Evénement

Changement climatique : Sécheresse, canicule, inondations: Le triangle infernal

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:4906 Le 28/11/2016 | Partager
Les épisodes extrêmes deviendront réguliers
Le stress hydrique va s’accentuer
Les projections de l’Institut royal des études stratégiques
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L’une des conséquences du changement climatique est la baisse de la ressource hydrique par habitant et par an, de 4.074 m³ en 1950 à 670 m³ en 2010, alors que la population n’a été multipliée que par 3,6 sur la période concernée. Une menace sur la sécurité alimentaire, sous l’effet, notamment, du rétrécissement de la base productive de l’agriculture et du renchérissement de la facture alimentaire. A cela s’ajoute, une fragilisation accrue de l’espace littoral, avec des impacts potentiels sur la sécurité économique. Sans omettre de citer les risques sur la sécurité sanitaire et les menaces qui pèsent sur la biodiversité

La sécheresse continue de sévir au Maroc. Ceci se définit par une hausse des températures moyennes annuelles de 0,16°C par décennie depuis les années 1960, une diminution des pluies de printemps de plus de 40% et un accroissement de la durée maximale des périodes sèches de 15 jours. Résultat, l’intensification des phénomènes extrêmes tels que les orages, les averses, les vagues de chaleur et de froid et des sécheresses sévères et fréquentes.
Il faudrait s’attendre à une température élevée à l’horizon 2100, de +1°C selon les régions à +6°C par rapport à la période de référence 1960-1990, relève l’Institut royal des études stratégiques (IRES) dans ses projections (1).
Les précipitations seront en baisse d’environ 20% à 50%, en moyenne, d’ici la fin du siècle, par rapport à la période de référence 1960-1990 (Direction de la météorologie nationale). L’élévation du niveau des mers pouvant entraîner, d’ici 2050, la submersion des côtes basses, une érosion côtière qui pourrait emporter près de la moitié de la superficie des plages (72% à l’horizon 2100), la salinisation des estuaires ainsi que des transformations biogéochimiques.
Il est prévu aussi une hausse des températures dans les zones oasiennes de l’ordre de 1 à 2,2°C, avec une augmentation du nombre de jours de vagues de chaleur estivales (de 15 à 25 jours par an).
Dans le scénario de l’inaction, il faudra s’attendre à une accentuation du stress hydrique. Avec des projections du capital eau qui varieraient entre 465 m3/habitant/an selon le scénario pessimiste et 520 m3/habitant/an selon le scénario optimiste à l’horizon 2050. Le Maroc ferait face à une pénurie d’eau et, par conséquent, à des coûts de production et d’exploitation des ressources en eau qui seraient de plus en plus élevés.
La production agricole sera aussi menacée. Si rien n’était entrepris, le changement climatique se solderait par une réduction conséquente des rendements agricoles. Cette baisse serait plus prononcée pour les cultures pluviales et celles pour lesquelles le progrès technologique ne permettrait pas de renverser la tendance. Toujours dans l’hypothèse du statu quo, les besoins en eau des cultures irriguées seraient encore plus importants. En conséquence, la sécurité alimentaire du pays serait affectée et sa dépendance aux aliments importés serait amplifiée. Aussi la migration climatique sera intensifiée avec l’accentuation de l’exode rural et l’intensification de l’immigration subsaharienne.
Les données signalent aussi des atteintes à la biodiversité. L’augmentation des températures dans les différentes régions du pays conduirait au déplacement des étapes bioclimatiques vers le Nord. Par conséquent, à l’horizon 2050, 22% de la flore et plusieurs espèces d’oiseaux et de mammifères pourraient disparaître. Aussi, l’élévation du niveau des mers et l’accroissement de la salinité modifieraient la faune et la flore. Ils accentueraient l’érosion des plages marocaines et menaceraient les habitats et les infrastructures longeant la côte. En plus de la vulnérabilité croissante des espaces oasiens. Ils seraient confrontés aux risques de sécheresse, d’invasion acridienne et d’incendie. Les activités touristiques seraient impactées par les extrêmes climatiques.
Le Maroc a élaboré et décliné deux stratégies d’atténuation et d’adaptation qui sont indissociables. Si l’atténuation vise la stabilité climatique, l’adaptation renforce la stabilité politique et sociale. Il s’est doté aussi de plusieurs instruments de politiques publiques dont la stratégie nationale de l’eau. Le programme d’intégration du changement climatique dans le plan Maroc vert accorde la priorité à plusieurs leviers.
Le Haut commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification pilote plusieurs mesures pour la préservation de la forêt, de la biodiversité et de la lutte contre la désertification. La protection du littoral est aussi une préoccupation du Royaume. Pour la protection des oasis, une stratégie nationale de développement des zones oasiennes et de l’arganier est en cours de mise en œuvre, sous l’égide de l’Agence créée à cet effet. Le Maroc compte décliner sur un plan territorial la stratégie nationale de développement durable. Il prépare un plan national d’adaptation et a l’intention de disposer de plans régionaux d’adaptation au changement climatique. Le Maroc a lancé, à l’occasion de la COP22 tenue à Marrakech, l’initiative nommée triple A (Adaptation, Afrique, Agriculture).

Stratégies d’atténuation

Rabat s’est fixé pour objectif de porter à 42% la part des énergies renouvelables dans la puissance électrique totale, installée en 2020 et à 52% à l’horizon 2030. Le complexe solaire Noor Ouarzazate est parmi les concrétisations majeures de la stratégie énergétique du Maroc. La première unité de ce méga-complexe, qui aura une capacité de 580 MW en 2018, a été inaugurée en février 2016. La capacité électrique d’origine solaire atteindra 2000 MW à l’horizon 2020, contribuant ainsi à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 3,7 millions de tonnes de CO2 par an.

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(1) Rapport stratégique 2017, panorama du Maroc dans le monde, les enjeux planétaires de la biosphère

 

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