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Analyse

Entreprises publiques: Des géants à la santé financière fragile!

Par Franck FAGNON | Edition N°:4877 Le 17/10/2016 | Partager
Malgré la hausse des revenus, l’endettement devient intenable
14 milliards de DH de bénéfices prévus cette année
ONEE, Autoroutes du Maroc... des déficitaires structurels!
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La diversité du portefeuille public permet d’afficher des résultats résilients dans un contexte difficile. Cela dit, le parc des EEP est très déséquilibré, puisqu’une dizaine d’entreprises sur 253 assurent l’essentiel des revenus. Par ailleurs, des établissements comme l’ONEE ou encore Autoroutes du Maroc pèsent négativement sur les résultats puisqu’ils dégagent structurellement des pertes

Alors que l’activité économique tourne au ralenti, les entreprises et établissements publics (EEP) devraient enregistrer une progression de 6% de leurs revenus en 2016 à 224 milliards de DH. La diversité des secteurs d’intervention et la position de monopole de certains expliquent en partie ce résultat. L’an dernier, ils avaient clôturé sur un chiffre d’affaires de 211 milliards de DH. C’est pratiquement ce que réalisent les sociétés cotées (215 milliards de DH). Mais, elles sont 76 alors que le portefeuille public, lui, est composé de près de 253 entités (hors filiales et participations). Il y a tout de même une nuance. Une poignée d’EEP génère l’essentiel des revenus. A lui seul, l’OCP concentre 25% du chiffre d’affaires du secteur. En ajoutant l’ONEE et Royal Air Maroc, les trois pèsent ensemble 50% des revenus.
Dépassé par l’automobile à l’export, le géant du phosphate, l’OCP crée en revanche plus de valeur. Le groupe a produit 27 milliards de DH de richesse en 2015, soit le tiers du secteur des EEP. En tout sept organismes produisent 80% de la valeur ajoutée. L’Etat table sur une stagnation de l’indicateur en 2016 à 79 milliards de DH. Cela équivaut à 7,8% du PIB. En dix ans, la richesse créée par les EEP a quasiment doublé. Ce résultat reste globalement décevant au regard de la taille du portefeuille. Celui-ci comprend un nombre important d’entités à la santé fragile voire comateuse.
Les performances opérationnelles du portefeuille public laissent entrevoir une augmentation de 7% des charges d’exploitation à 175 milliards de DH. Elles absorbent 83% du chiffre d’affaires. Ce ratio correspond au coefficient d’exploitation très cher aux banques. Les niveaux affichés par les EEP, même si, la situation varie d’un établissement à l’autre demeurent alarmants. Dans beaucoup de cas, notamment dans les activités marchandes, des entreprises comme l’ONEE n’ont pas la liberté de fixer leurs prix. Jusqu’en 2014, les tarifs de vente de l’eau et de l’électricité étaient gelés, alors que l’ONEE a significativement investi ces dernières années (en moyenne 9 milliards de DH par an depuis 2008). La gestion de certains EEP, loin de toute logique économique parfois, se traduit dans les bilans par une situation financière chaotique. «Les tarifs devraient être décidés dans le cadre de l’examen des plans d’investissements pluriannuels et des budgets annuels pour assurer la viabilité économique et financière des entreprises», recommandent la Cour des comptes dans un récent rapport sur les EEP. «Les principes tarifaires devraient autant que possible figurer dans le contrat programme avec l’Etat en tant qu’élément de pilotage pour favoriser le gain de productivité et maîtriser les charges d’exploitation», conseillent les magistrats.

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Rapportée aux capitaux propres, la dette des EEP représente 51%. Mais la situation est quasi insoutenable dans les établissements tels que Autoroutes du Maroc (495%), ONEE (331%) ou encore la RAM (228%). Aujourd’hui, le chiffre d’affaires d’Autoroutes du Maroc ne lui permet pas de couvrir ses charges financières

Les programmes d’investissements déployés par un certain nombre d’entreprises publiques ont considérablement accru leur dette (hors dettes sociales) à 243 milliards de DH à fin 2015. L’OCP, l’ONEE, Autoroutes du Maroc, l’ONCF, le groupe TMSA et Masen concentrent 80% de l’endettement des EEP. Rapporté aux fonds propres qui s’élèvent à 480 milliards de DH, la dette des EEP représente 51%. Toutefois, la situation est loin d’être aussi confortable pour tous les EEP, à commencer par Autoroutes du Maroc dont la dette culmine à 5 fois les capitaux propres. Au bord de l’asphyxie, l’ONEE affiche un ratio de 331%! Au-delà de l’administration des prix qui pénalise l’Office, le non respect des engagements pris par l’Etat dans le cadre du contrat-programme aggrave la situation de l’Office, relève la Cour des comptes. De même, l’Etat et ses démembrements sont des mauvais payeurs. Ce qui accentue la crise de trésorerie de l’Office. Sa dette dépasse 56 milliards de DH. La caisse interne de retraite constitue par ailleurs un lourd passif pour l’Office. Sa taille et les besoins nécessaires à son externalisation sont estimés à 20 milliards de DH.  A fin 2015, le résultat d’exploitation des EEP s’est amélioré de 14% à 25 milliards de DH. Cette hausse cache une dégradation de 2 milliards de DH du résultat d’exploitation des EEP déficitaires. Les pertes vont se creuser pour atteindre 13 milliards de DH selon les prévisions. Le résultat courant s’est inscrit en hausse de 7% à 21,2 milliards de DH. Une bonne partie des résultats servent à payer les charges financières qui se sont chiffrées à 24 milliards de DH en 2015. L’endettement excessif de certains établissements leur enlève toute marge de manœuvre. Le chiffre d’affaires d’Autoroutes du Maroc par exemple ne lui permet pas de payer ses charges financières.
Au final, le résultat net des EEP s’est inscrit en hausse de 29% à 11 milliards de DH. Les entreprises bénéficiaires ont augmenté leurs résultats de 23% alors que la situation s’est dégradée de 12% pour les établissements déficitaires (Autoroutes du Maroc, l’ONEE ou encore Masen). Ce groupe d’établissements devrait voir sa situation se détériorer encore en 2016. Pour l’ONEE et Autoroutes du Maroc, les pertes sont structurelles. Au final, les difficultés de ses entreprises vont retomber sur les contribuables et sur leur pouvoir d’achat. Pour redresser ces entités, il faudra aller chercher des ressources au niveau du budget ce qui suppose notamment des augmentations d’impôts et taxes.

 

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