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    Driss Moussaoui: «L’illettrisme à l’école peut être dû à la langue!»

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4920 Le 20/12/2016 | Partager
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    Driss Moussaoui, psychiatre, membre du Centre de promotion de la darija: «Renier la langue maternelle des Marocains est une insulte au plus profond de notre être, de notre essence» (Ph. L’Economiste)

    - L’Economiste: Les ¾ des élèves sont illettrés après avoir passé 4 ans au primaire. Le choix de la langue d’accueil à l’école y est-il pour quelque chose?
    - Driss Moussaoui:
    Sans aucun doute. Quand j’avais 5 ans, par exemple, on m’imposait l’arabe classique que je ne comprenais pas. Je  me battais pour comprendre. A un certain moment, l’enfant finit par baisser les bras. Il se dit que de toutes les manières, il ne comprendra rien. Il écarte de son cerveau toute possibilité de communication.
    Ce virage est tragique. Et c’est un processus psychologique normal. L’instituteur qui ne comprend pas que l’enfant est en train de se décrocher, y compris pour des raisons de langue, est un mauvais instituteur. Malheureusement, le type d’enseignement que nous dispensons est celui de la mémorisation, et non de la réflexion.

    - Des mécanismes psychiques peuvent-ils être brisés à cause de cela?
    - J’ai souvenir de moments où l’on me disait de me taire et où l’on me dictait une manière de réfléchir. Au lieu d’ouvrir les horizons de l’enfant, de le pousser à raisonner, à résoudre des problèmes, nous lui demandons d’apprendre par cœur et de vomir ce qu’il a enregistré. C’est une horreur, une chosification de l’enfant. Ce n’est plus un individu, mais une bande magnétique. Il n’a pas son mot à dire. Le philosophe grec, Xénophon, disait que questionner c’est enseigner. Chez nous, les enseignants ne questionnent pas, ils imposent des vérités éternelles, définitives qui ne peuvent jamais être remises en question.

    - Quel genre de personnalité finit-on par former?
    - Ecrasée, castrée. Une personnalité qui n’ose plus réfléchir par elle-même. Les gens qui, aujourd’hui, sont dans la pensée individuelle sont terrorisés, car constamment agressés. Ils doivent rester dans le moule de la pensée collective récitatoire.

    - Pour vous, la darija est un élément fondamental de notre identité...
    - Absolument. Renier la langue maternelle des Marocains est une insulte au plus profond de notre être, de notre essence.
    Comment avoir de l’estime de vous-même si la langue que vous utilisez est méprisée. Et le manque d’estime de soi, c’est le chemin vers la dépression.

    Propos recueillis par
    Ahlam NAZIH

     

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