Economie

Anti-corruption: Des résultats mitigés pour le Maroc

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:4947 Le 26/01/2017 | Partager
Il est classé 90e sur 176 pays avec un score de 37 sur 100
Et pourtant les initiatives ne manquent pas
La région Mena dans le même gouffre
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Dans le monde, le Danemark et la Nouvelle-Zélande obtiennent les meilleurs résultats avec une note de 90, suivis de près par la Finlande (89) et la Suède (88). Bien qu’aucun pays ne soit exempt de corruption, les pays en haut du classement partagent certaines caractéristiques: un gouvernement transparent, la liberté de la presse, la garantie des libertés civiles et des systèmes judiciaires indépendants. Les pays en bas du tableau se caractérisent par une impunité généralisée dans les affaires de corruption, une mauvaise gouvernance et des institutions faibles. Pour Transparency International, le cercle vicieux corruption-inégalité doit être enrayé. Le nombre croissant de politiciens populistes dans de nombreux pays est un signal d’alarme

La corruption ne recule pas au Maroc. C’est en tout cas ce qui ressort de l’Indice de perception de la corruption (IPC) 2016 qui évalue le secteur public dans plusieurs pays, publié le 25 janvier par Transparency International. Le Royaume est ainsi classé 90e sur un total de 176 pays avec un score de 37 sur 100. L’année dernière, il était  88e sur 168 pays avec un score de 36 sur 100.

L’évaluation se base sur une échelle de 0 à 100 allant du pays le plus corrompu au plus vertueux. Ce classement ne peut que traduire l’image qu’ont les institutions internationales sur notre pays notamment sur les questions de gouvernance et de lutte contre la corruption. Le Maroc s’est doté d’une stratégie nationale et les initiatives pour combattre la corruption ne manquent pas: un numéro vert et un portail électronique «stopcorruption». Plusieurs affaires de corruption relevées par la Cour des comptes ont été présentées devant la justice.

Cette année, le Maroc est mieux coté que l’Algérie et l’Egypte (108e ex aequo), mais fait moins bien que la Tunisie (75e). Tunis est l'un des rares pays qui a légèrement amélioré son indice. Paradoxalement, la société civile critique régulièrement l’extension de la corruption. Le pays a déployé des mesures anti-corruption importantes l'an dernier, comme l'adoption de la loi sur l'accès à l'information (l'une des lois les plus progressistes de la région) et la mise en place d'une stratégie nationale de lutte contre la corruption. En revanche, «les lois sur la protection des dénonciateurs, les conflits d'intérêts et les politiques d'enrichissement illicite restent manquantes». Le système judiciaire tunisien devrait également progresser dans les affaires de corruption, en particulier celles qui sont en cours depuis la révolution. En Egypte, les niveaux de corruption sont encore élevés en l'absence d'une volonté politique réelle de la combattre.

Malgré les changements politiques qui ont secoué les pays arabes il y a six ans, «l'espoir de lutter contre la corruption et de mettre fin à l'impunité n'a pas encore progressé», selon l’équipe de Transparency International. Au contraire, la «majorité des pays arabes n'ont pas répondu à la volonté du peuple de construire des systèmes démocratiques permettant une plus grande transparence et responsabilité». Cinq des dix pays les plus corrompus du monde proviennent de la région: Irak, Libye, Soudan, Yémen et Syrie. Ces pays sont également confrontés à l'instabilité politique, à la guerre, aux conflits internes et au terrorisme. Ce qui alimente en particulier la corruption politique.

Les pays des régions en difficulté, en particulier au Moyen-Orient, ont enregistré les baisses les plus importantes cette année. Le Qatar est le pays qui a perdu le plus de places au classement par rapport à l’indice 2015 avec une baisse de 10 points. «Les scandales de la FIFA, les enquêtes sur la décision d’accueillir la Coupe du monde en 2022 et les rapports de violations des droits humains pour les travailleurs migrants ont eu des répercussions évidentes sur la perception du pays», selon José Ugaz, président de Transparency International.

Des solutions

Pour que les pays arabes puissent s'améliorer, ils doivent veiller à ce que des systèmes efficaces et transparents de responsabilisation soient mis en place, recommande l’ONG. Ils doivent mettre aussi un terme à la corruption politique sous toutes ses formes. En outre, les gouvernements devraient protéger la liberté d'expression et cesser de persécuter les activistes anti-corruption, les dénonciateurs et les organisations de la société civile. L'indépendance de la magistrature, ainsi que les organes de contrôle, doivent être respectés pour que les corrompus soient poursuivis et que les biens volés soient restitués. Tout cela ne peut être réalisé sans la volonté politique réelle et sérieuse des gouvernements de donner suite à leurs engagements.

 

 

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