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    10.000 cadres éducatifs: Chronique d’un échec

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4864 Le 27/09/2016 | Partager
    La majorité des diplômés formés pour le secteur privé a rejoint la fonction publique
    Les écoles privées n’ont pu récupérer que près de 120 profils!
    Interdites de recourir aux profs du public dès 2017-18, elles s’apprêtent à demander une prorogation
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    7.465 diplômés, répartis en 3 promotions, se sont inscrits au programme des 10.000 cadres éducatifs, ce qui a nécessité un budget d’environ 122 millions de DH. Il reste encore 2.535 profils à former pour compléter l’objectif de 10.000. Il faudra donc prolonger d’une année le programme, qui s’est heurté à plusieurs problèmes (manque d’encadrants dans plusieurs disciplines, déficit de candidats francophones ou diplômés en mathématiques, retards dans le déblocage des fonds,...)

    Rien ne s’est déroulé comme prévu pour le programme de formation de 10.000 cadres éducatifs à l’intention du secteur privé. Lancé par le chef du gouvernement en novembre 2013, pour un budget de 161 millions de DH sur 3 ans, il devait fournir aux écoles privées des compétences leur permettant de constituer leur propre corps enseignant permanent. Sachant qu’aujourd’hui, elles recourent massivement aux profs de l’Education nationale.
    Le programme avait commencé avec une première promotion de près de 2.200 diplômés inscrits. Deux autres ont suivi, dont des licenciés, lauréats de masters et docteurs, en 2014-2015 et 2015-2016. Au total, plus de 7.400 ont été formés dans les ENS (Ecoles normales supérieures). Les formations ont duré 10 mois, durant lesquels ils ont reçu une bourse mensuelle de 1.000 DH. Seulement voilà, après leur certification, les bénéficiaires se sont heurtés, selon leurs dires, à la dure réalité du marché. «Le secteur privé n’est pas signataire de la convention-cadre de ce programme, qui a été paraphée par l’Enseignement supérieur et les Finances. Il n’est donc pas obligé de nous recruter selon un cahier des charges précis, comme cela a été le cas pour le précédent accord de 2007», précise Anass Aslii, porte-parole de la coordination des cadres éducatifs formés, également soutenue par Attac Maroc. «Aujourd’hui, les écoles privées paient ses profs à 2.000 DH par mois et n’offrent pas de protection sociale. Le gouvernement n’a pas réussi à restructurer ce secteur, et c’est nous qui en payons le prix», ajoute-t-il.
    Les protestations ont commencé dès 2014. L’Education nationale a alors proposé aux deux premières promotions d’intégrer les centres régionaux des métiers de l’éducation et de la formation (CRMEF), formant les enseignants du public, et ce, sans concours. Auparavant, s’inscrire dans ces centres débouchait sur un recrutement automatique dans la fonction publique. Les jeunes diplômés se sont donc rués sur ces centres. 42% de la 1re promotion et 70% de la 2e y ont été admis pour suivre encore la même formation pendant un an, avant de rejoindre leurs classes. Au grand dam des opérateurs privés.
    «Nous avons rencontré la première promotion en 2014 et lui avons proposé des salaires démarrant à 4.000 DH pour le collège, et à 6.000 DH pour le lycée. Mais ces jeunes faisaient dès le départ une fixation sur la fonction publique», assure Abdeslam Amor, SG de l’Alliance de l’enseignement privé. «Dès l’annonce du ministère, ils sont tous partis postuler aux CRMEF. Ils n’ont eu les résultats qu’en septembre. Ceux qui n’ont pas été retenus sont revenus voir les écoles privées, sauf que c’était trop tard, car, en général, elles bouclent leurs recrutements en juin», poursuit-il. Le même scénario s’est répété avec la 2e promotion. L’Alliance pointe du doigt un autre disfonctionnement de taille. «Les universités ne nous ont pas consultés sur nos besoins. Elles ont surtout formé des profils dans des matières littéraires, comme l’éducation islamique, l’espagnol, histoire géo,…», regrette Amor. Selon le représentant des écoles privées, sur les 7.400 formés, le secteur privé n’a pu récupérer qu’environ 120!
    A partir de la rentrée 2017-2018, les écoles privées n’auront plus le droit de recruter des profs du public. Cependant, pas sûr qu’elles puissent s’en sortir. L’Alliance prévoit d’ores et déjà de négocier avec le prochain gouvernement une prorogation jusqu’en 2020. En attendant, elle envisage des partenariats avec plusieurs facultés et écoles afin de former des compétences.  
    La promotion 2015-2016 (la 3e) ne souhaite pas s’orienter vers les CRMEF, puisque l’accès à ces derniers n’est plus synonyme d’embauche systématique dans le public. Il faut passer par un test, puis par un examen de fin d’année, avant de postuler pour le concours d’accès à la fonction publique.
    Cette année, les sit-in ont commencé dès le mois d’avril. La semaine dernière, aussi, des regroupements ont été organisés devant le ministère de l’Education nationale.

    Enorme déficit d’enseignants en sciences

    Les profs de sciences, et plus particulièrement de mathématiques, sont une denrée rare sur le marché. Cela se reflète sur leur salaire. A Casablanca, ils touchent près de 10.000 DH. «Le problème de déficit ne se pose pas vraiment dans le primaire. Au collège aussi, nous avons pu combler nos besoins. Nous souffrons surtout au lycée, notamment au niveau du baccalauréat», précise le SG de l’Alliance de l’enseignement privé, Abdeslam Amor. La situation est d’autant plus difficile que ce niveau nécessite des profils expérimentés. Les écoles privées ont, également, beaucoup de mal à dénicher des enseignants francophones, surtout pour la section du baccalauréat international.

     

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