d’entre nous ne se sont inscrits dans aucune bibliothèque ou médiathèque.

     

     

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