×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Tribune

    PJD: Entre populisme et endoctrinement

    Par Samir KHELDOUNI SAHRAOUI | Edition N°:4878 Le 18/10/2016 | Partager

    Samir KHELDOUNI SAHRAOUI est actuellement administrateur directeur général de Chorus Consulting Hospitality & Leisure. Diplômé de la Sorbonne Paris I en tourisme et Sorbonne Paris III en anglais et civilisation des Etats-Unis, il a occupé le poste de DG de l’Office national marocain du tourisme de 1996 à 1999. Il a également été conseiller économique à l’ambassade du Royaume du Maroc à Washington DC (2000-2001) et administrateur directeur général de la Société générale d’aménagement touristique, filiale de CDG (2002-2007). Samir Kheldouni Sahraoui a également été président fondateur du Conseil régional du tourisme de Rabat dont il assuma la présidence de 2004 à 2007. Il est aussi l’auteur de l’étude bilan critique des stratégies 2010 et 2020 du tourisme marocain pour le compte de la Confédération nationale marocaine du tourisme dont il préside la Commission Stratégie et Investissements (Ph. S.K.S)

    Peut-on réellement parler de bipolarisation de l’échiquier politique marocain, comme je l’entends souvent de la bouche de nombre d’analystes en ce moment? En tant que citoyen inquiet qui a voté, j’en doute.
    Une vraie bipolarité ne présuppose-t-elle pas l’émergence de deux pôles  idéologiquement éloignés, voire opposés? Un pôle porteur d’une sensibilité de gauche, prônant l’égalitarisme et le progressisme, et un pôle de droite, généralement libéral et conservateur, sans pour autant qu’il ne verse dans le fait religieux.
    Or il semble que le PAM soit un parti du centre, qui se proclame du progressisme alors que le PJD est clairement un parti d’inspiration religieuse.
    Il n’y a donc aujourd’hui ni droite franche, ni gauche franche et donc pas de bipolarité au sens idéologique. Car il manque un absent de taille: un pôle de gauche progressiste, porteur d’un véritable projet social qui aurait pour idéologie la liberté, la tolérance, l’égalitarisme et le progressisme, dans le cadre de la monarchie constitutionnelle. En Europe, continent développé, où les citoyens disposent (bien que de moins en moins) d’une conscience politique, un PJD entrerait plus dans la catégorie de partis tels que les démocrates-chrétiens de Belgique, ou encore le Parti chrétien-démocrate français de Jean-Frédéric Poisson, qui ne disposent chacun guère de plus de trois sièges au Parlement. Entendons-nous seulement parler de M. Poisson? En Inde, plus grande démocratie du monde, c’est le jeu des alliances qui prévaut avec l’Alliance progressiste unie et l’Alliance démocratique nationale. Voilà une bipolarité faite d’alliances.
    Pour notre part, nous héritons de nouveau pour cinq longues années, d’une majorité dont le discours s’inspire uniquement du fait socioreligieux, alors que plus d’un, dont moi-même, pensent que notre stabilité, tant sociale qu’économique des cinq dernières années, est à mettre au seul crédit du Souverain et d’une équipe resserrée de conseillers et de technocrates avertis et expérimentés.

    benkirane_078.jpg

    Plus du tiers des votants du 7 octobre ont opté pour le PJD, dont le seul mérite réside dans l’usage efficace de l’effet miroir vis-à-vis d’un peuple qui paye aujourd’hui  le recul endémique, depuis les années 70, d’un système éducatif qui a fermé les esprits au lieu de les ouvrir (Ph. Bziouat)

    Pourquoi un taux de participation de 43%, alors que la moyenne européenne se situe entre 60 et 70%. Probablement par insuffisance de discours idéologique alternatif quant au projet économique et sociétal du Maroc de demain. Probablement aussi car le PJD est aujourd’hui le seul parti disposant d’une artillerie efficace et d’un leadership certes populiste, mais charismatique, au discours audible par nos concitoyens, dont une majorité défavorisée a mis son avenir entre les mains de Dieu et du Souverain.
    Plus du tiers des votants du 7 octobre ont opté pour le PJD, dont le seul mérite réside dans l’usage efficace de l’effet miroir vis-à-vis d’un peuple qui paye aujourd’hui  le recul endémique, depuis les années 70, d’un système éducatif qui a fermé les esprits au lieu de les ouvrir sur la tolérance, la différence, la culture de la performance, le talent, l’ambition, la compétition par le travail et surtout, au droit au rêve.
    Il convient donc de prendre gare, car l’actuel discours du PJD pourrait progressivement virer vers l’endoctrinement, à moins que les partis progressistes ne s’allient, et n’éduquent leurs partisans potentiels aux valeurs  de la liberté dans le respect de nos fondements culturels (et non religieux). Et pour cela je dis que l’émergence du PAM, malgré sa jeunesse, est un espoir, et vu sous cet angle, ce n’est donc certainement pas ce dernier qui incarnerait l’intrus.
    Vers quel Maroc le PJD veut-il nous mener?
    Vers un Maroc en vase clos, sans ambition économique, sans culture de la performance et du mérite, sans tolérance ni libertés individuelles, sans valorisation du travail et du succès, sans ouverture à la différence culturelle, sans tourisme? Vers un Maroc qui entendrait cultiver la haine de l’autre pour sa réussite, la jalousie, l’obscurité et l’intolérance? Serais-ce là le projet à moyen-long terme du PJD?
    Si tel est le cas, une majorité de nos citoyens ne veulent pas d’un tel projet. Parmi eux, une large part n’a pas voté, faute de choix parmi une pléthore de messages flous, et de symboles d’un autre temps, entre lampe, pigeon, cheval, balance, rameau d’olivier et j’en passe… C’est cette majorité silencieuse qui pourrait changer les choses dans cinq ans, pour peu que le message politique se clarifie au plan idéologique et économique, et que tous les progressistes se réveillent et s’allient pour penser idéologie, projet socioéconomique, et non maroquins, pour drainer enfin les 57% qui se sont abstenus de voter le 7 octobre.  Nous pourrons alors aspirer à une véritable bipolarisation du champ politique.

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc