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    Les réfugiés, un problème de pauvres

    Par Reda BENOMAR | Edition N°:4872 Le 10/10/2016 | Partager
    86% des réfugiés dans les pays en voie de développement
    Les pays riches n’assument pas leurs responsabilités
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    Plutôt que d’accueillir une part équitable des réfugiés du monde, les dirigeants de l’UE se sont essentiellement concentrés sur les contrôles aux frontières, la construction de clôtures et la mise à contribution des pays voisins comme gardes-barrières

    AMNESTY International a rendu public un rapport sur la crise des réfugiés qui dresse un état des lieux effrayant de la situation. 10 pays, dont la Jordanie, la Turquie, le Pakistan, le Liban, représentant moins de 2,5% du PIB mondial, accueillent 56% des refugiés de la planète. Pire, 86% des réfugiés dans le monde sont accueillis dans des pays en voie de développement, alors que seulement une trentaine de pays proposent un programme de réinstallation des migrants.
    L’exemple des réfugiés syriens est particulièrement parlant pour illustrer ce déséquilibre: «Le Royaume-Uni a accepté de recevoir moins de 8.000 Syriens depuis 2011, tandis que la Jordanie, avec presque 10 fois moins d’habitants et un PIB représentant 1,2% de celui du Royaume-Uni,  en accueille plus de 655.000», souligne l’ONG. De même que l’Irlande qui, avec une population de 4,6 millions, une superficie représentant 7 fois le Liban et une économie cinq fois plus importante, n’a pour l’instant accueilli que 758 réfugiés syriens.
    L’organisation relève que les pays voisins des pays en crise endossent une lourde responsabilité. Ils sont contraints d’accueillir la grande majorité des réfugiés. Assumant un  fardeau économique, sécuritaire et environnemental qui pèse lourdement sur leurs ressources. Les voisins de la Syrie, dont la Jordanie, où vivent 655.000 réfugiés, accueillent la majorité des personnes qui fuient le conflit. L’absence de partage des responsabilités a amené de nombreux autres pays voisins à fermer leurs frontières aux réfugiés du pays en guerre civile.
    Si la tâche est ardue, c’est aussi parce que les pays accueillant le plus de migrants dans des camps ne disposent pas des moyens nécessaires. Ils sont souvent eux-mêmes dans une situation similaire à celle des pays fuis par les populations qu’ils accueillent. C’est le cas par exemple du Kenya ou du Pakistan qui compte a lui seul 1,6 million de refugiés, afghans pour la plupart. Au cours des 9 premiers mois de 2016, plus de 200.000 refugiés ont dû quitté le pays pour revenir en Afghanistan. Un reflux massif que le HCR (Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés) explique par un harcèlement des autorités, un durcissement des contrôles aux frontières et une augmentation des incitations au retour (400 dollars par tête en juin au lieu de 200). Renvoyés vers des zones de conflits et de violations des droits humains que ces personnes ont essayé de fuir au péril de leur vie en laissant tout ce qu’ils ont connu derrière eux.
    Plutôt que d’accueillir une part équitable des réfugiés du monde, les dirigeants de l’UE se sont essentiellement concentrés sur les contrôles aux frontières, la construction de clôtures et la mise à contribution de pays voisins comme gardes-barrières.  En 2015, quelque 4.000 migrants se sont noyés en tentant vainement de rejoindre l’Europe. Le compteur a déjà dépassé la barre des 3.500 noyades rien que sur les 9 premiers mois de 2016. Le supplice des refugiés ne s’arrête pas une fois la mer traversée. Comme l’a découvert Amnesty en juillet 2016, une fois arrivés dans leur pays d’accueil, ces derniers s’exposent à des traitements inhumains et des actes de négligence. C’est le cas des 1.200 hommes, femmes et enfants qui ont cherché à se réfugier en Australie et ont été transférés manu militari au centre de détention installé sur l’île de Nauru.
    Les réfugiés entassés dans des camps précaires sont à la merci de tous les sévices possibles et imaginables: harcèlement psychologique, agressions sexuelles et physiques. Parfois, ils sont même renvoyés de force.
    L’ONG va plus loin et accuse certains pays occidentaux, l’Australie en tête de peloton, d’utiliser comme outil politique les atteintes systématiques aux droits humains afin de décourager les individus de venir. Le ministère australien de l’Immigration et de la Citoyenneté est même allé jusqu’à ordonner la production d’un film, doté d’un budget digne d’un blockbuster hollywoodien, dans le but de dissuader les migrants afghans ne serait-ce que de songer à trouver asile dans leur pays. Il y a actuellement 21 millions de refugiés à travers le monde, soit 0,3% de la population mondiale. Amnesty International en conclut que le volontarisme des Etats ne suffit pas et que nous devons arriver à un système obligatoire. Cette dernière propose de déterminer la juste part que chaque Etat de la planète devrait assumer. En élaborant, par exemple, un système équitable sur la base de conditions telles que la taille de la population, la richesse du pays et le taux de chômage pour partager la responsabilité d’aider ces personnes.
    Si l’on se base sur de tels critères, la Nouvelle Zélande avec une population de 4,5 millions, une superficie de 268.000 m2 et un PIB par habitant de 42.000 dollars, devrait accueillir 3.466 refugiés au lieu des 250 qu’elle a daigné recevoir à ce jour.

     

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