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Chronique

Alain Juppé, le grand espoir de la droite

Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4871 Le 07/10/2016 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

DANS un paysage politique qui part dans tous les sens, au sein d'une droite qui semble laisser libre cours à ses démons pour conjurer ceux de l'extrême droite, face à une gauche, bout de souffle, Alain Juppé, maire de Bordeaux, candidat à la primaire des républicains, apparaît soudain comme un phare de modération et de sagesse. Quand il lui arrive de parler à la presse, il s'arrange toujours pour faire apparaître ses différences par rapport aux postures excitées de son principal rival Nicolas Sarkozy. À l'identité torturée qui exclut et qui a peur que Sarkozy malmène à longueur d'interviews, Alain Juppé veut se faire le chantre d'une identité heureuse qui rassemble et intègre. Aux incongruités des uns lancées par démagogie et stratégie électorale, il préfère opposer des certitudes et des convictions d'un républicanisme bon teint qui tranche avec la pensée extrême du moment.
Alain Juppé est pressenti par beaucoup comme le futur président de la République... mais à une seule condition et elle est vitale: qu'il passe avec succès le barrage des primaires des républicains. Car dans les sondages d'opinion, ni Marine Le Pen ni François Hollande ne peuvent lui résister. Et contrairement aux apparences, cet exercice des primaires paraît à la fois accessible et insurmontable. D'abord parce que son adversaire du moment, Nicolas Sarkozy, agit comme si l'issue de ces primaires était une question de vie ou de mort pour lui. Gagner les primaires pour Sarkozy équivaut à ouvrir un grand boulevard pour l'Elysée et donc à s'octroyer un quinquennat d'immunité présidentielle qui éloigne de lui le feu de la justice et des juges qui rodent autour de lui pour des affaires de corruption politique. Pour réaliser cet objectif, Nicolas Sarkozy est capable de lancer ses troupes les plus fidèles, son noyau dur mais aussi ses mauvais coups dans la bataille. Ce qui donne cette certitude que ces primaires seront politiquement sanglantes.

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À l’identité torturée qui exclut et qui a peur que Sarkozy malmène à longueur d’interviews, Alain Juppé veut se faire le chantre d’une identité heureuse qui rassemble et intègre (Ph. AFP)

Le second handicap d'Alain Juppé est lié à son âge. Ses adversaires se donnent un plaisir à en faire état et à suggérer les soucis de santé et de mauvaise gouvernance que cela implique. Toute la logique d'un Sarkozy est de dire que la France est un pays jeune qui a besoin d'être gouverné par une dynamique nouvelle et non par un grand-père qui, certes dans une autre vie, a été, selon le célèbre mot de Jacques Chirac, «le meilleur d'entre nous» mais qui aujourd'hui semble anachronique.
Pour défendre sa stratégie, Alain Juppé n'hésite pas à mettre le pied dans le plat. Il accuse sans le nommer Nicolas Sarkozy de vouloir initier, par ses positions incendiaires, une guerre civile. Le terme est bien choisi et reflète les tensions communautaires qui menacent lourdement le vivre ensemble français.  Et il le dit avec une clarté et un ton direct inédit: «Si nous continuons comme ça, nous allons vers la guerre civile». Alain Juppé propose sa solution: «Il faut absolument apaiser le climat qui règne aujourd'hui en France. Le simple mot de «musulman» suscite une hystérie disproportionnée».
Alain Juppé enfonce le clou en émettant des messages à destination de ses concurrents: «Au sein de ma famille politique, il y a une divergence d'approche assez profonde entre ceux qui considèrent que la religion musulmane est par essence incompatible avec la République et ceux qui, comme moi, considèrent qu'il ne faut pas faire d'amalgame (...) Un musulman n'est pas un terroriste. Je l'ai dit, la majorité d'entre eux est prête à respecter les règles de la République».
 En prenant cette position, Alain Juppé veut occuper le créneau de la modération, de la rationalité quand ses adversaires, à gauche comme à droite, courent derrière les solutions extrêmes, pensant à tort ou à raison être en phase avec l'humeur d'une opinion traumatisée par le terrorisme et sourdement inquiète par les immenses vagues d'immigration qui s'abattent sur les territoires européens.
Cette position a été saluée par de nombreuses personnalités françaises. Le centriste François Bayrou a sans doute été le meilleur à résumer cette reconnaissance à l'égard de Juppé: «Pour moi, c'est la marque d'un homme d'Etat. Un homme d'Etat c'est quelqu'un qui refuse de glisser quand tout le monde glisse».

Dans les coulisses du quinquennat de Sarkozy

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Alain Juppé pourra sans aucun doute profiter de l’impact du livre de Patrick Buisson, ancien éminence grise de Nicolas Sarkozy, intitulé «La cause du peuple» et qui se propose de raconter avec anecdotes et citations les coulisses du quinquennat de Nicolas Sarkozy. On y apprend comment  en ce soir de défaite, le 6 mai 2012,  le salon vert de l’Elysée, Nicolas Sarkozy relit son discours à haute voix, prêt à annoncer son retrait de la vie politique. C’est alors qu’Alain Juppé intervient et lui propose de retirer l’adverbe «jamais»… afin de ne pas sceller définitivement sa carrière. Ce livre contient aussi des citations embarrassantes pour Sarkozy: «Qu’est-ce que je vais foutre en Guyane? C’est 200.000 habitants dont la moitié d’analphabètes»; «Je veux mourir riche… Tony Blair me dit qu’il se fait payer 240.000 dollars par conférence. Je suis sûr que je peux faire mieux»; «Chirac s’envoyait des actrices en catimini, Giscard des mannequins. Avec moi, tout est transparent»; «Chirac aura été le plus détestable de tous les présidents de la Ve. Franchement, je n’ai jamais vu un type aussi corrompu»; «Pour avoir des nouvelles de mes ministres, je n’ai qu’à regarder Paris Match, c’est le nouveau Journal officiel. Rachida Dati, on ne la voit plus qu’en robe longue dans les soirées parisiennes…». Mais aussi cette phrase, avant l’affaire du Sofitel: «Dominique Strauss-Kahn, j’ai de quoi le faire exploser en plein vol».

 

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