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Société

Qu’est-ce qui fait courir les daeshistes?

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4887 Le 31/10/2016 | Partager
Les dessous d’une fascination pour les projets jihadistes
Tentations du «salut» mais aussi de mobilité financière
L’offre religieuse sur internet dominée par les wahhabites et daeshistes, les autres idées inaudibles
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Les différents intervenants ont insisté, lors de la conférence organisée par l’Institut français du Maroc, sur la nécessité de développer un discours intelligent pour déconstruire les idées radicales (Ph. Bziouat)

Qu'est-ce qui pousse des jeunes, au parcours généralement ordinaire, à se transformer subitement en jihadiste semant la terreur? Les exemples sont nombreux, au Maroc ou dans des pays européens.
Le projet jihadiste et sa déclinaison politique, Daesh, fascinent beaucoup de jeunes. Certains d’entre eux ont basculé rapidement, au point de surprendre leurs propres familles. Les chercheurs en sciences sociales pointent plusieurs motifs expliquant cette tendance. Mais insistent sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une tendance homogène. «C’est au cas par cas», selon Mohamed Chirani, consultant en prévention de la radicalisation religieuse en France, lors d’une rencontre organisée par l’Institut français au Maroc, jeudi dernier à Rabat. Ce qui les rassemble, c’est la référence à la religion. Au point que de plus en plus de chercheurs s’interrogent s’il s’agit d’une islamisation de la radicalité ou d’une radicalisation de l’islam. Pour beaucoup, l’idéologie religieuse est un prétexte octroyant une justification sacrée aux actes perpétrés, comme l’a rappelé Chirani. Surtout pour «des jeunes en quête de sens et de compréhension», a noté pour sa part Ahmed Abbadi, secrétaire général de la Rabita mohammedia des oulémas. Aujourd’hui, Daesh, qui constitue le modèle de califat prôné par les jihadistes, «est un projet qui fait sens pour beaucoup de musulmans», a expliqué Mohamed Tozy, politologue et directeur de l’Ecole de gouvernance de Rabat. L’EI «offre une réponse à des questions qu’ils se posent», a-t-il dit. Certes, les départs massifs de Français par exemple vers la Syrie et l’Irak, ou leur implication dans des attentats sur le sol européen, témoignent d’une «crise du vivre ensemble», comme l’a expliqué
Farhad Khosrokhavar, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Mais il s’agit aussi d’une quête de gloire. Ces jeunes ont une «aspiration de se transformer du statut de zéro à celui de héros, ici et maintenant», a indiqué Abbadi. Et Daesh leur «offre une aventure et des expériences extrêmes qui n’existent plus que dans les téléréalités», a précisé Tozy. Que ce soit en rejoignant les zones de combat en Syrie et en Irak, ou en s’activant dans leurs pays d’origine, les jihadistes se réfèrent à un ensemble d’idées pour justifier leur attitude. La Rabita des oulémas a recensé les principaux motifs invoqués par cette catégorie. En tête, la conspiration, la colonisation, Israël, les conflits régionaux, le pillage des fortunes des musulmans, l’infiltration du système des valeurs, la falsification de l’histoire… autant de raisons pour lesquelles ils sont prêts à prendre les armes. «Ce qui est dangereux, c’est qu’il y a du vrai dans ces arguments», a déploré Abbadi. La décision de rejoindre les rangs de groupes terroristes peut aussi être liées à d’autres tentations plus profanes. Au-delà de la quête du «salut», ces jihadistes sont aussi attirés par «l’offre de mobilité financière», pour reprendre l’expression de Tozy. Surtout avec les salaires alléchants fournis par le groupe d’El Baghdadi. D’autant plus que les dirigeants de cette organisation terroriste se sont distingués par une stratégie de communication extrêmement sophistiquée, s’accordaient à dire les intervenants. Ils disposent sur internet, notamment sur les réseaux sociaux, d’une véritable force de frappe. Aujourd’hui, «90% de l’offre religieuse sur internet est dominée par des lectures conservatrices, wahhabites ou daeshistes. Toute autre offre est inaudible. Et c’est ce que doit être le combat pour déconstruire ce corpus idéologique», a expliqué Mohamed Tozy.

Démonter les discours

Plusieurs chercheurs, à l’image de Mohamed Tozy, déplorent l’absence d’interrogations critiques vis-à-vis du corpus idéologique de la tradition. Or, il est nécessaire actuellement de déconstruire le discours des jihadistes, à travers la production d’un autre discours transcendant, selon Ahmed Abbadi. Aujourd’hui, les théologiens de Daesh optent pour une approche basée sur les destructions, poussant vers la déshumanisation de l’ennemi. Résultat: absence de remords après la perpétration d’actes meurtriers. Car l’ennemi n’a pas de visage. Ce sont les «kouffar» (infidèles), l’Occident… Toutefois, les oulémas disposent d’arguments pour faire face à ce prosélytisme, pouvant saper les fondements du projet étatique de Daesh. L’islam a précisé les conditions de la construction d’un Etat islamique, a rappelé Ahmed Abbadi. «Il s’agit de la préservation de la vie, de la religiosité, de la raison et de la propriété», a-t-il dit. Or, les actes de Daesh sont en contradiction totale avec ces préceptes.

 

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