×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Tribune

    Victoire électorale, marche vers la monopolisation du pouvoir

    Par Mohamed BENJELLOUN | Edition N°:4875 Le 13/10/2016 | Partager

    Mohamed Benjelloun est historien de formation, ancien directeur de l’Office des changes, ex-directeur central à Bank Al-Maghrib et conseiller du président Alami à la Banque commerciale du Maroc, devenue Attijariwafa bank, et ancien élève de l’Institut d’études politiques de Paris (Ph. L’Economiste) 

    Le verdict du 7 octobre est clair et net: ample victoire des islamistes se prétendant pour la circonstance être d’éminents défenseurs de la démocratie et ce, malgré le réveil du courant libéral moderniste. L’effondrement des autres partis de toute obédience et quelle que soit leur appartenance constitutionnelle (majorité ou opposition) a été la suite logique de ce face-à-face bien ancré dans la réalité marocaine entre deux projets de société. Il convient de souligner que les libéraux acceptent dans le cadre des mêmes droits la liberté de tout un chacun alors que la raison d’être de l’islamisme politique est d’uniformiser jusqu’à établir finalement leur dictature car le multipartisme ne peut qu’affaiblir les croyants en les divisant.
    Comment comprendre ce passage - sans transition bien justifiée selon de nombreux observateurs - d’une législature quinquennale à l’autre?

    Emergence historique

    À rappeler tout d’abord les aspects démocratiques majeurs de la Constitution du 1er juillet 2011, à savoir les droits de l’homme dans leur acception universelle ce qui suppose entre autres le multipartisme. Son émergence historique a été spontanée dans notre pays, elle a représenté un mouvement nationaliste expression commune de toutes les composantes de la nation: un Roi patriote qui sacrifie son trône pour préserver la souveraineté nationale, une élite qui s’engage à l’unisson pour l’indépendance malgré la diversité des choix socio-économico-culturels. Il en était de même d’un mouvement syndicaliste naissant. Enfin, un peuple combattant qui a su ponctuer sa résistance par des sacrifices notoires: Allal Ben Abdallah, Zerktouni, Slaoui, Sebti... Donc ce multipartisme bien enraciné, représente pour le Maroc un réel avantage surtout par rapport à certains pays qui, du fait de son absence, n’ont pas pu s’en sortir du printemps arabe par l’élection viable, ni d’un parlement démocratique, ni d’une assemblée constituante représentative.
    Donc ce noyau dur au départ comprenait des formations nationalistes (Istiqlal, PDI), socialistes (USFP, PPS, le futur PSU de Bensaid Aït Idder) et rurales. Il a été enrichi au fur et à mesure des circonstances par l’apport de deux courants importants: les libéraux démocrates (UC et RNI) et les islamistes (PJD). Il va de soi que les petits partis sans implantation suffisante sur le territoire national de par leurs militants et sympathisants ne peuvent faire que de la figuration parfois gênante...

    Erreurs d’appréciation

    usoloire_urnes_075.jpg

    C’est toujours la voix du peuple qui, de par les urnes, peut faire prévaloir parmi les partis concernés celui qui pourrait conduire avec le plus d’efficacité l’action constitutionnelle commune à mener à l’égard de l’équipe gouvernementale (Ph. AFP)

    Les choix populaires et toutes les attentes qu’ils supposent finissent par devenir des règles de discipline pour tous les partis ayant accédé aux instances étatiques. Pratiquement tous ceux qui n’ont pas su se réorganiser en temps utile et surmonter leurs problèmes internes éventuels perdent du terrain ou se trouvent même dévalorisés. C’est le cas du PI, USFP, MP, PPS, RNI, UC. En fonction de cette considération, certains observateurs croient que le PJD estime avoir toute latitude pour former son gouvernement, ainsi que toute facilité pour bien tenir l’opposition. D’autres observateurs, plus nombreux, prévoient plutôt que le PJD aura à faire face, même de la part de formations affaiblies et pesant arithmétiquement peu lourd, à de multiples conditions quant à leur participation : des partis comme l’Istiqlal ou le RNI autour desquels, séparément ou ensemble, des coalitions viables sous l’autorité du PJD pourraient avoir suffisamment de crédibilité. Comme il est hautement souhaitable pour le PJD de dégarnir autant que possible les rangs de l’opposition afin de limiter l’efficience du PAM.
    Les mêmes observateurs font remarquer que le PJD a commis durant le précédent quinquennat d’énormes erreurs d’appréciation. Sa stratégie, construite autour de la référence à l’Islam, n’a jamais été partagée par ses partenaires de la coalition et sous aucune de ces formulations: révision jurisprudentielle, interdiction de l’alcool (comment surveiller 3.500 km de côte ou garder les mêmes objectifs touristiques), apparentement aux Frères musulmans, des banques islamiques sans les adapter à notre cas de pays importateur de pétrole...
    C’est pourquoi l’islamisme politique en cause a tenu à l’approche du 7 octobre dernier à modifier complètement sa tactique en se déclarant haut et fort qu’il est désormais un parti démocratique. Comme il est à noter que les courants politiques autres que le PJD et dont certains étaient minés par des crises internes (PI, USFP...) n’étaient pas en mesure d’agir en commun pour unir leurs efforts face à un islamisme politique relativement défaillant à l’époque. Les mêmes courants politiques vont-ils continuer à privilégier leur concurrence et laisser le PJD manœuvrer afin d’atteindre lors des prochaines élections le taux fatidique de la majorité absolue et enterrer ainsi notre démocratie parlementaire?

    Responsabilités primordiales

    L’autre aspect démocratique de notre Constitution est l’attribution au peuple de responsabilités primordiales, à savoir que c’est lui qui, de par son vote, désigne directement le parti devant assumer la primature et au sein duquel le chef de l’Etat, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, fait appel à la personnalité devant être nommée chef de gouvernement dans le cadre d’une coalition constituant la majorité parlementaire.
    C’est le peuple qui, par le biais de ses élus, s’avère être la seule source de la loi, comme il est habilité à contrôler la politique de l’Exécutif et à le sanctionner le cas échéant par une motion de censure d’où le rôle important de l’opposition.
    Précisément c’est toujours la voix du peuple qui, de par les urnes, peut faire prévaloir parmi les partis concernés celui qui pourrait conduire avec le plus d’efficacité l’action constitutionnelle commune à mener à l’égard de l’équipe gouvernementale. C’est ce qui s’est passé lors des dernières législatives avec le choix du PAM pour ce rôle.

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc