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    Tribune

    L’abstention électorale, un acte antidémocratique?

    Par Raïssi MAROUANE | Edition N°:4864 Le 27/09/2016 | Partager

    Chercheur en sciences économiques et sociales à l’université Ibn Tofaïl - Kénitra (Ph. RM)

    L’abstention électorale, dont le spectre hante l’imminente échéance politique au Maroc, serait, selon certains, la manifestation d’un manque de civisme et le signe d’une apathie sociale et politique des abstentionnistes. Cette idée, qui s’apparente à une certaine forme de violence symbolique, fait l’objet d’un tel acharnement médiatique et d’une telle surenchère politicienne qu’il devient très compliqué de la déconstruire et de s’en défaire. En principe, les enjeux des élections sont suffisamment cruciaux pour impulser une dynamique et un engouement de l’électorat potentiel. Or, le citoyen lambda est tellement blasé par la médiocrité des résultats des gouvernements successifs, par l’opacité récurrente du jeu électoral et par l’appauvrissement du débat politique qu’il finit par développer une certaine défiance à l’égard de l’acte électoral pour ne pas dire qu’il devient même presque «agoraphobe» à cet égard.
    Le contexte de cacophonie politique et d’embrouillement de repères idéologiques conjugué à l’écart horrible entre les promesses électorales et les réalisations gouvernementales (qui n’est d’ailleurs jamais sérieusement mesuré d’un point de vue institutionnel) laissent le citoyen perplexe, à même de se trouver paradoxalement pris en otage d’un véritable dilemme de prisonnier: sa conscience citoyenne l’exhorte à ne pas s’abstenir et de faire preuve de patriotisme alors que sa conscience morale lui enjoint de ne pas accomplir un acte irrationnel et irresponsable en choisissant parmi les cancres le soi-disant «moins pire» et de confier l’avenir du pays à des gens qui s’obstinent à défendre l’indéfendable et refusent de faire une mea culpa de leurs échecs antérieurs pour repartir sur une perspective plus tenable et plus crédible.
    La méfiance de la politique politicienne et des marchands de chimères est totalement légitime. L’abstention sonne ainsi comme un cri de frustration et d’indignation de la majorité silencieuse du peuple face à la paralysie de l’idéation politique et socioéconomique, face à l’impunité et au manque d’exemplarité  et face à l’impotence intellectuelle des élus. A cet égard, et au-delà d’un certain seuil, l’abstention pourrait compromettre la légitimité et la représentativité des élections.

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    Avec une moyenne d’environ 37% à chaque élection, les abstentionnistes constituent le premier parti politique au Maroc (Ph. L’Economiste)

    Si l’abstention ne peut être un remède aux maux de notre politique, il n’en demeure pas moins qu’elle incarne un symptôme sérieux de la crise de représentation et du discrédit de la classe politique marocaine.
    La participation électorale, considérée par plusieurs de nos concitoyens comme un acte patriotique, et érigée en un devoir national par la Constitution (article 30), reste néanmoins insuffisante sans une véritable émancipation politico-intellectuelle du peuple. De Condorcet disait dans ce sens: «Même sous la Constitution la plus libre, un peuple ignorant est un esclave». A cet effet, la réhabilitation de l’éducation politique est décisive pour notre avenir compte tenu de son rôle dans la construction d’un homo politicus rationnel, éclairé et doté d’un esprit critique lui permettant de faire librement son choix d’abstention, de «vote raisonné» voire même de «vote sanction».
    Si l’exercice démocratique puise sa légitimité de la participation citoyenne au scrutin, il n’en reste pas moins que cette dernière ne devrait pas se réduire à un simple faire-valoir de la citoyenneté à tout prix. En revanche, l’abstention passive (non motivée) observée sous le prisme de la démission de la vie politique pourrait s’avérer contre-productive et avoir un revers conséquent lorsqu’elle sert, de facto, l’opportunisme électoral des partis politiques qui profiteraient du «coup de force symbolique» de la représentation. A ce titre, l’élu, porté notamment par des votes partisans, est considéré comme le représentant de l’ensemble des citoyens y compris les abstentionnistes quoiqu’ils soient majoritaires!
    En l’absence d’une loi fixant le niveau plancher de participation électorale assurant la légitimité de l’élection, cette situation constituerait une entorse au jeu démocratique. La voix de la sagesse devrait nous montrer la voie vers un réel réenchantement de la vie politique au Maroc au lieu de stigmatiser le comportement électoral des uns et des autres. Plus que ça, et pour des raisons d’intégrité, on pourrait même s’évertuer, dans le cadre de l’idéal sociocratique, à proposer aux partis qui ont échoué à remplir, d’une façon raisonnable, leur «contrat politique» lors de leur mandat, de s’abstenir de présenter leur candidature au mandat suivant.
    Loin d’être un appel à l’abstention lors des prochaines législatives, cette modeste contribution n’est qu’une simple incitation de l’«élite politique» à fournir des clefs renouvelées et à se hisser à la hauteur des attentes du peuple marocain en proposant, en intelligence collective, des projets de société fédérateurs et porteurs d’espoir  et de prospérité au lieu de recourir à l’occasion de chaque élection au miroir aux alouettes.

    Pour un homo politicus rationnel

    Pour le citoyen moyen, submergé par une doxa politico-médiatique peu accessible,  l’arène électorale ressemble à une véritable boîte de Pandore où se mêlent beaucoup de discours, de polémiques et de promesses au point de créer de la confusion. Chaque camp ne lésine pas à user de tous les moyens pour diaboliser les autres. Que doit alors faire le pauvre électeur? Dans un paysage aussi chaotique, seule une éducation politique, ne serait-ce que rudimentaire,  permettrait de s’affranchir des clivages et des querelles politiciennes pour faire un choix éclairé qui servirait le pays avant les égocentrismes.

     

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