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    Tribune

    Prix Nobel? Quels prix Nobel? Un jeu bien troublant en Norvège

    Par S. El OTHMANI | Edition N°:4872 Le 10/10/2016 | Partager

     Ancien haut fonctionnaire  

    Quelqu’un peut-il m’expliquer comment le comité Nobel attribue ses prix de la paix?
    Le testament du chimiste Nobel dit, je cite: «La personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix».
     Est-il vraiment possible de maintenir un prix pour un président, en l’occurrence celui de la Colombie, Son Excellence Monsieur Juan Manuel Santos, dont le projet de paix vient précisément d’être désavoué par les Colombiens eux-mêmes?

    Lunettes norvégiennes

    La présidente du comité de désignation a expliqué que c’est pour «encourager» la paix. Certes, mais alors, il faut modifier le nom de ce prix et modifier en conséquence les procédures. Et surtout, il faudrait acter cette modification par rapport au testament d’Alfred Nobel.
    Le comité Nobel gère un héritage moral qui appartient à l’ensemble de l’Humanité. Ce prix n’est pas la propriété exclusive de la politique étrangère d’Oslo.
    Or que voit-on? La Norvège, avec Cuba, est garante des négociations entre Santos et les FARC. Or que voit-on encore, le comité Nobel comprend majoritairement des personnalités politiques de Norvège et toutes nommées par le Parlement norvégien.
    Je ne mets pas en cause leur intégrité personnelle, juste je m’interroge sur les lunettes avec lesquelles elles lisent l’actualité mondiale: celles des intérêts de l’Humanité ou bien celles des intérêts immédiats de leur gouvernement? Et ce à l’ombre de l’excellente réputation dont jouit, à juste titre, la culture norvégienne à travers le monde.

    Crimes contre l’humanité?

    prix_nobel_072.jpg

    Après avoir été victimes des pires exactions en Birmanie, les ethnies minoritaires fuient vers l’Indonésie (ici en 2015). La plupart sont des Rohingyas, des musulmans, plus maltraités sous le régime de la prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, qu’ils ne le furent sous la junte militaire (Ph. AFP)

    Je trouve tout aussi troublante la récompense accordée à la Birmane Aung San Suu Kyi, envers qui je n’userai pas de formules de politesse normalement dues à son rang.
    Pour vous dire le fond de ma pensée,  cette distinction me choque chaque jour un peu plus. On savait qu’elle était une icône. Une icône, c’est une image fabriquée pour les besoins de la communication, rien de plus, rien de moins. Je n’ai pas le moindre doute: l’existence d’une icône a hâté la fin de la junte militaire de Myanmar. L’icône bonne pour le cinéma; pas la personne, malheureusement.
    Il était évident, dès le premier jour, qu’en tant que politicienne elle n’était à la hauteur ni de son image, ni de son prix Nobel. Comment des diplomates norvégiens chevronnés ont-ils pu croire le contraire?
    Ceux qui s’intéressaient à la région savaient aussi que son engagement contre la junte ne franchissait pas les barrières ethniques. Jamais Aung San Suu Kyi ne défendrait, jamais elle n’a défendu les droits des Birmans victimes du racisme et de l’ostracisme, et tout particulièrement les musulmans. Ils sont pourtant quelque 2 à 3 millions, qui n’ont droit ni à l’école, ni à vivre en sécurité dans leur village. L’ONU elle-même dit que les Rohingyas sont «le peuple le plus persécuté au monde». Le prix Nobel est pourtant allé à l’une d’entre leurs persécuteurs, lesquels seraient (selon le Haut commissariat aux réfugiés, rapport de juin 2016) passibles de «crimes contre l’humanité devant un tribunal».
    Un prix Nobel de la paix éclaboussé par une accusation de «crime contre l’Humanité»?!
    Permettez-moi de dire qu’il y a quelque chose de cassé dans le Royaume de Norvège.

    Trois Américains en quinze ans de guerre?!

    Je m’interroge aussi quand je vois qu’en moins d’une décennie, trois Américains ont été distingués, dont Son Excellence Barack Obama, qui n’avait même pas fini sa première année de mandat.
    A-t-on récompensé ses «intentions» de retirer quelques soldats après que son pays, puis lui-même aient mis le Moyen-Orient à feu et à sang pour les cinquante prochaines années?
    Les réfugiés se comptent en millions, les morts en plusieurs centaines de milliers; peut-être plus d’un million de morts? Combien de mutilés, d’enfants sans parents?
    Oslo avait-elle vraiment un si grand besoin de montrer patte banche à son allié américain?
    Toujours est-il qu’une déclaration d’intention peut rapporter un prix Nobel de la Paix, même si elle est démentie par les faits durant plus de quinze ans!!!
    Je crains le pire: verra-t-on un jour honorées les mémoires de Staline, de Ben Laden, au motif que l’un et l’autre «voulait établir la paix», leur façon de faire la paix. Le premier a d’ailleurs été proposé au moins deux fois (je souligne qu’une proposition n’engage pas le comité).
    Sincèrement, j’aurais mieux compris que les deux Bush, les Brenner, Obama, H. Clinton… soient cités devant le tribunal de La Haye.

     

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