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    Chronique

    La crise de l’école à l’épreuve de la démographie

    Par Pr. Driss GUERRAOUI | Edition N°:4880 Le 20/10/2016 | Partager

    Ici en conférence pour les étudiants de l’Ecole supérieure de journalisme et de communication (appartenant à L’Economiste). Driss Guerraoui est professeur à l’Université Mohammed V-Agdal de Rabat. Il a été conseiller auprès de trois Premiers ministres, El Youssoufi, Jettou et El Fassi, avant d’être nommé Secrétaire général du CESE, le Conseil économique, social et environnemental. Il fait partie de ses trop rares intellectuels marocains qui se font un devoir de partager le capital immatériel qu’ils ont construit: le Pr. Guerraoui a publié une dizaine de livres liés à ses recherches universitaires. Sur ce sujet du dialogue social rénové, on se reportera avec utilité à la tribune du 7 février 2016 (Ph. Fadwa Al Nasser)

    Toutes les composantes de la collectivité nationale sont aujourd’hui unanimes autour du fait  que le grand défi  du Maroc du XXIe siècle  réside dans la permanence de la crise de l’école. Loin de toute analyse et évaluation de nature nihiliste s’obstruant à ne pas reconnaître les avancées, furent-elles sans commune mesure avec les ambitions déclarées, cette crise est réellement  très profonde et ce de l’avis de tous les observateurs nationaux et des instances internationales. Les aspects les plus visibles de cette crise résident dans un taux encore  élevé d’analphabétisme, la persistance du phénomène des déperditions scolaires, un enseignement préscolaire à plusieurs vitesses, éclaté, pédagogiquement non coordonné et forcément contre-productif, la non-généralisation de la scolarisation au niveau du primaire (94,5% selon les résultats du RGPH de 2014). S’ajoutent également la faible fréquentation scolaire au secondaire, une répartition  spatiale très inégalitaire du service public d’éducation, largement défavorable au monde rural et aux petites filles, la faible qualification de la population sortante de l’école ou encore l’inadéquation entre la formation et l’emploi et son corollaire le chômage des diplômés.
    Une telle situation conduit, in fine, à l’incapacité objective de l’école à contribuer à élever la compétitivité des entreprises au niveau des standards mondiaux, à permettre au pays de produire des élites scientifiques, politiques, administratives et managerielles d’un niveau d’excellence et de compétence à la mesure des ambitions du Maroc du XXIe siècle et à fournir des compétences en phase avec les besoins des grands chantiers structurants et des stratégies sectorielles du pays.
    La donne démographique future  risque de conduire à  l’aggravation de cette réalité si des raccourcis en termes de politiques éducatives, de formation professionnelle   et de gouvernance de tous les étages du système d’éducation et de formation n’ont pas été réalisés et si l’aubaine démographique que connaîtra le Maroc dans les années à venir  n’est pas  utilisée à bon escient (voir encadré).
    Le grand défi pour le Royaume dans les années à venir résidera dans la capacité du pays à faire de l’aubaine créée par la dynamique démographique future  un  atout en matière d’élévation des performances du système éducatif en termes de qualité, de fréquentation scolaire, d’adéquation entre la formation et l’emploi et de retombées sur l’économie et la société dans le domaine de la recherche fondamentale et de l’innovation. L’existence d’une volonté politique réelle de réformer et d’une stratégie  appropriée suffiront-elles à conduire à la transformation de cette dynamique démographique en facteur accélérateur des réformes et à contribuer à bâtir une école publique marocaine en phase avec les objectifs de l’Etat et les aspirations des familles?

    Répercussions sur les performances du système

    Les projections démographiques à l’horizon 2030 fournies par le Haut-Commissariat au Plan, et dans l’attente des nouvelles projections du recensement de 2014, font ressortir la baisse relative de la part de la  tranche d’âge des moins de 15 ans qui atteindrait 20,9%, celle de  15 à 59 ans 63,8%,  et celle des 60 ans et plus 15,4%,  contre respectivement 28%, 62,4% et 9,6% en 2014. Par groupe d’âge, on relève, à l’horizon 2030, la diminution de l’effectif des cinq tranches d’âge censées être scolarisées entre le préscolaire et le supérieur (ceux de 4 à 5 ans, de 6 à 11 ans,  12 à 14 ans, 15 à 17 ans et 18 à 22 ans). Leur part dans la population totale passerait de 35% en 2014 à 28% en 2030. Mais l’évolution est très  différenciée par tranche d’âge, puisque si l’effectif des trois premiers groupes enregistrerait une baisse continue, celui des jeunes de 15 à 17 ans  et de 18 à 22 ans continuerait à augmenter pour n’entamer une baisse qu’à partir de  2030.
    Cette tendance agira sur les composantes essentielles du système éducatif national et posera la problématique des répercussions de la dimension démographique sur les performances du système dans sa globalité. Et ce, au regard des multiples interdépendances qui existent entre les différents  niveaux du système d’enseignement et de la pression engendrée en amont pour chacun de ses sous-systèmes en termes de formation des enseignants et de constructions des écoles et des universités. Ce phénomène sera aggravé à cet horizon par l’accélération du rythme des départs à la retraite de nombreux enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur.

     

     

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